Android et Google : retour sur 10 ans de succès et d’échecs

Pour célébrer la fin de 2019 et le passage à l’année 2020, nous vous proposons une rétrospective des moments forts d’Android et de Google durant ces dix dernières années. Une décennie riche en nouveautés et en progrès qui ont permis à la firme de Mountain View de réaffirmer sa domination sur l’industrie technologie, et ce malgré quelques échecs retentissants.

android 10

En 2005, Google rachetait Android pour une bouchée de pain : on parle d’un montant de 50 millions de dollars seulement, même si aucune donnée officielle n’a été communiquée. Presque 15 ans plus tard, c’est une certitude : c’est la meilleure acquisition jamais réalisée par la firme de Mountain View à ce jour. Android était ensuite lancé en 2007 et le premier smartphone embarquant l’OS, le HTC Dream, en 2008. Le système d’exploitation mobile basé sur un noyau Linux était plutôt archaïque à ses débuts, mais s’est continuellement amélioré pour devenir aujourd’hui le leader du marché.

De son côté, son propriétaire Google a continué de grandir au cours de la dernière décennie. Étant donné l’importance que reflète Android et tout l’écosystème Google pour PhonAndroid, nous avons décidé de vous offrir une petite rétrospective en ce passage à l’année 2020 en revenant sur les moments forts qui ont marqué les deux entités lors de ces dix années. Souvenirs, souvenirs.

Nexus One, Nexus S et Galaxy S

Quel début de décennie pour Google en ce qui concerne l’industrie mobile ! Alors qu’Android n’avait pas encore écrasé toute la concurrence (webOS n’était pas insignifiant et Windows Phone faisait ses débuts), le système d’exploitation frappait un grand coup sur le marché dès 2010, pas tant au niveau logiciel, mais en équipant des smartphones emblématiques.

Au tout début de l’année, on commençait fort avec le lancement du Nexus One, le premier smartphone de Google. Celui-ci était conçu et fabriqué par HTC, qui a été pendant des années la marque qui symbolisait Android et dont les mobiles faisaient rêver les utilisateurs. Écran AMOLED 3,7 pouces avec définition 800 x 480 pixels, SoC Snapdragon 1 GHz, 512 Mo de RAM, 512 Mo de stockage interne avec carte microSD jusqu’à 4Go… et une expérience Android pure sans surcouche avec un suivi logiciel régulier, comme les Pixel ou les smartphones Android One aujourd’hui. On s’en souvient aussi pour son design ainsi que sa boule de commande.

2010, c’est aussi le début d’une des gammes les plus populaires de l’histoire du smartphone : le Galaxy S de Samsung. À cette époque, le constructeur sud-coréen n’est pas encore un poids lourd du secteur. Écran Super Amoled de très bonne facture, SoC performant… Samsung met toutes les chances de son côté pour concurrencer l’iPhone, ultra dominant à ce moment. La marque va année après année améliorer sa recette et les Galaxy S vont devenir aux yeux du grand public les porte-étendards d’Android.

samsung galaxy

L’année suivante, Samsung commercialisera son premier Note, un mobile encore plus haut de gamme centré sur la productivité et à destination des professionnels. Ses atouts : un grand écran, une généreuse batterie et un stylet. Ce smartphone initiera la tendance des phablettes.

Fin 2010, le premier Galaxy S va d’ailleurs servir de base à la conception du Nexus S, un nouveau modèle de smartphone Google, cette fois en collaboration avec Samsung. Sorti sous Android 2.3 Gingerbread, cet appareil a pu bénéficier de nombreuses mises à jour pendant des années.

Les premières tablettes Android

2011 fut aussi l’année du lancement des premières tablettes embarquant Android. Un segment sur lequel Google a bien moins réussi son coup que pour les smartphones, Apple et ses iPad restant dominateurs. Les débuts aussi furent compliqués. Pour s’adapter aux plus grands écrans des tablettes, Google lance une nouvelle version majeure d’Android : Honeycomb 3.0. Interface brouillonne, bugs en pagaille, compatibilité des applications… Ce n’était franchement pas une réussite. Honeycomb 3.1 réglera de nombreux soucis et rendra l’expérience utilisateur sur tablette bien meilleure.

