Google Stadia : tout ce qu’il faut savoir sur la plateforme de jeux vidéo du futur

Maj. le 25 mars 2019 à 15 h 52 min

Stadia (anciennement connu sous le nom Project Stream) est une plateforme streaming de jeux vidéo à la demande dans le cloud. Présenté par Google en marge du Game Developer Conférence 2019, le service permet de jouer à des jeux vidéo AAA sur toutes sortes d’appareils, comme un ordinateur ou un Chromecast. Pour cela, le jeu est exécuté sur des serveurs distants – le flux vidéo est ainsi la seule chose qui est retransmise en streaming sur le terminal choisi par l’utilisateur, en plus des données issues de la manette. Le service doit être lancé d’ici fin 2019 dans une sélection de pays. Voici tout ce qu’il faut savoir sur Stadia. 

Stadia

Vous aviez entendu parler de Project Stream, ce test permettant à une poignée de joueurs de lancer Assassin’s Creed en streaming directement dans leur navigateur internet Google Chrome ? Le géant de Mountain View vient de dévoiler son prolongement grand public : Stadia. Un nom qui évoque les stades, ces édifices qui rassemblent les foules autour de jeux depuis l’antiquité. Et surtout un service qui, s’il tient ses promesses, risque de complètement rebattre les cartes de l’industrie du jeu vidéo – rien que ça !

Date de sortie et prix

Pour l’heure, Google ne donne ni prix, ni date de sortie précise. On sait simplement que Stadia sera lancé dans certains pays d’Europe (malgré nos relances, nous n’avons pas encore réussi à savoir si le service serait initialement disponible en France), au Royaume-Uni, Canada et Etats-Unis, d’ici la fin de l’année 2019. Bien sûr, le prix du service sera primordial, car, vous allez le voir, la proposition de Stadia n’est pas totalement nouvelle, et il existe au moins une solution pour faire pratiquement la même chose dès maintenant en France métropolitaine.

L’analyste Lewis Ward, de IDC, mise sur un abonnement de 15 dollars pour Google Stadia aux États-Unis afin d’être compétitif face à la concurrence. La firme de Mountain View n’étant pas identifiée gaming, elle va sans doute devoir faire plus d’efforts sur le prix que Microsoft (Xbox) et Sony (PlayStation) qui sont déjà très bien installés sur le marché et incontournables dans l’esprit des consommateurs.

Qu’est ce que Stadia ?

Stadia est une plateforme de jeux vidéo à la demande en streaming dans le cloud (oui, on sait, ça fait beaucoup de mots côte à côte). Elle sert principalement deux types d’utilisateurs. D’un côté les éditeurs et les créateurs de contenus qui peuvent mettre leurs jeux sur Stadia. Ces derniers ont pour cela des outils mis à disposition par Google, et peuvent miser sur le service pour simplifier radicalement leurs canaux de diffusion et de promotion (un lien suffit à lancer un jeu, Stadia est donc de facto intégré à tous les réseaux sociaux, en plus d’être parfaitement intégré aux autres services de Google comme YouTube).

En plus de cela, avec Stadia, les éditeurs profitent d’instances dotées d’une puissance de calcul inédites. Et peuvent par exemple optimiser leurs jeux pour des architectures multi-GPU pour des rendus graphiques ahurissants. De l’autre, il y a les joueurs : ces derniers peuvent accéder à un jeu Stadia via un simple lien, quelle que soit la machine sur laquelle ils le consultent, du moment où celle-ci dispose de Google Chrome. Ce terminal destinataire n’a pas besoin d’être puissant : il suffit qu’il puisse se connecter à internet et jouisse d’un débit suffisant.

On peut ainsi jouer pratiquement dans les mêmes conditions à un jeu AAA sur smartphone, tablette, ordinateur, et même sur la télévision si celle-ci est équipée d’un Chromecast. L’autre gros avantage pour l’utilisateur, c’est qu’il peut consommer un jeu en quelques secondes, sans temps d’installation, de mise à jour, ou de lancement. Tout du moins sur le papier.

Comment fonctionne le service ?

Pour fonctionner, Stadia s’appuie sur l’expertise en matière de cloud computing à fort traffic de Google. Inutile de s’appesantir sur le fait que Google est déjà leader dans de très nombreux domaines fondés sur cette compétence, en particulier son moteur de recherche et Youtube. Google Cloud Platform est également la troisième plus grosse infrastructure du genre, derrière Amazon Web Services et Microsoft Azure.

Et si on parle de ces plateformes de cloud, c’est que justement elles mettent déjà à disposition des internautes des instances dans des datacenter – ce qui est pour faire très simple est aussi ce en quoi consiste Stadia, même si l’utilisateur ne pourra, dans ce dernier cas, pas faire autre chose que de jouer aux jeux disponibles dans les conditions définies par Google. Ainsi lorsqu’un utilisateur clique sur le bouton Jouer, Stadia lance une instance dans des datacenter Google, avec un certain nombre de coeurs CPU, quantité de RAM, de stockage et processeur(s) graphique(s).

