Cette règle d’urbanisme vieille de 45 ans a permis à Amazon de bâtir ce data center dans le plus grand silence
Amazon bâtit actuellement un data center géant à Gilroy, petite ville agricole de Californie, aux États-Unis. Aucun vote municipal ni réunion publique n’a précédé le feu vert donné au chantier.

Partout aux États-Unis, les projets de centres de données se heurtent à une opposition organisée. Riverains et élus redoutent la facture électrique, le bruit des installations et la pression sur les réserves d’eau. L’intervention d’un ancien développeur devant les élus de Ravenna avait marqué les esprits en démontant les promesses économiques du secteur. Depuis, chaque conseil municipal devient un terrain de bataille. Certaines communes ont voté l’interdiction.
À Gilroy, capitale mondiale de l’ail, les habitants n’ont pas eu cette occasion. Le chantier du data center d’Amazon occupe 56 acres d’anciennes terres agricoles, entre un supermarché et un centre commercial. La construction a démarré cet été. Les volumes d’eau engloutis par le refroidissement des serveurs de ChatGPT donnent la mesure de l’enjeu dans une région déjà frappée par la sécheresse. Venue déposer une objection, une habitante a appris la clôture de la consultation en 2024.
Une seule signature a suffi pour autoriser le data center d’Amazon à Gilroy
Selon l’enquête du Wall Street Journal, le projet a reçu son autorisation le 3 juillet 2023, par la seule signature de la directrice de l’urbanisme de la ville. Aucun conseil municipal, aucune commission n’a examiné le dossier d’Amazon. Le terrain relève d’un zonage industriel défini il y a 45 ans pour l’essor économique le long d’une voie rapide. Ce classement rend les data centers automatiquement autorisés et réduit la procédure à un permis technique.
Interrogé sur cette discrétion, le maire Greg Bozzo rappelle que d’autres projets industriels ont suivi la même voie. Il cite un centre de distribution alimentaire validé sans provoquer la moindre réaction. Chez Amazon Web Services, le vice-président Roger Wehner affirme que le dossier a suivi les étapes standard. Avis publics et périodes de commentaires ont bien existé. Une réunion portes ouvertes a été organisée depuis.
Amazon met en avant ses contreparties, dont un million de dollars versés pour un camion de pompiers. Côté mairie, une refonte du code d’urbanisme est déjà sur la table. À l’avenir, les projets de data centers devront passer devant la commission et informer le voisinage. Des centaines de communes américaines conservent des zonages rédigés à l’époque des entrepôts.