La Motorola Xoom fut la première tablette à sortir sous Android Honeycomb. L’objectif était de couper l’herbe sous le pied à Apple, qui préparait le lancement de son iPad 2. On avait alors droit à un écran d’une diagonale de 10,1 pouces avec définition 1280 x 800 pixels, à un SoC Nvidia Tegra 2 1 GHz, à 1 Go de RAM et à un espace de stockage de 32 Go, généreux pour l’époque. Le tout gâché par la partie logicielle, donc. Suivirent ensuite la Samsung Galaxy Tab 10.1, la LG G-Slate et bien d’autres.

Les premiers Chromebook

Décidément, cette période fut extrêmement chargée pour Google, qui préparait dans le même temps son arrivée sur le marché des ordinateurs portables. Le premier prototype de Chromebook est annoncé en mai 2011 à l’occasion de la traditionnelle conférence I/O. Il s’agit du Cr-48. Quelques semaines plus tard, Samsung et Acer lancent leurs premiers modèles de Chromebook. Il faudra attendre 2013 pour que Lenovo et HP se joignent à eux. Dell, Toshiba et Asus arriveront plus tard.

chromebook chrome os

En février 2013, Google présente son Chromebook Pixel, le premier appareil du genre à ne pas être fabriqué par un constructeur tiers. Il se démarque notamment par l’intégration d’un écran tactile. En 2015, son successeur le Chromebook Pixel 2 est l’un des premiers ordinateurs portables au monde à être équipé d’un port USB Type C, un nouveau standard qui est de nos jours largement répandu sur les smartphones, mais pas encore sur les PC.

Google+

Aujourd’hui, Google+ est mort et enterré. La firme de Mountain View a préféré mettre fin au supplice, car la plateforme, plus supportée par les équipes, était par conséquent victime de nombreuses failles de sécurité. Et pourtant, quand elle est lancée en 2011, les espoirs sont au plus haut. Fort de sa déjà toute puissance, Google est persuadé qu’il peut devenir le réseau social numéro 1 et supplanter les MySpace et Facebook, le premier géant sur le déclin et le second déjà devenu la nouvelle « place to be », notamment chez les jeunes. On connait la suite : la formule n’a pas pris, très peu d’utilisateurs ont adhéré, et on a assisté à l’un des plus importants naufrages d’un service Google sur la décennie.

Google rachète Motorola

Cette acquisition aura coûté au géant américain bien plus cher que celle d’Android. Google débourse 12,5 milliards de dollars pour mettre la main sur Motorola. L’annonce officielle et les préparatifs ont lieu dès 2011, mais ce n’est qu’en 2012 que toutes les autorisations sont accordées et que l’opération est effective. Il récupère dans l’opération son savoir-faire en matière de hardware, son point faible, mais aussi la bagatelle de 17 000 brevets. Finalement, Google n’aura pas vraiment profité de la notoriété de la marque Motorola, mais plutôt de ces technologies. Dès 2014, la branche smartphone de Motorola est revendue à Lenovo pour un peu moins de 3 milliards de dollars. Aujourd’hui encore, c’est Lenovo qui se cache sous les mobiles Motorola. Le constructeur chinois sort quelques smartphones sous sa propre marque, mais peu sont commercialisés en Europe, où Motorola résonne mieux dans la tête des consommateurs en matière de mobile.

Google Glass

Les lunettes à réalité augmentée sont présentées en grande pompe en juin 2012 lors de la conférence Google I/O. Elles sont finalement commercialisées en 2013 et font énormément parler et réagir à l’époque. Beaucoup ne supportaient pas de pouvoir être filmés à leur insu par des Google Glass et elles ont rapidement traîné une sale réputation. Leurs porteurs étaient souvent regardés d’un mauvais œil.

Pourtant, peu d’utilisateurs en étaient équipés. La faute à un prix d’entrée inaccessible pour beaucoup : 1500 dollars. Mais aussi à un manque d’intérêt flagrant. Mis à part l’écosystème Google, il n’y avait que peu d’applications disponibles. Les développeurs tiers n’ont logiquement pas suivi, le parc d’appareils étant trop faible pour qu’il soit intéressant d’y proposer des services.

Côté fiche technique, on retrouvait une caméra, un micro, un pavé tactile sur une branche pour la « navigation » et les contrôles, des mini-écrans et une compatibilité Wi-Fi et Bluetooth.

Fin 2014, Google commence à admettre que les Google Glass sont un échec et début 2015, annonce la fin de la production et de leur commercialisation. En 2017, une nouvelle version des lunettes AR est relancée. Elle est moins chère et apporte quelques améliorations, mais vise cette fois exclusivement les professionnels et les entreprises. Les nouvelles Google Glass ne sont pas disponibles pour le grand public.

