Curiosity détecte sur Mars des molécules qui auraient pu donner naissance à la vie
Pour la première fois, une nouvelle technique chimique a été testée sur une autre planète. Le rover Curiosity a mis au jour sur Mars plus de 20 molécules organiques, dont certaines sont associées à l'origine de la vie sur Terre. Les scientifiques ignorent encore si elles sont d'origine biologique ou géologique.

La recherche de traces de vie sur la planète rouge mobilise les agences spatiales depuis des décennies. Les rovers envoyés sur place analysent ses roches, son sol et son atmosphère. Chaque nouvelle découverte affine la compréhension de ce qu'a pu être Mars il y a plusieurs milliards d'années. Des chercheurs avaient récemment relancé l'idée que la vie y avait peut-être été détectée dès 1976 par les sondes Viking. Cette hypothèse continue d'alimenter le débat scientifique.
Des indices de vie passée avaient déjà été signalés par Perseverance dans le cratère Jezero. Ces résultats avaient relancé l'espoir de trouver un jour des preuves biologiques sur la planète rouge. C'est dans ce contexte que Curiosity vient d'accomplir une première historique. Le rover de la NASA explore le cratère Gale depuis 2012. Il s'est récemment concentré sur la région de Glen Torridon, jugée favorable à la préservation de matière organique ancienne.
Curiosity détecte plus de 20 molécules organiques dans des roches martiennes vieilles de 3,5 milliards d'années
Curiosity a utilisé pour la première fois sur une autre planète un réactif chimique appelé TMAH. Ce produit libère les molécules organiques piégées dans les roches. Selon une étude publiée dans Nature Communications et dirigée par Amy Williams, professeure associée en sciences géologiques à l'université de Floride, l'instrument SAM du rover a détecté plus de 20 molécules dans des grès argileux vieux d'environ 3,5 milliards d'années. Parmi elles figurent des composés azotés et soufrés. Ces substances ressemblent aux briques chimiques qui ont contribué à l'apparition de la vie sur Terre.
Ces molécules ne prouvent pas l'existence d'une vie passée sur Mars. Elles pourraient résulter de processus géologiques non biologiques, comme l'apport de météorites ou de poussières interplanétaires. Ce que confirme l'étude, c'est la survie de matière organique complexe pendant des milliards d'années dans le sous-sol martien. Cette résistance ouvre des perspectives pour les futures missions de détection de vie. Le rover européen Rosalind Franklin et l'engin Dragonfly, destiné à Titan, embarquent des versions améliorées de cette même technique. Pour trancher sur l'origine de ces molécules, il faudra ramener des échantillons sur Terre. C'est l'objectif du programme Mars Sample Return, malgré ses retards budgétaires.