RTX Spark : la techno Nvidia veut tout changer, mais peine à le prouver (nos premières impressions)
Nous avons pu voir tourner les ordinateurs portables RTX Spark, nouvelle plateforme dédiée à l’IA de Nvidia, lors de démos organisées au Computex 2026. On en ressort curieux, mais pas forcément convaincu.
Les RTX Spark seront-ils une révolution ? Si l’on écoute les dires de Jensen Huang, le grand patron de Nvidia, c’est une refonte complète du PC de son origine à maintenant. Et pour nous convaincre, l’équipe verte a invité moult journalistes à voir de premières démonstrations de ses merveilles. On en ressort certes impressionné, mais pas autant que ne le voudrait probablement la rock star de Taipei.
Le jeu sous Windows ARM va exploser
Commençons tout de suite par le point le plus important. Celui sur lequel il est indéniable que la nouvelle plateforme de Nvidia aura un impact phénoménal : le jeu vidéo sous Windows On ARM. Car il faut le dire : aujourd’hui, jouer sous Windows On ARM est une tannée, car malgré les efforts de Qualcomm sur les dernières années, aucun jeu compétitif n’a jamais voulu adapter son anti-cheat pour lui. Or, ce sont eux qui ont le profil parfait pour ses ultrabooks.
Tout cela va drastiquement changer une fois que les RTX Spark seront sur le marché. Car oui, Nvidia a mis des billets et envoyé des ingénieurs pour pousser les plus grands du secteur des anti-cheats à prendre le pli. Même Riot Games, éditeur derrière Valorant ou League of Legends, a accepté d’adapter son Vanguard décrié, mais nécessaire pour lancer le moindre de ses jeux.
C’est un pas énorme pour la bibliothèque de jeux sous Windows ARM, et celui-ci ne sera pas exclusif aux PC RTX Spark. À bien des égards, c’est l’arrivée de Nvidia sur ce terrain qui débloque les choses, comme cette version native ARM de Alan Wake 2 qui nous est présentée. Le créateur des RTX Spark pousse même derrière les plus grands moteurs de jeu comme Unreal pour faciliter la création de versions natives de la bibliothèque, et aide Microsoft à optimiser toujours plus la couche de traduction Prism.
Pas de miracle, ceci étant : si on utilise cette dernière, il y aura un coût sur les performances de l’ordre de 10 à 15% sur le processeur. En revanche, “les jeux se reposant principalement sur le GPU ne sentiront pas la différence”, nous promet Nvidia. C’est l’ordre des choses, mais le simple poids de l’entreprise américaine fait que tout le monde suit tout à coup. Qualcomm doit être bien heureux ; il n’aura pas eu à dépenser le moindre sou pour ça.
Les technologies Nvidia sont toutes là
Les démonstrations faites par Nvidia pour son RTX Spark suivent essentiellement toutes la même philosophie : prouver que rien ne change véritablement sur cette plateforme ARM par rapport au x86. Enfin si : les logiciels Adobe profitent enfin pleinement des capacités des cœurs CUDA, ce qui permet à Premiere Pro notamment de doubler sa rapidité d’exécution sur des tâches comme le rotoscoping automatique ou la lecture de fichiers 10 bit 4:2:2 particulièrement lourds pour de nombreux GPU.
Il en va de même sous Unreal, qui est capable sur un PC RTX Spark de faire le rendu en temps réel d’un New York entièrement réalisé en 3D, et intégralement ray-tracé. Tout ça s’appuie naturellement sur l’upscaling DLSS et le nouveau Ray Reconstruction 2 dévoilé du même temps au Computex 2026, et confirme une certaine parité entre tous les produits RTX sur le marché (excepté la Switch 2, un cas particulier). Blender profite des mêmes capacités pour aider les développeurs à créer leurs environnements 3D plus rapidement, le vrai intérêt du ray-tracing dans ce milieu.
Alors qu’en tire-t-on ? Que les RTX Spark ont vraiment des capacités créatives intéressantes, bien qu’elles n’atteignent pas non plus celles d’une RTX 5070 (même mobile) à son plein TGP. Nvidia l’avoue lui-même : un CPU x86 au même TDP couplé à une RTX 5070 au même TGP offrirait peu ou prou les mêmes performances. La nouveauté est donc bien de les retrouver dans un SoC optimisé pour la mobilité. D’ailleurs, nous avons pu constater comme même débranché, les RTX Spark ne perdent pas de leur superbe sur les tâches.
Seule chose qu’on ne constatera pas ici : les capacités réelles en gaming. Si nous avons pu voir tourner Alan Wake 2 en natif et Pragmata en émulation Prism, il nous était interdit d’en regarder les réglages ou le nombre de FPS. Nvidia nous promet de communiquer bientôt sur ce point, mais n’est pas encore prêt à fournir des chiffres de peur qu’ils changent du tout au tout avant la prochaine présentation. Le TDP des RTX Spark semble bien toujours être en réflexion, même si nous savons au moins que le Surface Laptop Ultra utilisera un chargeur de 140 watts en Power Delivery ; voilà qui donne une petite idée du profil de la bête, en tenant compte du fait qu’un Asus Zenbook A16 sous Qualcomm Snapdragon X2 Elite Extreme a un chargeur de 130 watts.
Où est la révolution promise ?
Mais bien sûr, la révolution que doit soutenir la plateforme RTX Spark n’est autre que celle de l’IA agentique. Et sur ce point, les démos sont effectivement intéressantes. On a par exemple pu voir une intelligence artificielle prendre le contrôle du PC d’un développeur pour retoucher et corriger d’elle-même un site internet buggé. Chose intéressante : il sera possible de cacher ou non cette prise de contrôle du PC.
Plus impressionnant encore, une IA fait marcher de concert ComfyUI et Photoshop pour donner ses textures à un monstre uniquement dessiné, et finit par l’animer automatiquement grâce à la magie de l’IA générative. Un usage intéressant, même si l’IA continue d’offrir une DA que l’on reconnaîtrait entre mille, et que l’impossibilité de retoucher les calques sous Photoshop semble vraiment être limitante pour un véritable usage professionnel.
Windows lui-même s’est réadapté à ces besoins de l’IA agentique. Le système d’exploitation nous a mis en avant sa ré-optimisation de l’usage de la mémoire, particulièrement importante dans un pool partagé pour l’intelligence artificielle, ou encore son nouvel API réunificateur qui permettra une gestion à la fois plus simple et plus poussée de la consommation des PC portables. Ce de manière agnostique.
Mais on ne peut s’empêcher, à la fin de toutes ces démonstrations si impressionnantes puissent-elles être, de penser que ces usages sont toujours très… nerdy. Pas une seule des démonstrations de l’intelligence artificielle ne se passait en dehors d’un invité de commandes. Si Jensen Huang promet une nouvelle ère de l’informatique dès la sortie des RTX Spark, et un Windows qui prendra pleinement partie des agents de l’IA, encore faudrait-il que ces usages puissent être pris en main par le premier quidam qui vient.
Le fait est que malgré les présentations charismatiques du grand boss de Nvidia, rien n’est encore joué sur l’intelligence artificielle et son avenir. Et cette présentation des RTX Spark, plus que d’asseoir l’évidence de cet avenir, nous fait plutôt dire que si révolution il doit y avoir… Elle n’est toujours pas prête. Et le temps se fait long alors qu’on nous la promet chaque année depuis bien 5 ans maintenant.