Le rachat de Waze

Été 2013 : Google met la main sur l’application de navigation et de crowdsourcing à succès Waze pour 1,15 milliard de dollars. Si on pouvait craindre que la firme de Mountain View décide d’intégrer Waze à Maps et de le faire progressivement disparaître, il n’en est rien pour le moment. Les deux services continuent de coexister, sont complémentaires, et Waze constitue sans doute la meilleure alternative du marché à Google Maps. Ce dernier intègre par contre de plus en plus de fonctionnalités de Waze, comme le signalement des radars et des accidents.

Chromecast

Présenté lors du Google I/O 2013 et commercialisé dans la foulée aux États-Unis (il sortira l’année suivante en Europe), le Chromecast a su s’imposer comme l’une des solutions plug & play les plus populaires pour le streaming vidéo. Peu cher et plutôt pratique, il permet de transformer via une simple connexion HDMI un téléviseur en Smart TV. À ses débuts, compatible avec seulement sept applications, son catalogue s’est très vite étoffé par la suite.

chromecast amazon

On retrouve bien sûr tous les services de l’écosystème Google : YouTube, Chrome, cast de l’écran du mobile Android… Mais aussi les autres plateformes importantes comme Netflix, Twitch ou Amazon Prime Video (ce ne fut pas simple pour ce dernier, guerre Amazon-Google oblige). Le Chromecast s’est même adapté aux marchés locaux et en France, Molotov, myCanal, OCS, France.tv ou encore RMC Sport ont rejoint leurs homologues américains. Le manque d’une interface et la nécessité de passer par son smartphone n’en font pas la solution la plus pratique, mais il s’agit incontestablement encore en 2020 d’un produit à l’excellent rapport qualité-prix.

Android Wear

On passe en 2014, et accrochez-vous, car il y a beaucoup à dire ! C’est entre autres les débuts d’Android Wear, le système d’exploitation pour les montres connectées et wearables, un marché en pleine expansion. Là encore, Google a travaillé main dans la main avec de nombreux partenaires afin que son logiciel se retrouve rapidement sur du hardware. On se souvient surtout de la Moto 360 de Motorola, de son design soigné et de son cadran en forme de cercle, une première à l’époque. On n’oublie pas non plus LG et sa G Watch ainsi que Samsung et sa Gear Live.

Plus de cinq ans après, le bilan d’Android Wear est assez mitigé. L’interface simpliste nécessaire pour les wearable est plutôt efficace et la navigation confortable. L’OS gère aussi des applications dédiées et permet d’aller plus loin que d’afficher quelques éléments du smartphone au poignet. Mais il faut l’admettre, les Apple Watch sont leader sur le marché. Et le second, Samsung, a abandonné Android Wear sur ses Galaxy Watch pour son propre système, Tizen. À voir si le rachat de Fitbit par Google peut relancer la machine Android Wear.

Android Auto

L’écosystème débarque également dans nos véhicules à partir de 2014. Une réponse, encore une fois, à Apple et son CarPlay. Tous les grands constructeurs automobiles rendent alors leurs nouveaux modèles compatibles. Assistant vocal, gestion des appels, écriture et lecture de messages, navigation GPS, contrôle de la musique… Android Auto permet de rendre sa voiture intelligente, plus besoin de pianoter sur son smartphone au volant.

Android TV

On vous l’avait dit, 2014 fut une année folle pour Android, qui a aussi droit à sa déclinaison pour les téléviseurs. Avec son interface épurée et sa simplicité de navigation, Google a réussi à proposer une alternative tout à fait convaincante aux OS des constructeurs. Sous sa forme pure ou avec une surcouche, de nombreux fabricants ont même opté pour Android TV afin d’équiper certains de leurs modèles de téléviseurs.

NVIDIA SHIELD Android TV Oreo

Mais Android TV, c’est aussi les boîtiers multimédias. La meilleure d’entre elles sans doute, la Nvidia Shield, exploite le système d’exploitation de Google. Idem pour la Xiaomi Mi Box (S), une excellente solution en termes de rapport qualité-prix. Après avoir déjà réussi son entrée sur le marché du logiciel TV avec Chromecast, la firme de Mountain View récidive et va encore plus loin avec Android TV, qui reste aujourd’hui une référence pour qui n’a pas les moyens d’acheter une Smart TV LG ou Samsung.

