L’IA aide à lire un parchemin carbonisé par l’éruption du Vésuve il y a 2000 ans
2000 ans après sa rédaction, un parchemin en provenance d'Herculanum, ville détruite par l'éruption du Vésuve, dévoile ses secrets grâce à l'intelligence artificielle. Voici ce que l'on a pu déchiffrer.

Nous sommes en 79 après J.C. En Italie, à l'est de Naples, le mont Vésuve gronde. Alors que les habitants alentour vaquent à leurs occupations quotidiennes, ils se figent avant de se tourner vers le volcan lorsque qu'une énorme explosion se fait entendre.
Le Vésuve est entré en éruption et les conséquences sont terribles. Si l'on connait surtout le destin tragique de la ville de Pompéi, ce n'est pas la seule bourgade à avoir été rayée de la carte par la fureur de la Nature ce jour-là.
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Hercunalum (Ercolano en italien), environ 4 000 habitants selon les estimations, disparaît sous une gangue volcanique. Cette dernière la conservera en bon état relatif et les ruines seront découvertes vers la fin du 18e siècle.
Parmi les objets retrouvés, un parchemin appelé PHerc 1667. C'est lui que vous voyez sur la photo servant à illustrer cet article. Carbonisé, il ressemble plus à un morceau de charbon qu'autre chose. Forcément, impossible de l'ouvrir pour le lire sans risquer de le réduire définitivement en cendres. Mais c'était sans compter sur l'intelligence artificielle.
Un parchemin illisible depuis 2000 ans livre ses secrets grâce à l'IA
Le déchiffrage du parchemin PHerc 1667 fait l'objet d'un concours lancé en 2023, appelé Vesuvian Challenge. Quiconque arrive à lire l'un des textes retrouvés à Herculanum (plusieurs centaines) se voit récompensé par un prix. L'équivalent de 1 800 500 dollars a ainsi déjà été versé.
En ce qui concerne PHerc 1667, il a fallu une combinaison d'IA et de rayons X pour parvenir à le déplier virtuellement et en lire le contenu. En sachant que le rouleau n'est pas complet. Il en reste environ 8 cm sur 19 à 24 cm à l'origine, et une partie de ses couches externes n'existent plus. La faute aux précédentes tentatives de l'ouvrir.

Concrètement, en analysant les clichés obtenus à l'aide des rayons X, les algorithmes IA pointent des différences entre les fibre du papyrus, imperceptibles à l’œil nu. Elles indiquent là où se trouvent l'encre, donc le texte. L'IA permet ensuite d'identifier les lettres et même de suggérer des parties manquantes. Plus qu'à lire le résultat.
Vous vous en doutez, seuls des fragments ont pu être déchiffrés. Mais certains sont suffisamment développés pour que l'on comprenne de quoi traitait le texte, et même d'émettre une hypothèse sur son auteur et l'âge du parchemin.
Que dit le papyrus PHerc 1667, qui l'a écrit, et quand ?
Il s'agit d'un traité philosophique sur l'éthique, très certainement ancré dans le stoïcisme, une école de pensée fondée à Athènes au 4e siècle avant notre ère. Les thèmes abordés dans le parchemin sont variés : la nature humaine, les pulsions ou encore le progrès moral des êtres humains. Quelques exemples, traduit du grec :
- “[…] nous chercherons à comprendre quelque chose, mais nous ne le saisirons pas, si, d’une manière ou d’une autre, nous nous éloignons de nous-mêmes et de notre propre nature […]“
- “Après nous être […] efforcés au maximum par la recherche et l’apprentissage […] en possédant cette même sagesse pratique […]“
- “[…] tels étant les biens pour nous, même des maux opposés il ne résultera ni rien de bon – et encore moins de beau – ni rien de mauvais – et encore moins de laid – ni de bonheur […]“
À la fin du texte, on trouve la mention d'Aristocréon, le neveu et disciple du stoïcien Chrysippe. On pense que ce dernier est l'auteur des lignes déchiffrées. D'après le langage utilisé et les sujets traités, les scientifiques estiment que le papyrus PHerc 1667 a été écrit lors du 2e siècle avant J.C. Vous pouvez retrouver l'ensemble des découvertes concernant les textes d'Herculanum sur le site du Vesuvian Challenge.