Ils envoyaient des SMS frauduleux en circulant dans les rues de Paris : 8 personnes font face à la justice
Six hommes et deux femmes se retrouvent devant le juge pour une affaire d'arnaque aux SMS. Le groupe utilisait illégalement un IMSI-catcher pour envoyer des messages frauduleux sur les smartphones des parisiens.

Vous savez ces faux SMS émanant soi-disant d'un service de livraison qui ne sont en réalité qu'une tentative pour vous soutirer des informations personnelles, voire de l'argent ? Vous vous êtes déjà demandé d'où ils viennent ? Parmi les méthodes utilisées, il y a celle qui nécessite l'utilisation d'un appareil appelé IMSI-catcher. Il prend souvent la forme d'une petite valise. À l'intérieur, un dispositif dont l'objectif est de se faire passer pour une antenne relais.
Quand votre smartphone est dans sa zone d'effet, il capte alors le signal frauduleux. Cela permet donc, entre autres, d'envoyer des SMS à tous les numéros alentours sans être filtré par les opérateurs téléphoniques. Voilà comment une bande d'une dizaine de personnes a opéré il y a quelques années dans les rues de Paris. L'enquête, qui a abouti à plusieurs mises en examen, dévoile une organisation bien huilée.
Comment ce groupe parvenait à envoyer des milliers de SMS frauduleux aux parisiens
D'abord, il y a la société Scion Data Agency basée à Neuilly-sur-Seine. Elle se présente comme spécialiste des données, du marketing et de l'informatique. Dans l'une de ses brochures, on peut lire que grâce à son système, elle peut envoyer 500 000 SMS par jour à sa base de données forte de 72 millions de lignes. La CNIL commence à s'intéresser à l’entreprise après la plainte d'un particulier en 2021. D'après lui, les deux gérants font de la prospection commerciale frauduleuse, ce qui n'est déjà pas bon signe.
Lire aussi – Voici comment Android 16 vous protègera contre l’espionnage de votre smartphone
En parallèle, ils se procurent un ISMI-catcher auprès d'un ressortissant chinois localisé en Suisse et rapatrié en France depuis. Prix : 18 500 €. L'appareil sera d'ailleurs loué ensuite par deux entrepreneurs, eux aussi inculpés au final. L'engin entre ses mains, Scion Data Agency met en place son plan. Après avoir recruté des “personnes précaires dont on a profité pour faire le plus dangereux” selon l'un des avocats de la défense, des consignes précises leur sont données.
Ainsi, l'une des accusées, Zoé, doit prendre le smartphone qu'on lui a prêté pour se connecter au logiciel de l'IMSI-catcher placé dans le coffre de sa voiture. Elle se rend dans le menu “SMS Configuration“, tape “Chronopost” et appuie sur “Save” puis “Start Sending“. Elle démarre ensuite le véhicule et roule doucement dans les rues de Paris. Les gens qui la croisent reçoivent alors un texto frauduleux.
L'enquête démarre suite à un dépôt de plainte d'Orange en octobre 2022. Ses clients signalent en effet les messages et l'opérateur constate que ces derniers n'apparaissent pas sur son réseau. Il n'en faut pas plus pour laisser penser que quelqu'un se sert d'une fausse antenne relais sous une forme ou une autre. Zoé est arrêté en décembre 2022 et le réseau est démantelé dans la foulée.
Une partie des inculpés déjà condamnée, l'autre en attente de jugement
Au total, les autorités saisissent trois IMSI-Catcher. Rappelons que ce sont des appareils légaux, mais que seuls des enquêteurs peuvent utiliser avec une autorisation du juge des libertés et de la détention. En détourner dans le but d'escroquer des individus n'est heureusement pas une pratique répandue. Le nombre de dossiers similaires traités actuellement par l’unité nationale cyber de la gendarmerie est “assez faible“.
Lire aussi – 20 € suffisent pour savoir si votre smartphone est sur écoute
Plusieurs des personnes impliquées ont déjà été jugées en novembre 2025. C'est par exemple le cas d'un des deux entrepreneurs ayant eu recours aux services de Scion Data Agency. Les peines prononcées vont jusqu'à un an de prison avec sursis, avec un total de 240 000 euros d'amende environ. La sanction pourrait être beaucoup plus lourde pour les accusés restants : au maximum 10 ans de prison ferme et 1 million d'euros d'amende. Le verdict est attendu pour fin février 2026.
Source : Le Monde