Android One

Eh oui, encore de l’Android en 2014 avec le lancement du programme One. Sur le papier, l’idée est bonne : travailler avec les constructeurs de smartphone pour qu’ils puissent profiter d’un système d’exploitation léger avec un Android sans surcouche sur les smartphones d’entrée de gamme aux fiches techniques mal pourvues. Avec en bonus la possibilité de proposer des mises à jour de sécurité et de fonctionnalités très rapidement.

android one

Mais les débuts d’Android One sont plutôt hésitants. L’Europe et les pays développés ne sont pas concernés et les partenaires de Google ne sont pas toujours des plus fiables. Mais le programme a depuis réussi à redorer son image et nous avons désormais droit à de très bons produits sous Android One. La hausse de qualité générale des mobiles à bas prix et le sérieux de fabricants comme Xiaomi, Lenovo (Motorola) ou HMD Global (Nokia) sur ce segment ont permis à Android One de retrouver ses lettres de noblesse. Cerise sur le gâteau : un appareil haut de gamme comme le Nokia 9 Pureview fait partie du programme.

Le rachat de Nest

C’est encore à ce jour l’une des plus importantes acquisitions de Google. Pour entrer comme il se doit sur le marché de la domotique, le groupe américain pose 3,2 milliards de dollars sur la table pour racheter Nest, qui est à ce moment essentiellement un fabricant de thermostats connectés. Qui va très vite évoluer et se diversifier dans ce secteur très prometteur qu’est l’internet des objets.

nest

Un peu plus tard, toujours en 2014, Nest met la main sur Dropcam pour 555 millions de dollars et intègre ses caméras connectées à sa gamme. Pendant un bon moment, Nest a continué son petit bonhomme de chemin sans forcément beaucoup interagir avec Google. Une situation qui a récemment évolué, Nest devenant la marque Google pour la maison connectée. En témoigne le lancement fin 2019 des Nest Mini, Nest Hub Max et Nest Wifi, deux enceintes et un routeur. Google Home devrait progressivement perdre du terrain face à Nest.

Google Cardboard

Alors que Valve, HTC ou encore Oculus nous font rêver avec des casques de réalité virtuelle de plus en plus fous, Google a misé sur l’ultra entrée de gamme pour équiper tous les foyers avec son Cardboard. Il fallait soi-même monter son casque en carton pour y insérer ensuite son smartphone, sur lequel étaient installées les applis et dont l’écran servait de support. Au lancement, peu d’applications fonctionnaient avec. On avait Maps, Earth et YouTube par exemple. Une seconde version a été commercialisée en 2015 pour rendre le montage du Cardboard plus aisé.

Malgré son prix attractif, le casque n’a pas vraiment été un carton de ventes (vous l’avez ?), même s’il ne s’agit pas non plus d’un flop. Quelques années plus tard, Nintendo essaiera à son tour de réconcilier le carton et la technologie avec ses kits Labo pour Switch. Là encore, les consommateurs n’ont pas été particulièrement convaincus.

Création d’Alphabet et Sundar Pichai au pouvoir

Google annonce en 2015 la plus grande restructuration de son histoire. A force de rachats et d’ouverture d’innombrables de nouvelles divisions, sa nomenclature ne convenait plus pour répondre à la réalité du terrain. Cette nouvelle organisation a sans doute aussi été pensée à des fins fiscales. Certaines voix estimaient aussi qu’il s’agissait d’une manœuvre pour contrer les procès d’abus de position dominante et de pratiques anticoncurrentielles lancés en Europe.

sundar pichai google io
Sundar Pichai le 7 mai 2019 lors de la keynote d’introduction de la conférence Google I/O

Bref, on assiste à la naissance d’Alphabet, structure dirigée par Larry Page, alors PDG de Google. Alphabet qui devient la maison-mère de Google. Page patron d’Alphabet, c’est Sundar Pichai qui est propulsé à la tête de Google, devenue donc une filiale. Un choix de continuité puisque Pichai était déjà une figure publique bien connue de la firme de Mountain View en tant que vice-président Produit de la compagnie, notamment en charge d’Android et de Chrome. Après le départ de Larry Page et Sergey Brin d’Alphabet de la direction en 2019, Sundar Pichai a pris les commandes de la maison-mère, où les deux cofondateurs de l'empire Google restent actionnaires et membres du conseil d’administration.