Le jeu est donc exécuté dans cette instance distante, et le flux vidéo est retransmis en streaming dans l’onglet de Google Chrome ouvert sur le jeu, sur la machine du joueur. Les commandes issues de la manette sont les seules choses – avec éventuellement le flux audio d’un micro – à être renvoyées du terminal du joueur vers l’instance ouverte sur les serveurs de Google.

Qu’est-ce qu’une instance ?

On a déjà employé plusieurs fois le terme d’instance dans les paragraphes précédents. Puisque l’on parle de service dans le cloud, et de la fiche technique disponible pour tel ou tel jeu, vous risquez de revoir ce terme à de nombreuses reprises. Alors qu’est-ce qu’une instance ? Normalement, ce mot est surtout utilisé par des développeurs lorsqu’ils codent avec un langage informatique orienté objet. L’idée, c’est qu’à chaque fois que vous lancez un jeu, un espace dédié est créé sur des serveurs distants avec des caractéristiques précises, et éventuellement des données personnalisées comme par exemple vos sauvegardes de jeux.

C’est ce que l’on appelle l’instantiation, autrement dit la création d’une instance (pour simplifier, vous pouvez considérer qu’il s’agit d’une sorte de machine virtuelle dans un datacenter) à partir d’un modèle prédéfini. Ainsi, par instantiation, il est possible de réserver à la demande une quantité e ressources dans un datacenter  – nombre de processeurs, quantité de RAM, GPU, etc… – nécessaire à l’exécution d’une tâche (dans le cas de Stadia, un jeu).

Quel genre de fiche technique sera mise à disposition des joueurs ?

La fiche technique de chaque instance pourra être adaptée aux besoins de chaque jeux. Néanmoins, Google a donné cette configuration type lors de la présentation du service :

  • GPU AMD 10.7 Teraflops avec 56 unités de calcul et mémoire HBM2
  • CPU adapté x86 @2,7 GHz avec hyperthreading, AVX 2 et 9,5 Mo de cache L2+L3
  • 16 Go de RAM avec des vitesses de transfert de 484 GB/s

Selon Google, il sera possible de jouer en 4K HDR à 60 images par secondes. Mais Stadia se prépare déjà à streamer des jeux en 8K à plus de 120 images par secondes. Quoi qu’il en soit, avec 10,7 Teraflops de calcul disponibles, rien que cette instance de Stadia a plus de muscle qu’une Xbox One X (6 TFLOPS) et une PS4 Pro (4,2 TFLOPS) mises ensemble.

Les appareils compatibles

Il est pratiquement certain que vous possédez déjà un ou plusieurs appareils compatibles avec Stadia. En effet, selon Google, il suffit que votre ordinateur, smartphone ou tablette puisse lancer le navigateur Chrome. A terme la firme a annoncé son intention de proposer le support d’autres navigateurs. Pour les téléviseurs il faut obligatoirement passer par un Chromecast. Par ailleurs, Google fournira une manette, le Stadia Controller, qui se connecte en WiFi et dont on comprend qu’elle sera la seule compatible avec les jeux de la plateforme sur votre TV via Chromecast. On ignore encore si la manette sera fournie avec l’abonnement ou si elle sera plutôt proposée séparément.

Comment jouer

Pour l’instant, vous l’aurez compris, le service n’est pas encore disponible. Néanmoins, Google nous a fait la démonstration du service lors de la présentation. Jouer à Stadia se résume à posséder un abonnement ou à minima être inscrit au service (on ne sait pas dans le détail comment Stadia sera facturé) et à cliquer sur un lien. Le jeu se lance en moins de 5 secondes, sans temps de chargement comme c’est le cas actuellement sur PC et consoles. Le service est optimisé pour le multi joueur et le jeu coop avec une incrustation du flux en provenance d’autres joueurs, façon picture-in-picture, et la possibilité de communiquer en vidéo et à la voix.

Débit de connexion minimum : faut-il obligatoirement avoir la fibre ?

C’est sans conteste LA question que se pose de très nombreux joueurs : combien de bande passante faudra-t-il ? Voici la réponse de Google : « nous avons pu tester beaucoup cela avec le test entre octobre et la fin de l’année dernière de notre Project Stream. Obtenir 1080p à 60 images par seconde nécessitait environ 25 mégabits par seconde. En fait, nous utilisons moins que cela, mais c’est là où nous avons défini notre limite recommandée ».

