La course à la Lune pourrait ruiner des indices sur l’origine biologique de la Terre
La Lune pourrait renfermer des indices précieux sur les débuts de la vie sur Terre. Mais les prochaines missions spatiales font peser un nouveau risque. Des chercheurs alertent sur une possible contamination invisible mais durable.

La Lune est devenue un objectif prioritaire pour les grandes agences spatiales et les entreprises privées. Plusieurs missions sont en préparation pour établir des bases permanentes, explorer ses ressources ou simplement y poser des engins plus performants. Ces efforts marquent le début d’une nouvelle phase de conquête spatiale, bien différente des expéditions des années 60. Mais à mesure que le trafic s’intensifie, certains scientifiques appellent à la prudence.
Car au-delà des aspects techniques ou logistiques, un enjeu moins visible émerge, celui de la pollution chimique. Selon une étude publiée dans le Journal of Geophysical Research: Planets, les gaz produits lors des alunissages pourraient voyager sur de longues distances à la surface lunaire. Ces résidus risquent de se déposer dans des zones sensibles, notamment aux pôles, où les températures glaciales ont permis de conserver de la glace intacte depuis des milliards d’années. Ces régions pourraient contenir des molécules organiques anciennes, capables d’éclairer l’origine de la vie sur Terre.
Des simulations montrent que le méthane peut traverser toute la Lune en quelques jours
Des chercheurs de l’ESA et de l’université de Lisbonne ont utilisé un modèle informatique pour simuler la dispersion du méthane émis par les moteurs de descente d’un atterrisseur spatial. En prenant pour exemple la future mission Argonaut de l’Agence spatiale européenne, ils ont observé que ce gaz peut voyager librement sur toute la surface lunaire. En moins de deux jours lunaires, soit environ deux mois terrestres, près de 54 % du gaz s’est retrouvé piégé dans des cratères froids, dont 12 % à l’opposé du site d’atterrissage.
Ce phénomène s’explique par l’absence d’atmosphère sur la Lune. Les molécules de méthane se déplacent sans obstacle, de façon purement balistique. Or, ces régions polaires sont les plus prometteuses pour l’analyse de molécules prébiotiques. Elles ont peut-être conservé des fragments chimiques apportés par des comètes ou des astéroïdes, essentiels pour comprendre comment la vie est apparue. Mais si ces zones sont polluées par des composés issus des moteurs de fusée, ces indices pourraient être perdus ou difficilement exploitables.

