Artemis II confirme ce que les scientifiques redoutaient sur le cerveau des astronautes
Flotter en apesanteur semble anodin, mais le cerveau des astronautes en garde les traces longtemps. Des chercheurs ont découvert que la force exercée pour saisir un objet reste mal calibrée des mois après un retour sur Terre. Ces résultats concernent tous les astronautes rentrés sur Terre, dont l'équipage d'Artemis II.

L'exploration spatiale impose au corps humain des contraintes bien documentées. Perte de masse musculaire, densité osseuse réduite, vision altérée, les effets de l'apesanteur sont étudiés depuis des décennies. Artemis II a ramené quatre astronautes au-delà de l'orbite terrestre pour la première fois depuis 1972. La mission a pulvérisé le record de distance d'Apollo 13. Ces missions de longue durée relancent les questions sur ce que l'espace fait vraiment au cerveau.
Une équipe de l'Université catholique de Louvain et de la Fondation basque pour la science Ikerbasque s'est penchée sur un aspect méconnu. Les chercheurs ont suivi onze astronautes de l'Agence spatiale européenne. Ils ont analysé leur force de préhension sur des objets, aussi bien dans l'espace que de retour sur Terre. Le commandant d'Artemis II Reid Wiseman a d'ailleurs confirmé que les défis physiques du vol spatial avaient dépassé les attentes de l'équipage. Ces déclarations montrent à quel point l'organisme humain reste imprévisible en dehors de la Terre.
Le cerveau des astronautes met des mois à retrouver ses repères après un séjour dans l'espace
Selon une étude publiée dans le Journal of Neuroscience, les résultats sont frappants. Dans l'espace, les astronautes serrent trop fort les objets. Leur cerveau anticipe encore la gravité terrestre. Au retour sur Terre, le phénomène s'inverse. Le cerveau, habitué à l'apesanteur, sous-estime la résistance des objets. Philippe Lefèvre, professeur d'ingénierie biomédicale à l'Université catholique de Louvain et auteur principal, précise que l'organe interprète mal les signaux sensoriels dans les deux cas. Ce dérèglement peut durer plusieurs mois.
Les conséquences pratiques sont sérieuses. Un mauvais dosage de la force peut faire lâcher un outil lors d'une sortie extravéhiculaire. À bord de la Station spatiale internationale, perdre la prise sur un objet lancé à grande vitesse peut être dramatique. Ces résultats ouvrent la voie à de nouveaux protocoles d'entraînement. La NASA en aura besoin pour les prochaines missions Artemis vers la Lune, et un jour vers Mars.