On a joué à Marvel’s Wolverine sur PS5 : trois raisons de ne pas perdre votre temps avec ce jeu
Marvel’s Wolverine était assurément un des jeux les plus attendus de l’année, et surtout du côté des possesseurs de PlayStation 5. Clairement en manque d’une exclusivité grand public et cinématographique, dans la veine des God of War, The Last of Us ou Horizon, les joueurs PS5 avaient dû se contenter de l’excellent Marvel’s Spider-Man 2 il y a déjà trois ans, et à la rigueur, de Ghost of Yotei à l’automne dernier. Avec le retour du studio prodige Insomniac Games, derrière les jeux Spider-Man depuis 2018, il y avait de quoi rêver avec cette adaptation spectaculaire d’un autre super-héros Marvel. Hélas, on a vite déchanté…
On le redoutait un peu au vu des bandes-annonces laissant supposer un jeu très linéaire et au gameplay plutôt dirigiste : Marvel’s Wolverine ne restera pas dans l’histoire du jeu vidéo, ni même de celle de PlayStation. Auréolé d’un assez modeste 77/100 sur le célèbre agrégateur de notes Metacritic, le dernier titre d’Insomniac ne fait pas davantage l’unanimité chez les joueurs avec une moyenne de 6,5/10 sur la même plate-forme au moment où nous rédigeons cet article, dont un bon tiers d’avis considérés comme négatifs.
Nous devons admettre que nous partageons ce ressenti : au tarif auquel il est vendu, nous ne conseillons pas vraiment cette exclusivité PS5 présentée comme une super-production, surtout à deux mois d’un Grand Theft Auto VI tarifé lui aussi à 80 euros. Voici trois bonnes raisons de ne pas perdre votre temps avec Marvel’s Wolverine, notre déception de l’année.
Une aventure spectaculaire, mais sans intérêt manette en mains
Présenté fort légitimement comme le digne héritier des trois dernières productions du studio Insomniac Games dédiées à l’homme-araignée, Marvel’s Wolverine avait également pour ambition de renforcer encore un peu plus un lien fort entre Sony et Marvel. Réalisé par une équipe de développement faisant partie des meilleurs représentants du label PlayStation Studios, ce nouveau titre se devait d’offrir une expérience de jeu vidéo cinématographique du plus bel effet. L’objectif assumé était de livrer un titre immersif, viscéral dans ses combats, à l’image d’un personnage résolument agressif et violent.
Dans les faits, la proposition de gameplay de Marvel’s Wolverine est satisfaisante, dans le sens où si vous disposez d’un bon équipement pour profiter du spectacle qu’il propose, vous prendrez une jolie claque (ou plutôt, un coup de griffe) en plein visage. On est clairement sur un des plus beaux jeux de la PlayStation 5, voire de sa génération de machines, tout simplement ; hélas, la qualité des graphismes, cela ne fait pas tout. On l’avait déjà constaté en 2015 avec The Order: 1886 sur PlayStation 4, une vitrine exceptionnelle, mais dont la proposition de gameplay était réduite au minimum syndical.
Marvel’s Wolverine reproduit quelque peu cet écueil, mais pas de la même façon. Là où le plus beau jeu de la PS4 en son temps n’avait absolument aucun intérêt et consistait en un bête cover-shooter sans aucune notion d’amélioration de personnage, et se pliait en cinq à six heures (dont la moitié de cinématiques !), le jeu d’Insomniac fait l’effort de chercher à se rendre un minimum intéressant. Par exemple, il propose de faire évoluer le personnage de Logan, avec des arbres de compétences mis à disposition du joueur, et met en scène des boss qui tentent de proposer un peu de variété, quitte à être trop téléguidés et sans challenge, à moins de régler le jeu en difficulté maximale… ce qu’on ne conseille pas, car cela ne le rend pas plus jouissif pour autant.
Car le problème, c’est que l’évolution du personnage ne se ressent pas vraiment, que les boss sont trop simples et finalement assez répétitifs (et surtout, oubliables), et qu’on ressort de Marvel’s Wolverine avec l’impression que le personnage de Logan n’est pas pensé pour un gameplay évolutif. Les arbres de compétence n’ont aucune profondeur et on passe la quinzaine d’heures (très grand maximum) que propose le jeu d’Insomniac sans avoir le sentiment d’avoir vu la formule évoluer avec les heures. Wolverine est une créature surpuissante, qu’il est certes très grisant d’incarner, mais en tant que jeu vidéo, le concept d’ensemble est creux, sans relief, et on n’y touchera qu’une fois, si tant est qu’on ait envie de se l’infliger jusqu’à son terme tant il est répétitif.
Les jeux Spider-Man sont meilleurs sur tous les plans ou presque
Dans un autre registre, il est hélas totalement logique de comparer ce qui est comparable, et donc, on ne peut jouer à Marvel’s Wolverine sans repenser aux trois jeux développés par le même studio autour de l’univers de l’homme-araignée. Bon, il est vrai que Marvel’s Spider-Man, premier du nom, remonte quand même à 2018 et que nous préférerons l’opposer à sa suite parue en 2023, elle aussi exclusivement sur PlayStation 5. Cependant, c’est là que le bât blesse : rien qu’en repensant à l’aventure ultra spectaculaire de Peter Parker et Miles Morales dans les rues de Manhattan et de Brooklyn, nous en sommes déjà nostalgiques, alors que ce n’était pas pour autant un chef-d’œuvre.