Google poursuit : « mais grâce aux innovations que nous avons mis depuis en place côté streaming et compression, au lancement, nous pourrons obtenir de la 4K en augmentant légèrement cette limite, à 30 mégabits par secondes. Donc si vous avez moins de bande passante, nous vous donnerons moins de définition… nous faisons beaucoup cela pour vous en tâche de fond, et nous ne vous offrirons que la bande passante appropriée pour l’infrastructure que vous avez ». 

Ces débits excluent d'emblée la plupart des connexions ADSL, mais pas forcément les connexions VDSL et câble coaxial. Il ne sera donc pas indispensable d’avoir la fibre pour en profiter, même si il faudra quand même que la qualité de votre connexion soit suffisante. Si vous disposez déjà entre 30 Mb/s descendants réels ou plus, vous êtes donc dans les critères définis par Google pour jouer en 4K, mais cela devrait aussi fonctionner si vous avez un peu moins que cela (en 1080p par contre).

La liste des jeux disponibles au lancement

On sait que Google a testé avec le Project Stream Assassin’s Creed Odyssey – mais la firme n’en a parlé à aucun moment lors de la conférence de présentation de Stadia. Seul un jeu est assuré d’être disponible au lancement : Doom Eternal. Dans une interview, un responsable de Google explique que Stadia va miser sur des exclusivités – des jeux « du 21e siècle » conçus pour des datacenters. Ces exclusivités le resteront sine die.

Qui a le plus à craindre l’arrivée de Stadia ?

La taille de Google, ses ressources, et son expertise dans les services de cloud en font l’un des premiers acteurs à réellement pousser vers une démocratisation de masse du jeu en streaming dans le cloud. Si cela arrivait, c’est tout l’écosystème en lien avec le jeu vidéo qui pourrait s’en retrouver chamboulé.

Ainsi les fabricants de GPU pourraient devoir réorienter leur business vers le marché professionnel/datacenters et mining. Mais ce sont sans doute des cycles longs, et il est peu probable que NVIDIA et AMD soient réellement impactés par le lancement du service dans l’immédiat.

On peut en dire de même des consoles, qui profitent pour l’instant de leur catalogue d’exclusivités. Si le service venait à être adopté en masse, néanmoins, les éditeurs de jeux ne rateront sans doute jamais une occasion de proposer leur titre sur Stadia. Et pourraient même à terme, provoquer l’obsolescence des autres plateforme de jeux.

Mais plus immédiatement, on imagine que ce sont surtout les « petits » acteurs qui se placent depuis plusieurs années sur le filon du jeu en streaming dans le cloud sont ceux qui ont dû le plus essuyer de transpiration sur leur front d’un revers de manche pendant la conférence de présentation.

En outre, les constructeurs de PC qui se réorientent vers le marché gamer risquent de voir l’attrait de leur machine diminuer sur le long terme.

Qui a le plus à y gagner, à part Google ?

Google a sans doute de multiples façons de profiter de la manne provoquée par l’émergence de ces nouveaux usages. Néanmoins de nombreux acteurs de l’industrie vont eux aussi en profiter. Les éditeurs de jeux pourront à terme réduire leurs coûts et faciliter leur promotion, avec peut-être à la clé une massification encore plus importante du jeu vidéo – dont les titres AAA deviennent de facto accessibles même à des personnes qui n’ont pas de PC puissants.

On ne peut s'empêcher d’imaginer que cela va également changer le comportement des consommateurs dans l’industrie du PC. Les machines peu puissantes, comme de nombreux ultrabooks, pourraient retrouver un intérêt auprès de nombreux consommateurs. Si le service parvient à se massifier, il pourrait également contribuer à faire exploser les bénéfices dans de nombreux segments du secteur du jeu vidéo.

N’oublions pas non plus les opérateurs et la 5G : si ce type de service se popularise, cela peut en effet donner envie à un nombre plus important de consommateurs de passer au futur des connexions mobiles. La 5G promet en effet des débits largement supérieurs à ceux nécessaires au fonctionnement du service et une latence minimum.

Les alternatives pour jouer en streaming avant l’arrivée de Stadia

Croyez-le ou non, Stadia n’est pas totalement révolutionnaire. Shadow par exemple rappelle qu’il est sur le même filon depuis 2 ans. Le service, déjà disponible en France, permet de profiter d’une machine ultra-puissante sur des serveurs distants et d’en profiter en streaming. Avec des limites de bande passante inférieures à celles proposées par Google pour se frayer une place jusque dans les foyers avec une connexion internet dans la moyenne.

C’est hélas, pour le moment, la seule solution plus ou moins équivalente. Bien que certains objecteront qu’il est possible avec un peu de bidouillage de créer ce genre de chose dans une instance Google Cloud Platform, Amazon Web Services ou Microsoft Azure. Relevons aussi au passage Microsoft xCloud, annoncé il y a un an, et dont les premiers tests publics vont commencer cette année.

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