Pokémon Go : des millions de joueurs ont aidé l’industrie militaire sans le savoir
Pokémon Go bientôt au centre d'un nouveau scandale ? D'après une récente enquête publiée par un média néerlandais, les scans 3D de millions de joueurs auraient aidé à développer un système de navigation de drones militaires.

Dans la grande histoire du jeu vidéo, nombreux sont les jeux à avoir créé la controverse… A juste titre ou non. On pense par exemple à GTA, régulièrement pointé du doigt après chaque tuerie de masse perpétrée aux Etats-Unis. En 2007, Resident Evil 5 a également été accusé de faire l'apologie du racisme en invitant les joueurs à massacrer des hommes et des femmes noirs infectés par le fameux virus T dans un pays africain fictif.
Pokémon Go, le jeu phénomène de Niantic sorti en 2016, a eu aussi le droit à ses diverses polémiques. On se souvient notamment des premiers accidents de la route provoqués par des joueurs inconscients… Ou encore de ces nombreux cas d'intrusion dans des propriétés privées. Mais finalement, ces histoires vont probablement être totalement éclipsées par ce scandale à venir. On vous explique tout.

Le VPS, la technologie créée grâce à Pokémon Go
Comme vous le savez peut-être, Pokémon Go repose sur une technologie de réalité augmentée. Le principe est simple : les joueurs doivent traquer Pikachu et toute sa clique dans des environnements réels. En sus, les utilisateurs peuvent également obtenir des objets supplémentaires (Pokéball, potions, etc.) en scannant à 360 ° des lieux spécifiques avec la caméra de leur smartphone : les fameux Pokéstops.
À l'horizon 2026, Niantic a donc accumulé pas moins de 30 milliards d'images 3D du monde réel. Grâce à cette quantité astronomique de données, l'entreprise a mis au point une technologie de guidage 3D capable de se repérer sans signal GPS. C'est ce qu'on appelle un système de positionnement virtuel, ou VPS.
Contrairement au GPS qui repose sur une liaison satellite, un VPS détermine la position d'une caméra en comparant ce qu'elle voit avec un modèle 3D détaillé du monde. Deux points de référence (un bâtiment, un panneau, une rue, etc.) suffisent à obtenir la localisation précise d'une caméra. Il s'agit donc d'une alternative redoutable au GPS, notamment dans les zones blanches… Ou les théâtres de conflits. En Ukraine notamment, les drones sont devenus la principale menace, et les brouilleurs restent aujourd'hui l'un des seuls remparts contre ces engins mortels.

Pokémon Go, fournisseur de l'armée américaine ?
Or et comme nous l'apprend un récent article du média néerlandais Trouw, Niantic Spacial (une filiale du studio à l'origine du jeu) a signé en 2016 un accord avec la société américaine Vantor. Cette compagnie est spécialisée dans le développement de technologies à destination de la défense et du renseignement (cartographie, surveillance des menaces, navigation autonome, etc.).
Concrètement, cet accord stipule que Vantor pourra utiliser le VPS de Niantic Spatial pour développer les systèmes de guidage de drones militaires. L'idée étant de fusionner le VPS avec le logiciel de navigation aérienne de Vantor pour permettre aux drones de rester opérationnels dans les zones sans GPS ou brouillées.
Interrogée par Trouw, Vantor nie en bloc et affirme ne pas utiliser les données de Pokémon Go dans ses travaux. Pourtant, le doute subsiste, surtout au regard des déclarations de la compagnie. Dans un communiqué paru fin 2025 à l'occasion du partenariat avec Niantic, Vantor nourrit déjà de grandes ambitions pour ce nouveau système : “Des drones militaires aux véhicules, en passant par les lunettes de réalité augmentée et autres équipements de terrain”.

Quand un studio se joue des joueurs
Du côté de Niantic Spatial, on ne précise pas non plus le rôle exact des données de Pokémon Go dans l'entraînement du modèle de Vantor. Toutefois, le studio avait affirmé dans une précédente interview accordée à Trouw que les scans de Pokémon Go avaient effectivement servi dans le cadre d'un partenariat avec la société de livraisons autonomes Coco Robotics.
Dans ce même entretien, Niantic Spatial rappelle que les joueurs de Pokémon Go ont accepté les conditions d'utilisation du studio liées aux Pokéstops et l'exploitation des images capturées. En effet, il se trouve que les utilisateurs ont accordé à l'entreprise une licence transférable et sous-licenciable pour les scans, ce qui signifie qu'elle peut revendre vos images à des tiers. Une manière de dire donc que tout est légal, à défaut d'être moralement acceptable.
“Ceux qui pensaient jouer à un jeu ont manifestement été dupés. On commence peu à peu à comprendre que les entreprises n'utilisent pas nécessairement nos données pour améliorer véritablement nos vies, par exemple en oeuvrant pour l'éducation. Il s'agit de faire de l'argent. S'ils peuvent vendre un ensemble de données ou un modèle d'IA à bon prix, ils le feront”, conclut dans les colonnes de Trouw Jeroen Van den Hoven, professeur d'éthique et de technologie à l'Université de Delft.
Source : Trouw
