Un bébé de la taille de Jupiter vient de battre un record que personne n’attendait
Les astronomes traquent depuis longtemps les planètes en train de se former autour des jeunes étoiles. L’une d’elles, baptisée Elias 2-24 b, vient d’être repérée dans de vieilles archives d’observation. Son âge bat tous les records connus et met en difficulté les modèles de formation planétaire.

La chasse aux exoplanètes ne se joue plus uniquement derrière un oculaire. Beaucoup de mondes lointains sortent aujourd’hui de fichiers enregistrés des années plus tôt, puis réexaminés avec de meilleurs outils. Le télescope spatial TESS avait déjà révélé une planète insoupçonnée dans ses propres données. Autour des jeunes étoiles, les disques de gaz et de poussière concentrent désormais l’attention.
Une équipe menée par Andrea Bernardi, doctorant à l’Universidad Diego Portales, a passé au crible les archives du coronographe de l’observatoire W. M. Keck, à Hawaï. Cet instrument masque la lumière des astres les plus brillants pour laisser apparaître les objets discrets logés à leurs côtés. En fouillant ces relevés, les chercheurs ont ciblé sept jeunes soleils, en pariant qu’un corps se cachait dans les creux de leur disque. Repérer un astre invisible à ses seuls effets reste possible, et une exolune géante trahie par les oscillations de l’orbite de son exoplanète en avait fourni un bel exemple. Des mesures du réseau ALMA et du Very Large Telescope signalaient déjà un trou suspect autour de l’étoile Elias 2-24.
La planète Elias 2-24 b se forme encore au milieu de son nuage de poussière
La planète se nomme Elias 2-24 b. Selon l’étude publiée dans The Astrophysical Journal Letters, elle n’a pas encore franchi le cap du million d’années. Sa masse approche celle de Jupiter. Un tel gabarit surprend pour un astre aussi jeune, encore niché dans le sillon creusé au milieu du gaz et de la poussière. Les quatre précédents détenteurs du record étaient au moins cinq fois plus vieux. D’après Andrea Bernardi, les planètes façonnent elles-mêmes ces vides.
Située à 450 années-lumière de la Terre, Elias 2-24 b embarrasse les théoriciens. Lucas Cieza, coauteur de l’étude, rappelle que les modèles peinaient déjà à expliquer les records précédents. Selon lui, il manque des mécanismes importants à ces scénarios de formation. Faute d’instruments assez sensibles, les observatoires actuels restent aveugles aux mondes les plus jeunes. Le coronographe du télescope spatial Nancy Grace Roman, lancé le 30 août, doit justement ouvrir cette fenêtre. Bientôt, les nourrissons du cosmos n’auront plus où se cacher.