Google Photos

Ce n’était pas gagné, mais la firme de Mountain View a réussi de faire de Google Photos un service populaire. En 2015 pourtant, on ne comprend que peu son intérêt quand le groupe annonce qu’il s’agit désormais d’une plateforme à part entière qui prend son indépendance de Google+ et qui a droit à sa propre application. Il faut dire qu’entre ce que proposent les constructeurs avec leur surcouche et les applications tierces, on a l’impression d’être déjà bien équipé en la matière.

google photos

Mais à force d’updates et de fonctionnalités enrichies, Google Photos s’est imposé comme un indispensable pour de nombreux utilisateurs dotés d’un smartphone Android. Pratique, il permet de télécharger automatiquement dans le cloud ses contenus, de les retoucher, d’y mettre un filtre, de les partager… L’arrivée de l’Intelligence Artificielle pour retrouver les photos par individu, lieu ou thème a aussi beaucoup contribué à son succès. Simple et efficace.

La fin des smartphones Nexus

Nous vous en parlions en début de dossier, Google a commencé à commercialiser ses mobiles Nexus au tout début de 2010. Le principe de cette marque était de s’associer à un grand constructeur reconnu de l’industrie pour lancer un smartphone aux qualités hardware reconnues et bénéficiant d’une expérience Android pure avec un suivi logiciel irréprochable. Au fil des années, Samsung, HTC, Motorola, LG et même Huawei ont participé au développement d’au moins un modèle de Nexus.

En 2015, on assiste à la sortie des derniers Nexus : le 5X, un milieu de gamme conçu par LG, et le 6P, un mobile premium par Huawei. Le Nexus 6P aura réussi à éviter une polémique : sa version de l’instable SoC Snapdragon 810 qui a tant fait parler et notamment fait souffrir LG a été mise à jour et la puce ne souffre pas des mêmes défauts de surchauffe que sur d’autres modèles de smartphones. Mais il n’échappera pas à un autre scandale de cette période : le fameux Bendgate, avec des appareils haut de gamme qui se plient beaucoup trop facilement. Fin et fragile malgré son châssis en aluminium, le Nexus 6P est même accusé de se tordre plus facilement que l’iPhone 6 Plus d’Apple, l’une des principales victimes du bendgate.

Les Nexus 5X et 6P étaient équipés d’un lecteur d'empreintes et d’un port USB-C, des features loin d’être acquises sur un smartphone à cette époque. Sortis sous Android 6.0 Marshmallow, ils auront droit aux mises à jour 7.0 Nougat, 7.1 Nougat, 8.0 Oreo et 8.1 Oreo. Leur support arrivera à terme fin 2018. Plus aucun Nexus n’a été commercialisé après ces deux modèles à ce jour.

Les premiers téléphones Google Pixel

Fini les Nexus ? Nous n’aurons pas eu le temps de nous lamenter bien longtemps puisque dès 2016, Google annonce ses Pixel à l’occasion de la conférence MadeByGoogle. Ils sont présentés comme les premiers véritables smartphones made in Google, alors qu’auparavant la communication autour des Nexus se faisait autour de Google et du constructeur (HTC, LG, Huawei, etc.). Si Google s’est plus impliqué dans la conception des Pixel que pour les Nexus, c’est pourtant bien HTC qui fabrique les Pixel et Pixel XL première génération.

Des mobiles qui détonent, avec des défauts, mais qui ont le mérite de se démarquer de la concurrence. D’ailleurs, les points forts et faibles des Pixel seront souvent identiques sur chaque génération. Pour les inconvénients, on a un design dépassé, un espace de stockage peu généreux et une autonomie pas toujours incroyable. Quatre ans après, c’est la même histoire avec les Pixel 4 et Pixel 4 XL.

Mais d’un autre côté, les Pixel, ce sont aussi une expérience Android pure, ainsi que des smartphones servis les premiers pour les mises à jour majeures de fonctionnalités et les patchs de sécurité. Chacun des mobiles de la marque garantit aussi au consommateur une qualité photo bien au-dessus de la moyenne. Le tout grâce à la maîtrise de la photographie computationnelle et au traitement logiciel. Conséquence : on est bluffé par les clichés d’un Pixel 3 en conditions de basse luminosité malgré son unique capteur photo, là où la concurrence faisait moins bien avec trois modules photo.

La gamme Pixel a débarqué en France avec la série des Pixel 3 en 2018. Les deux premières générations n’étaient officiellement pas disponibles chez nous.

