Telegram vient de faire les frais d’une IA qui traque le piratage vidéo, des centaines de canaux sont tombés
Depuis longtemps, Telegram fait partie des principaux refuges utilisés pour partager clandestinement films et séries. Deux équipes universitaires américaines viennent enfin de chiffrer précisément cette activité. Leurs recherches ont aussi conduit à un dispositif automatique déjà responsable de la fermeture de plusieurs centaines de canaux.

Le visionnage pirate de contenus audiovisuels reste massif à travers l’Europe. Tandis que les offres légales se multiplient, leur coût progresse et pousse certains utilisateurs vers des solutions parallèles. En France, une étude Ipsos estimait qu’un Français sur quatre passait par des plateformes clandestines afin de voir cinéma, télévision ou sport. Les autorités comme les ayants droit concentrent surtout leurs actions sur les sites de streaming, davantage exposés que les autres circuits permettant d’accéder aux œuvres.
Cette lutte s’est également intensifiée devant les tribunaux. La justice française a imposé aux fournisseurs d’accès, moteurs de recherche et résolveurs DNS le blocage des services de streaming illicites. À l’inverse, Telegram demeure largement hors de portée de telles mesures. Des chaînes complètes y publient quotidiennement des adresses menant à des films récents. Jusqu’ici, aucun travail n’avait permis d’en établir l’ampleur précise. Deux universités situées aux États-Unis ont entrepris cette tâche.
Telegram compte près de 19 000 films et séries piratés, visionnés presque 5 milliards de fois
Les chercheurs de Louisiana State University et de l’University of Texas at Arlington ont étudié 1 057 canaux Telegram représentant environ 209 000 publications parues entre décembre 2023 et janvier 2026. Le préprint Binge, Bot, Repeat comptabilise 19 033 œuvres piratées, réparties entre 14 632 films et 4 401 séries. Ensemble, ces contenus atteignent 4,85 milliards de vues. Parmi les ayants droit concernés, le studio japonais Toei occupe la première place, suivi par Netflix puis Warner Bros. Quelque 94 % des comptes identifiés redirigent en outre vers au moins une autre chaîne ou vers des bots automatisés.
Les données recueillies ont permis aux universitaires de concevoir Anti-RIP, un système capable de repérer ces activités en temps réel. Entre février et avril 2026, ce programme a examiné 249 133 nouveaux canaux Telegram et en a identifié 802, dont l’âge médian restait inférieur à cinq jours. Les alertes ont ensuite été adressées à la messagerie et à dix-sept studios américains. Au bout de soixante et un jours, 524 comptes avaient disparu, ainsi que 71 bots. Les auteurs reconnaissent toutefois quelques faux positifs. Parmi mille publications contrôlées manuellement, quatre contenus licites avaient été considérés à tort comme pirates. Anti-RIP est maintenant accessible en open source.