Ce trou noir nous envoie son jet en pleine figure depuis 12 000 ans et personne ne l’avait vu
Dans notre galaxie, un trou noir dévore lentement l’étoile massive dont il partage l’orbite. Ce festin se paie par deux faisceaux de matière lancés à une vitesse folle. L’un d’eux arrive presque droit sur la Terre.

Parmi tous les objets du ciel, les trous noirs restent les plus étudiés et les plus insaisissables. Aucun télescope ne les voit directement, puisque rien ne s’échappe de leur surface. Pour les repérer, les astronomes suivent leurs effets, en observant la matière happée à proximité ou les astres perturbés au passage. Cette approche indirecte progresse vite, et une énigme vieille de cinquante ans autour des trous noirs a trouvé un début de réponse. Certaines pièces du puzzle manquaient pourtant encore.
Les jets braqués sur la Terre ne sont pas une nouveauté pour les astrophysiciens. Loin de nous, au cœur d’autres galaxies, des trous noirs géants crachent des faisceaux dans notre direction. Ces objets portent le nom de blazars, et leur puissance dépasse l’entendement, puisque le souffle du quasar H1821+643 a été retrouvé jusqu’à 300 000 années-lumière de son centre. Depuis les années 1990, les théoriciens réclamaient l’équivalent en miniature dans notre propre galaxie. Personne n’en avait jamais trouvé.
Le microblazar IRAS 18293−0941 se cachait à 12 000 années-lumière derrière la poussière
Publiée dans la revue Astronomy & Astrophysics, l’étude décrit le premier microblazar repéré dans la Voie lactée, baptisé IRAS 18293−0941. Le terme désigne une version réduite des blazars, avec un trou noir de quelques masses solaires au lieu d’un géant. Josep Martí, de l’université de Jaén, et son équipe ont d’abord scruté la lumière de l’étoile. Elle faiblissait puis remontait toutes les 11,38 jours. Ce battement régulier trahissait la présence du compagnon invisible. Les images radio ont ensuite montré un seul faisceau, dirigé vers nous, celui parti dans l’autre sens restant impossible à voir.
Vu la distance, le faisceau pointé vers nous ne présente aucun risque pour la Terre. Le second, lui, fonce dans un nuage de gaz et y creuse une bulle de 100 années-lumière de large. Au point d’impact, la collision propulse des particules à des énergies dix fois supérieures à celles du grand collisionneur de hadrons, la plus puissante machine du genre construite sur notre planète. De là viennent sans doute les rayons gamma les plus violents détectés dans la galaxie. Pour la première fois, un microblazar se trouve assez proche pour être étudié en détail.