Google Home

La conférence MadeByGoogle de l’automne 2016 n’a pas seulement accouché des smartphones Pixel. La société en a aussi profité pour lancer Google Home, ses enceintes connectées équipées de l’assistant personnel et vocal intelligent développé par la société. Un concurrent direct à l’Amazon Echo équipé d’Alexa, déjà très populaire aux États-Unis. Il faudra attendre 2017 pour que la gamme commence à être commercialisée en France.

Avec Google Home, Alphabet veut faire une entrée fracassante sur le marché de la domotique et de l’internet des objets. Jusqu’ici, le groupe n’est représenté sur ce segment que par les produits Nest et Google Assistant, qu’on retrouvait déjà sur les smartphones Android. Désormais, on a dans le salon ou toute autre pièce un haut-parleur qui vous donne la météo, vous crée un bulletin d’information pour suivre l’actualité, répond à vos questions comme un moteur de recherche et contrôle vos objets connectés : TV, console, ampoules, volets, thermostats… Et vous pouvez bien entendu aussi écouter de la musique via la radio ou votre compte Spotify, Deezer ou autre. Même si pour la qualité audio, c’est encore loin d’être parfait.

Pour baisser le prix du ticket d’entrée à Home, Google a ensuite lancé le Home Mini, un petit speaker sous Assistant, tout aussi intelligent que son aîné, mais moins performant au niveau du son et des micros. L’objectif est de convaincre les ménages de s’équiper et d’imposer l’écosystème Google à la maison. Une stratégie aussi utilisée par Amazon avec l’Echo Dot, son principal concurrent étant donné qu’Apple est uniquement haut de gamme.

Pour diversifier sa gamme et contenter les consommateurs plus exigeants en ce qui concerne l’audio, apparaît aussi le Google Home Max. Enfin, en 2018, le Google Home Hub est officialisé. Il s’agit toujours d’une enceinte connectée avec Assistant, mais également équipée d’un écran tactile pour YouTube, les appels vidéo ou l’affichage d’informations. Il semble que la marque Nest prenne le pas sur Home dans la stratégie de Google pour le domotique. À terme, Google Home pourrait disparaître pour laisser place à Google Nest ou tout simplement Nest sur ce type d’appareils.

Rachat de la division mobile de HTC

En 2017, coup de tonnerre. HTC, ancien numéro 1 du marché mobile Android, est racheté en partie par Google pour 1,1 milliard de dollars. Le mariage paraît comme une évidence. HTC ne parvient plus à convaincre les consommateurs, qui ne jurent plus que par les appareils qualité-prix des marques chinoises, seul Samsung parvenant encore à tirer son épingle du jeu. De son côté, Google a besoin de talents pour s’améliorer sur le hardware et a collaboré à de nombreuses reprises avec HTC par le passé, qui a fabriqué des Nexus et la première génération de Pixel. HTC a aussi pendant longtemps été le porte-étendard d’Android, le constructeur qui rendait l’OS viable face aux iPhone d’Apple.

La transaction est assez particulière. Google récupère majoritairement du personnel, dont les meilleurs ingénieurs de HTC. Ce dernier garde son indépendance et continue de lancer des smartphones pour lui-même, mais en marque blanche. C’est-à-dire qu’un fournisseur s’occupe de la conception et de la fabrication et que HTC se contente d’y apposer son logo. Autant dire que si vous étiez amateur du travail de HTC à l’époque, c’est plus du côté de Google et des Pixel qu’il faut aller voir aujourd’hui que chez HTC lui-même.

HTC continue par contre d’exister sur d’autres secteurs, qui n’ont pas été impactés par le deal avec Google. On pense notamment à la réalité virtuelle et aux casques HTC Vive.

Le début des Pixelbook

Google poursuit ses efforts sur le hardware, mais avec des ordinateurs portables cette fois-ci. Lors de sa conférence Made By Google d’octobre 2017, la firme de Mountain View présente le Pixelbook en compagnie de la seconde génération de smartphones Pixel et de la version Mini de l’enceinte Google Home. Il s’agit d’un PC 2-en-1 transformable en tablette, ultra fin et léger, tournant sous Chrome OS et compatible avec les applications Android.

L’appareil embarque aussi Google Assistant avec une touche dédiée, un stylet et un port USB-C. Comme Apple, Samsung ou Huawei, Google a aussi fait des efforts au-delà d’Assistant pour créer un véritable écosystème et récompenser les consommateurs qui s’équipent en Pixel pour leurs différents appareils avec certaines interactions. Le Pixelbook reconnaît par exemple immédiatement un téléphone Pixel et peut s’y connecter automatiquement pour bénéficier de sa connectivité mobile.

