Les premiers dossiers secrets sur les OVNIs sont déclassifiés : tournant historique ou simple coup de com’ ? Ce qu’on y apprend vraiment
Nous sommes abreuvés d’histoires d’invasions extraterrestres et de complots gouvernementaux par la pop culture. Alors, quand le Pentagone décide enfin de briser une partie du secret défense pour publier ses premiers « dossiers OVNIs », il y a de quoi retenir son souffle. Coup de com’ ou véritable tournant historique ? Décryptage de ce que nous apprend vraiment cette déclassification.

La saga Alien, E.T., X-Files, Star Trek… La pop culture regorge de créations qui mettent en scène des objets volants non identifiés – ou OVNI si l’on préfère l’acronyme. Purs produits de notre imagination de pauvres mortels ou récits partiellement fondés, les diverses théories glaçantes comme celle du Grand Filtre et les secrets d’État ne font qu’alimenter les doutes et les spéculations.
Prenons la fameuse Zone 51 : il paraît presque logique de se demander pourquoi prendre autant de précautions à museler des Hommes et cadenasser un lieu s’il n’y a rien à cacher. Conscient de ce paradoxe – ou adepte de la psychologie inversée ? – le Pentagone sous l’égide de l’administration Trump a inauguré PURSUE.
Il s’agit de l’acronyme anglais pour Système présidentiel de déclassification et de signalement des rencontres de phénomènes aérospatiaux non identifiés – ou PAN, le nouveau terme pour désigner les OVNIs. Dans ce cadre, le Département de la Défense – officieusement rebaptisé Département de la Guerre – a publié les 8 et 22 mai derniers les deux premiers lots de « nouveaux dossiers inédits ». Les États-Unis revendiquent cette initiative comme un effort historique en matière de transparence. Mais que nous apprennent-ils vraiment, ces dossiers ?
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La déclassification des « dossiers OVNIs » : un effet d’annonce ?
Que vous soyez persuadé de l’existence des extraterrestres – et de tout ce que cela implique –, simplement curieux, sceptique ou dans l’incrédulité, cette déclassification, en l’état, risque de vous faire pousser un soupir de déception ou lever les yeux au ciel. La majeure partie de ces documents sont en effet connus depuis longtemps par qui s’intéresse à ce sujet – quelle que soit sa position.
Le premier lot publié comportait 158 dossiers, composés de fichiers, de photos et de vidéos issues de diverses sources : FBI, NASA, Département d’État ou de la Défense. Le deuxième contient une vidéo. Tous sont disponibles sur le site officiel de l’instance gouvernementale, si jamais vous souhaitez y jeter un œil par vous-mêmes.
Mais la déclassification de ces documents ne doit pas être considérée comme une fin en soi, mais bien comme un « début utile » – pour reprendre les termes employés par Mark Rodeghier, président et directeur scientifique du J. Allen Hynek Center for UFO Studies, interrogé par Space.com.

Une introduction plutôt qu’une conclusion à l’histoire des PAN
Il s’agit d’une introduction et non d’une conclusion donc, et ceci pour plusieurs raisons que nous allons maintenant détailler. D’abord, il ne s’agit là que des premières salves de documents publiées : le DoD en déclassifiera « au fur et à mesure ». Mais surtout, les documents déjà publiés manquent cruellement de contextualisation – pourtant essentielle à leur étude.
Certes, c’est mieux que rien : le Gouvernement du pays de l’Oncle Sam offre un accès centralisé à ces fichiers. Aussi, des documents incomplets ont toujours plus de valeur que des dossiers sous clé, comme le rappelle Alejandro Rojas, consultant pour Enigma Labs. Ils permettent notamment aux chercheurs de vérifier avec plus de minutie les données qu’ils détenaient déjà et l’accumulation de documents (même avec un contexte minimal) peut finir par fournir une tendance.
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Et en comparaison, même si certains étaient déjà connus, ceux déclassifiés par le Pentagone comportent moins de censure. Et cette censure est compréhensible – pour ne pas dire indispensable – afin de protéger, entre autres, l’identité des témoins et la localisation des lieux confidentiels.
Cependant, le Pentagone se retranche derrière un effort de transparence historique. Or, priver ces dossiers de leur contexte et d’analyses revient à les amputer d’une part de leur authenticité.
Alors oui, encore une fois, c’est un bon départ – dont l’administration Trump n’est d’ailleurs pas à l’origine, même si elle reste la première à avoir publié de tels documents. Mais la suite sera tout aussi importante, si ce n’est plus puisque ces « nouveaux dossiers inédits » soulèvent « plus de questions [qu’ils n’apportent] de réponses », comme le souligne Rojas.

Socrate avait-il raison ? Voici la véritable révolution derrière cette déclassification
Il apparaît même que la véritable avancée, pour l’heure, ne soit pas la déclassification progressive de ces « dossiers Ovnis ». Connaissez-vous la fameuse photo immortalisée lors de la mission lunaire Apollo 17 de la NASA ? C'est celle au tout début de l'article. Après agrandissement de cette image de décembre 1972, trois « points » qui forment les sommets d’un triangle dans le quadrant inférieur droit du ciel lunaire sont clairement visibles.

Eh bien la NASA et le Pentagone ont récemment reconnu que l’objet visible sur la fameuse image d’Apollo 17 n’a pas d’explication à l’heure actuelle – et donc, en filigrane, l’admission qu’il existe des anomalies. Déclarer que l’on ne sait pas est, selon Michael Gold, président de Redwire Space, « la première étape vers la découverte, et c'est ainsi que progresse la science ». Après tout, Socrate aurait bien dit : « Ce que je sais, c’est que je ne sais rien. »
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Des suggestions ont déjà été faites, notamment par Gold, pour enrichir la base de données des PAN – notamment le fait de les intégrer au système de notification de la sécurité des vols de la NASA, ce qui ferait de chaque passager d’un vol un capteur.
Avec cette reconnaissance de l’existence d’anomalies et la déclassification de premiers « dossiers OVNI » inédits, alors, peut-être, sommes-nous à un moment charnière de l’histoire de l’astronomie.
