Mars cachait de l’eau chaude sous un cratère, le rover Perseverance vient de tomber dessus
Le rover Perseverance explore depuis 2023 une bande de terrain accrochée au bord intérieur du cratère Jezero, sur Mars. Ses relevés viennent de révéler au moins trois passages d’eau successifs dans les roches martiennes. L’un d’eux impliquait des circulations souterraines nettement plus chaudes que le reste.

Depuis cinq ans, la planète rouge livre ses secrets au compte-gouttes. Les agences spatiales y traquent la moindre trace d’eau ancienne, seul indice sérieux d’un environnement autrefois habitable. Sous la croûte martienne, d’anciennes poches de magma éclairent déjà cette habitabilité passée. Chaque analyse affine le portrait d’un monde jadis actif. Restait à savoir comment l’eau circulait.
Sur le bord intérieur de Jezero s’étend l’Unité Margin, repérée depuis l’orbite. Les scientifiques y attendaient des sédiments déposés le long du rivage de l’ancien lac. Chaque engin creuse pourtant sa propre piste, et le rover Curiosity a extrait des molécules organiques des roches du cratère Gale. Perseverance y a trouvé une formation ignée, née d’un magma refroidi ou d’éruptions volcaniques. Cette géologie inattendue a conservé un registre détaillé du passage de l’eau.
Les roches du cratère Jezero gardent la trace de trois passages d’eau différents
Publiée dans Communications Earth and Environment, l’étude détaille la méthode. Avec l’instrument SuperCam de Perseverance, les chercheurs ont analysé plus de 185 cibles rocheuses à travers la zone. Un premier épisode a vu une eau souterraine chargée en dioxyde de carbone attaquer l’olivine, un minéral issu du lent refroidissement du magma en profondeur. Résultat, des carbonates se sont déposés au creux des fractures. Jezero abrite l’un des plus vastes affleurements de ce type sur Mars.
Un deuxième épisode renvoie à l’ancien lac du cratère. Certaines roches contiennent de la silice, formée quand l’olivine réagit avec l’eau, et particulièrement abondante sous l’ancienne ligne de flottaison. Puis vint un troisième passage, brûlant. Dans l’est de la zone, Perseverance a repéré des veines de sulfate de calcium et de fluorine. Ces minéraux trahissent la circulation d’une eau très chaude à travers la pierre volcanique.
Sur Terre, les systèmes hydrothermaux abritent souvent des communautés microbiennes. Un décor comparable sur Mars intrigue donc les chercheurs. Aucune datation précise n’accompagne encore cet enchaînement pourtant bien établi. Les carbonates repérés par Perseverance pourraient servir d’horloge et dire quand la planète a réuni des conditions favorables. Jezero n’était donc pas un simple rivage, plutôt un carrefour où eaux souterraines, eaux de surface et fluides chauds se sont succédé.