De nombreuses rumeurs circulent depuis des années sur l’éventuelle sortie d’un Pixelbook 2. Pour le moment, rien d’officiel à ce sujet, mais il se pourrait bien qu’il ne s’agisse pas d’une priorité pour Google dans l’immédiat.

Projet Treble

Alors qu’Android évoluait à vitesse grand V à ses débuts avec de nombreuses améliorations et nouvelles fonctionnalités à chaque version, la cadence s’est ralentie depuis, l’OS se rapprochant de plus en plus de la maturité. Sorti en 2017, Android Oreo 8.0 (puis 8.1) ne laissera pas de souvenirs impérissables aux utilisateurs en termes d’interface ou de feature par rapport à un KitKat 4.4 ou à un Lollipop 5.0 et supérieur par exemple.

Mais pourtant, Oreo aura contribué à changer la donne sur Android à au moins un égard : les mises à jour. Pour lutter contre la fameuse répartition Android, avec très peu d’utilisateurs qui profitent des versions les plus récentes, Google introduit Treble avec Oreo. Il s’agit d’un changement dans l’architecture mise en place afin d’aider les constructeurs à déployer les updates sur plus d’appareils et plus rapidement, notamment pour ceux qui ajoutent une surcouche et qui ont ainsi besoin de faire plus travailler les développeurs.

Les effets ont tardé à se faire sentir. Il n’y a pas eu de grande différence dans l’adoption d’Android Oreo que pour ses successeurs. Une légère amélioration a été constatée avec Android Pie, mais c’est surtout avec Android 10 qu’on remarque que les fabricants font désormais plus d’efforts. Par exemple, le Galaxy S10 a reçu Android 10 environ un mois avant que le S9 n’ait droit à Android 9.

Google Duplex

Au fur et à mesure qu’on se rapproche de 2020, il devient de plus en plus difficile de juger du succès ou non d’un service ou d’un produit, car nous manquons de recul. C’est le cas de Duplex, annoncé en grande pompe à l’occasion de l’événement I/O de 2018. À l’époque, la firme de Mountain View avait fait sensation. Le principe : laisser Google Assistant passer des appels à des commerces à votre place pour prendre un rendez-vous chez le coiffeur ou réserver une table au restaurant.

Il est probable que cette fonctionnalité devienne extrêmement populaire, mais celle-ci est pour l’instant seulement disponible dans quelques marchés anglophones. Nous ne savons pour l’heure pas quand Duplex sera déployé en français.

Stadia

Excepté par l’intermédiaire du Play Store, magasin d’applications et jeux mobiles, Google n’a jamais été un acteur important du jeu vidéo. Une situation qui a évolué en 2019 avec l’annonce de Stadia, sa plateforme de cloud-gaming. Un service qui a fait couler beaucoup d’encre. On n’attendait pas la firme de Mountain View aussi tôt sur ce créneau alors que Microsoft, un groupe spécialisé aussi bien dans le jeu vidéo avec Xbox que dans le cloud avec Azure, en est encore aux phases d’essai avec xCloud.

Mais le lancement de Stadia n’aura pas été de tout repos et est de l’avis de tous décevant. On a l’impression d’avoir affaire à une version bêta alors que dans sa communication, Google nous promettait une offre complète. Retards de livraison, nombre de joueurs très faible sur les jeux multi comme Destiny 2, catalogue de jeux extrêmement réduit, possibilité de jouer en WiFi uniquement, compatibilité avec les seuls Pixel pour les smartphones… les défauts s’accumulent.

Surtout que le modèle économique de la plateforme est également remis en cause. Pour être parmi les premiers à jouer, il fallait acheter un pack Édition Fondateur à 130 euros. Il y a ensuite un abonnement Stadia Pro à 9,99 euros par mois pour jouer en 4K HDR, 60 fps et avec un son 5.1 surround. Pour ce prix, vous avez accès à la technologie de cloud gaming ainsi qu’à une poignée de jeux, et c’est tout. La plupart des titres du catalogue sont payants, et souvent vendus au prix fort. De quoi rebuter de nombreux joueurs, surtout qu’on attend une future offre Xbox Game Pass + xCloud chez Microsoft qui pourrait mettre tout le monde d’accord.

