Votre logiciel de travail vous surveille peut-être plus que vous ne le pensez, et l’IA n’y est pour rien
Les logiciels de gestion accompagnent chaque jour des millions de salariés, du planning au suivi des tâches. Dans certaines entreprises, ils servent aussi à noter les employés, voire à les sanctionner. Comme la plupart de ces outils n’utilisent aucune intelligence artificielle, les nouvelles règles européennes pourraient bien passer à côté.
Au bureau comme en entrepôt, les logiciels professionnels rythment désormais la journée de millions de travailleurs. Depuis l’arrivée des assistants dopés à l’IA, leur place grandit encore, et plusieurs études montrent que l’intelligence artificielle augmente déjà la fatigue et le stress des salariés. Leur rôle dépasse pourtant souvent la simple organisation. Certains outils mesurent la cadence, analysent les échanges ou attribuent une note à chaque employé. Leur encadrement devient donc un enjeu majeur.
Sur le Vieux Continent, les entreprises misent massivement sur ces technologies. D’après une étude publiée cette année, l’adoption de l’intelligence artificielle dope la productivité des sociétés européennes de 4 % en moyenne. Les méthodes de gestion varient pourtant d’un pays à l’autre. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a voulu mesurer ces écarts auprès de milliers d’employeurs. Ses conclusions tracent une frontière nette entre l’Europe et les États-Unis.
Aux États-Unis, deux entreprises sur trois sanctionnent leurs salariés grâce à un logiciel
Selon le rapport publié par l’OCDE, 67 % des entreprises américaines utilisent un logiciel pour sanctionner les mauvaises performances. En Europe, la proportion tombe à 4 %, soit environ seize fois moins. L’enquête porte sur 6 047 employeurs répartis dans six pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Les écarts se retrouvent sur la surveillance. Outre-Atlantique, 55 % des sociétés analysent le contenu et le ton des conversations, des appels ou des courriels, contre 6 % sur le Vieux Continent. L’organisation attribue cette différence aux règles européennes, qui protègent davantage les travailleurs.
Le rapport de l’OCDE pointe surtout une faille dans la législation européenne. La plupart de ces outils n’ont rien d’une intelligence artificielle. Parmi les solutions citées par les managers figurent SAP, Workday, Jira, Asana ou Trello. Or l’AI Act, le règlement européen sur l’IA, cible uniquement les systèmes dopés à l’IA. Ces programmes classiques risquent donc d’échapper à ses obligations. Pendant ce temps, l’Italie et l’Espagne affichent davantage de garde-fous que la France et l’Allemagne grâce à des lois nationales qui encadrent spécifiquement les décisions automatisées au travail. Reste à savoir si Bruxelles suivra leur exemple avant que le logiciel de pointage ne se transforme en juge silencieux.
