Le Soleil dissimulait un trésor sous nos yeux, il aura fallu un supercalculateur pour le débusquer
Depuis des décennies, le Soleil semblait contenir deux fois moins d'argent que les météorites les plus primitives. Cet écart embarrassait les astronomes, incapables de désigner un coupable. Une nouvelle analyse vient de retrouver le métal disparu là où personne ne regardait.

Aucun instrument ne peut prélever un échantillon au cœur d'une étoile. Pour connaître sa composition, les scientifiques décomposent sa lumière en un spectre coloré. Chaque élément chimique y laisse des raies sombres à des longueurs d'onde précises, comme une empreinte digitale. La technique fonctionne à des distances vertigineuses, et des astronomes ont identifié un astre parmi les plus anciens du cosmos grâce à cette signature lumineuse. Elle dépend pourtant entièrement des modèles théoriques employés pour interpréter ces empreintes.
Le Soleil pose depuis longtemps un problème embarrassant avec l'argent. Les chondrites CI, des météorites nées de la même matière primordiale il y a 4,6 milliards d'années, en renferment presque deux fois plus. Ces cailloux tombés sur Terre servent de référence pour reconstituer la chimie du système solaire naissant. Le grand public retient surtout les visiteurs spectaculaires, comme l'astéroïde 2026 JH2 qui est passé tout près de notre planète au mois de mai. Les chercheurs préfèrent pourtant les fragments les plus anciens, et ceux-là contredisaient notre étoile depuis des années.
Le Soleil renferme 55 % d'argent de plus que les mesures le laissaient croire
L'argent solaire n'avait en réalité jamais disparu. Selon une étude publiée dans Astronomy & Astrophysics, les modèles précédents négligeaient des phénomènes complexes appelés effets hors équilibre. Quand la lumière frappe un atome, elle bouleverse son fonctionnement interne et change sa façon d'absorber les rayons. Sema Caliskan, chercheuse à l'université de Liège, et son équipe ont simulé ces perturbations sur le supercalculateur Tetralith, installé en Suède. Leur modèle attribue au Soleil 55 % de métal supplémentaire par rapport aux mesures classiques.
Personne n'avait jamais tenté de modéliser un atome d'argent avec ce niveau de détail. L'écart avec les chondrites CI ne se referme pas totalement, mais il devient assez faible pour écarter toute explication extraordinaire. L'enjeu dépasse largement le cas de notre étoile. Ce métal naît lors des explosions de supernovas et retrace l'histoire chimique de la Voie lactée. Sema Caliskan compte appliquer la même méthode à d'autres astres, ce qui pourrait bien réserver quelques surprises.