Le truc, c’est que jouer Spider-Man, en s’envolant de gratte-ciel en gratte-ciel, et en faisant des “check” aux passants de Big Apple quand on ne tapait pas des selfies grotesques avec eux, c’était super fun. Incarner Wolverine, plus violent, dans un univers infiniment plus linéaire et dirigiste et avec beaucoup moins d’humour, offre une expérience tristement insipide, et c’est peu de le dire. En tant que jeu vidéo, Marvel’s Wolverine n’est ni vraiment amusant ni divertissant, et ne propose pas vraiment ce sentiment d’évasion et ce concentré de fun incroyable qui transparaissait constamment en jouant Spider-Man.
En outre, le choix d’une aventure très linéaire a tendance à plomber le sentiment de liberté de mouvement artificiel, mais divinement maîtrisé des jeux Marvel’s Spider-Man. La formule ouverte de New York contribuait à renouveler constamment le gameplay, berçant le joueur dans une illusion de diversité de situations qu’un jeu dirigiste ne permet pas. Cette structure peut fonctionner si le scénario conté par le jeu est haletant et rempli de twists et de personnages attachants et bien écrits ; or, comme aucune des deux adaptations d’Insomniac ne brille sur ces aspects, l’immensité d’un monde ouvert fascinant à explorer permet d’oublier ce défaut, qui ressort infiniment plus dans Marvel’s Wolverine.
En fin de compte, on en vient à penser que Wolverine n’est peut-être pas un super-héros particulièrement adapté au jeu vidéo, ou en tout cas, pas à la vision très cinématographique que Sony en a. Là où le sentiment permanent d’être dans la peau d’un personnage “trop fort” (dans le bon sens du terme) était purement jouissif avec Spider-Man, la greffe ne prend pas avec Wolverine, dont le ressenti manette en mains est celui d’un personnage avec qui on ne fait pas vraiment corps, et que l’on n’a même pas spécialement l’impression de contrôler tant il est surpuissant et sans évolution d’un bout à l’autre de l’aventure.
Un jeu beaucoup trop cher pour ce qu’il est
Tarifé 80€ comme Marvel’s Spider-Man 2, ou encore d’autres exclusivités majeures de la PlayStation 5 telles que Ghost of Yotei ou Death Stranding 2: On the Beach, Marvel’s Wolverine est en outre beaucoup trop court. On compte en effet une quinzaine d’heures pour en voir le bout et, assez paradoxalement, en faire le tour en même temps tant le contenu annexe est pauvre et pousse peu à l’exploration. Certes, c’est un jeu linéaire et non un monde ouvert, mais quand on voit la richesse d’un titre comme The Last of Us Part II (sorti six ans plus tôt sur la génération précédente de consoles), on en vient à trouver le titre d’Insomniac quelque peu paresseux.
Dans sa globalité, Marvel’s Wolverine ressemble davantage à un gros contenu additionnel franchement généreux, qui aurait fini au format “standalone” à la manière des franchement très bons Uncharted: The Lost Legacy (sorti sur PlayStation 4 en 2017) ou encore… Marvel’s Spider-Man: Miles Morales (sorti conjointement sur PS4 et PS5 à la sortie de cette dernière). Des jeux que Sony n’avait pas eu peur de commercialiser à prix plus doux, conscient de leur caractère quelque peu secondaire. Hélas, Marvel’s Wolverine se devait d’être une vitrine pour PlayStation, et de constituer la grosse sortie d’envergure “triple A” de la marque au cours d’une année qui en a singulièrement manqué – et ce, avec tout le respect dû à l’excellent Saros, sorti en début d’année, mais résolument moins grand public.
En fin de compte, on a tendance à se dire que si Sony avait eu la bonne idée d’assumer le manque d’ambition de Marvel’s Wolverine, la réception de sa dernière exclusivité en date aurait probablement été plus douce. Hélas, en choisissant d’en faire son gros titre de la rentrée, porté par un marketing ultra agressif laissant croire en une exclusivité majeure de grande envergure, la déception d’ensemble n’en est que plus grande. C’est cruel pour ce jeu au développement hélas chaotique et plombé par une terrible fuite de données de son excellent studio il y a quelques années, mais il faut bien être honnête : on est face à un des jeux les plus oubliables de la galaxie PlayStation sur ces 20 dernières années.
Bien que nous n’ayons pour le moment aucunement joué à Grand Theft Auto VI, il y a fort à parier qu’il sera bien plus judicieux de conserver la somme exigée par Sony pour son jeu maison en vue du futur mastodonte de Rockstar, qui lui devrait être à la hauteur des attentes placées en lui. Quant à Marvel’s Wolverine, on vous conseillera d’attendre son arrivée parmi la sélection du PlayStation Plus pour vous faire un avis sans trop de risques. Il restera un bon divertissement sans grand relief à prendre au mieux dans un bac à occasions à moindre coût, profitant au moins de son statut de jeu intégralement présent sur un disque. C’est ce qu’on en retiendra de mieux.
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