Pour l’instant, Stadia est donc plutôt mal parti et traîne une mauvaise réputation au sein de la communauté gaming. L’arrivée de Stadia Base, une formule gratuite avec aucun jeu inclus et limité à 1080p, sera proposée au printemps 2020. Cela pourrait permettre de relancer l’intérêt autour de la plateforme. On peut penser à des besoins ponctuels : si un joueur a une bonne connexion internet, mais pas de machine pour faire tourner Cyberpunk 2077 et qu’il veut absolument y jouer, il pourrait être intéressé par Stadia.

Mais pour l’abonnement Pro, il va falloir muscler le catalogue de jeux (inclus ou payants) et obtenir des exclusivités pour s’en sortir. Google a racheté fin 2019 le studio montréalais Typhoon et pourrait faire d’autres acquisitions dans les mois et années à venir pour développer ses propres titres, mais tout cela va prendre du temps, de longues années. Pas sûr que les joueurs aient autant de patience, surtout que Xbox, PlayStation et même Amazon arrivent aussi sur le terrain du cloud gaming.

Android 10

Changement de cap pour Android en 2019. Avec une modification du logo et de la typographie plus modernes. Et Google a aussi décidé d’abandonner les noms de sucreries et autres desserts. On se retrouve donc désormais avec Android et un simple numéro de version. Pour justifier ce choix, Google a expliqué vouloir donner une image plus sérieuse à son système d’exploitation, tout en rendant la lecture des différentes mises à jour plus claire pour les novices. Il est plus simple pour un non-initié de comprendre qu’Android 9 est plus récent qu’Android 7 que de comparer Android Pie et Android Nougat. De plus, certaines appellations pouvaient poser des problèmes dans certaines langues au niveau de la prononciation, sans parler des utilisateurs non anglophones pour lesquels KitKat et Oreo se comprennent, mais qui peuvent avoir des difficultés avec Lollipop ou Pie.

Autrement, Android 10 aura apporté bon nombre de nouveautés sans rien ne révolutionner non plus. On notera la compatibilité native avec le système d’écran pliable qui est en train de se démocratiser ainsi que l’introduction, enfin, d’un mode sombre natif.

Rachat de Fitbit

WearOS battant de l’aile et Google ne souhaitant pas s’avouer vaincu sur le marché des smartwatches et smartbands, la firme de Mountain View tente un coup en s'emparant de Fitbit pour 2,1 milliards de dollars. Un accord entre les deux sociétés a été entériné, il ne reste qu’à obtenir les autorisations et à régler les détails administratifs pour que le deal soit conclu, ce qui devrait arriver en 2020.

Les intentions de Google ne sont pas encore claires, mais il est probable que Google s’appuie sur l’expertise de Fitbit pour sortir des wearables sous son propre système d’exploitation. Reste à savoir si Fitbit va être complètement absorbé ou rester une entité à part entière. Cette dernière option semble la plus plausible à court et moyen terme : Fitbit est une marque reconnue du milieu, et Google aurait tort de se priver de cette réputation. C’est en tout cas la stratégie qui a été adoptée avec Nest.

Conclusion

Et c’est donc la fin de cette rétrospective. Forcément, il a fallu faire des choix et n’avons pas pu évoquer dans un papier l’ensemble des grands moments vécus par Android et Google durant la décennie 2010-2019. Nous avons notamment mis de côté les détails de l’évolution de notre système d’exploitation mobile préféré, mais pas de panique : si cela vous intéresse, nous avons également rédigé un dossier sur toute l’histoire et la chronologie d’Android. L’objectif ici était avant tout de jeter un regard en arrière et de se rendre compte à quel point la firme de Mountain View, loin de se reposer sur ses lauriers, a lancé de nouveaux produits et concepts ces dernières années.

Et pour le futur, alors ? On se demande bien quelles surprises va pouvoir nous réserver Google lors de la prochaine décennie. Pour Android, on assiste peut-être à un tournant important avec les arrivées de la 5G et des écrans pliables. Mais l’un des projets connus du public, mais dont on sait encore peu de choses et qui laisse le plus rêveur est sans doute Fuchsia. Il pourrait s’agir d’un système d’exploitation universel qui viendrait remplacer Android, ChromeOS, WearOS et tous les autres sur chaque appareil. Un peu à la manière d’HarmonyOS, l’alternative de Huawei qui doit se retrouver sur tout son écosystème. Le futur très gros morceau des années 2020 ?



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