Hadopi et la lutte anti-piratage auraient rendu les français moins pointus en musique

Hadopi et la lutte anti-piratage en France auraient réussi à tirer les ventes de musique en ligne vers le haut, mais avec un effet pervers : l’écoute des français serait globalement moins variée, à en croire une nouvelle étude. 

Crédits : Pixabay

Hadopi avait été mis en place il y a un peu plus de 10 ans principalement pour tenter d’enrayer le piratage de musique qui se développait en parallèle d’Internet. L’efficacité de l’approche dite de « riposte graduée » qui consiste à envoyer des avertissements aux contrevenants avant d’aller sur une amende voire une action en justice semble mitigée, avec des millions d’avertissements pour finalement très peu de condamnations. Pourtant, une nouvelle étude repose par TorrentFreak affirme que la lutte anti-piratage à la française a en réalité été plus efficace qu’on ne le pensait jusqu’alors.

L’étude parue dans le journal académique Information, Economics and Policy est le fruit d’un chercheur, Ruben Savelkoul, de l’université KU Leuven (Belgique). Il a, pendant plusieurs années après l’introduction d’Hadopi, épluché les chiffres de ventes de musique en France – et comparé ces données à celles issues de Belgique et des Pays-Bas. Le premier constat, c’est que contrairement à ce qu’affirment d’autres études, Hadopi a bien eu un bilan positif sur les ventes de musique en ligne. Mais avec le temps, cet effet s’est surtout maintenu autour des artistes les plus populaires.

Payer pour écouter un morceau rend les consommateurs moins aventureux

« L’effet [d’Hadopi] est plus fort pour les superstars ce qui suggère que les plus petits artistes ou les artistes de niche gagnent en exposition grâce au téléchargement illégal, ce qui déplace partiellement l’effet négatif de substitution sur les ventes », explique le chercheur. En d’autres termes, le chercheur affirme que le piratage a eu un impact moins négatif, voire positif sur des artistes moins connus. Notamment parce que cela permet à des utilisateurs de découvrir davantage de musique à moindre frais. Mais un autre phénomène se dégage dans les premières années d’Hadopi.

« Nous nous sommes rendu compte qu’en l’absence de piratage, les consommateurs ont tendance à se concentrer davantage sur le genre et le style », que sur la diversité des artistes. Et d’ajouter : « lorsqu’il ne peut plus tester de la musique ‘aventureuse’, le consommateur peut ne pas être enclin à payer et acheter ces biens musicaux pour découvrir leur qualité et choisissent à la place des achats plus ‘sûrs’, ce qui leur fait consommer moins de variété », note le chercheur.

Du coup, selon Ruben Savelkoul, l’établissement de politiques anti-piratage plus strictes a bien un effet positif sur les ventes. Mais il rend aussi les consommateurs moins « pointus » en termes de variété d’artistes et de morceaux, et les pousse à écouter plus de musique « populaire » produite par les artistes les plus connus. Le chercheur lui-même invite pourtant à la prudence sur ses résultats. D’abord parce que son analyse ne court que sur quelques années après l’introduction d’Hadopi.

Lire également : IPTV, streaming – après les torrents, Hadopi va s’attaquer aux autres moyens de piratage

Ensuite, parce que le secteur s’est entre-temps transformé, avec l’explosion du streaming poussé par Deezer, Spotify ou encore Apple Music qui permet justement pour un prix fixe payé tous les mois d’accéder à de vastes catalogue de musique en illimité. Que pensez-vous des conclusions de cette étude ? Partagez votre avis dans les commentaires.

Source : TorrentFreak



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