Ce petit logiciel gratuit fait trembler l’industrie de la musique, qui réclame son inscription sur une liste noire
L’industrie musicale mondiale hausse le ton contre les outils de téléchargement. Sa fédération internationale vient de demander à la Commission européenne d’inscrire le logiciel libre yt-dlp sur sa liste noire du piratage. Quatre développeurs du projet se retrouvent nommés dans le document.

En Europe, la lutte contre le piratage en ligne prend une tournure de plus en plus politique. Côté français, une loi autorise désormais le blocage automatisé des sites de streaming et des services IPTV illicites. Bruxelles entretient de son côté une liste noire des plateformes étrangères jugées responsables de contrefaçon. Y figurer ne déclenche aucune sanction directe.
Les outils de téléchargement de vidéos traînent derrière eux une longue série de batailles judiciaires. En 2020, la RIAA avait obtenu le retrait de youtube-dl sur GitHub, avant que le service ne rétablisse le projet et ne débloque un fonds d’un million de dollars. Les labels allemands ont eu davantage de succès contre l’hébergeur du site officiel. Hambourg a confirmé sa condamnation en appel. Plus récemment, les studios américains ont fait tomber la plateforme pirate P-Stream. Le développement, lui, a migré vers un outil dérivé plus actif.
L’industrie musicale veut voir yt-dlp figurer sur la liste noire européenne du piratage
Ce successeur s’appelle yt-dlp, lancé en 2021 et devenu l’un des projets les plus suivis de GitHub. L’IFPI, qui représente l’industrie du disque au niveau mondial, le décrit comme un problème majeur dans sa contribution à la consultation européenne. Dans le détail, le texte reproche au logiciel de permettre le téléchargement définitif de musiques diffusées sur les services légaux. Quatre pseudonymes de développeurs apparaissent noir sur blanc.
La fédération demeure toutefois très vague sur la suite. Le document n’exige aucun retrait, ne réclame aucun blocage et ne vise aucune poursuite contre les développeurs. Dans l’introduction générale consacrée aux services de conversion, l’argument de la protection technique contournée revient, sans jamais viser directement yt-dlp. Rien n’est dit sur les usages légaux de l’outil.
D’autres cibles figurent dans la même contribution, dont deux applications de reprises musicales par intelligence artificielle. Elles transforment un simple lien YouTube en chanson clonée. La Commission européenne examinera l’ensemble des propositions avant de publier son édition 2027. Rien ne garantit l’inscription de yt-dlp, d’autant que le projet est hébergé sur GitHub, une société américaine appartenant à Microsoft. Viser un logiciel libre distribué dans le monde entier reste un exercice délicat pour n’importe quel régulateur.