Pragmata, c’est l’histoire d’un jeu qui aurait bien pu ne jamais sortir. Révélé en juin 2020 en même temps qu’une PlayStation 5 dont il devait intégrer le catalogue en 2022, il se fit si discret pendant tant d’années qu’on en vint à ne plus compter dessus. Près de six ans après son “reveal” et de multiples reports, la nouvelle licence inédite de l’éditeur japonais Capcom arrive enfin sur PS5, mais aussi sur Xbox Series, PC… et même Nintendo Switch 2 ! La démo technique promise en 2020 est-elle un pétard mouillé, ou cette si longue attente en valait-elle la peine ?
Lorsque Capcom annonce fin 2021 que Pragmata est repoussé à 2023 alors qu’on n’en avait jamais rien vu d’autre qu’une bande-annonce cryptique sans le moindre élément de gameplay dans un style à la Hideo Kojima, on vit alors ressurgir le spectre de Deep Down. Annoncée en 2013 avant le lancement de la PS4, cette nouvelle franchise des créateurs de Resident Evil fut sans cesse reportée avant de disparaître totalement des radars sans jamais être officiellement annulée. On ne pouvait alors qu’espérer que Capcom ne reproduise pas cette erreur de parcours avec Pragmata, titre prometteur en termes d’atmosphère, mais dont on ne savait absolument rien ou presque. Il faudra attendre cinq longues années pour que le jeu se montre à nouveau enfin, lors du Summer Game Fest de juin 2025, dévoilant enfin son gameplay et entamant son opération séduction auprès de la presse mondiale à travers plusieurs vagues de previews (nous avions notamment pu le tester à la gamescom de Cologne en août dernier).
Cette fois-ci, plus de retard au programme, Capcom ayant même avancé la date de sortie de son nouveau jeu d’une semaine (peut-être par souci d’autodérision après tous ses reports ?). Nous avons ainsi pu tester Pragmata dans ses grandes largeurs, grâce à une version PlayStation 5 fournie par l’éditeur, et en avons complété à 100% le solo (débloquant même 91% des trophées) en une vingtaine d’heures sur PlayStation 5 Pro. Nous avons également eu l’opportunité de tester la version Nintendo Switch 2, dont Capcom nous a aussi fourni un code, et sur laquelle nous revenons en détail dans un encart dédié en fin de test. C’est donc l’heure du verdict, et pour une fois, nous allons mettre fin à toute forme de suspense d’entrée de jeu : on a adoré, tout simplement !
Quand Capcom “hacke” le concept de shooter…
Pour commencer, nous vous proposons un petit rappel de ce qu’est Pragmata. Cette nouvelle licence de Capcom (Resident Evil, Monster Hunter, Street Fighter, etc.), développée en interne par un des studios “maison” de l’éditeur japonais, est un jeu d’action-aventure à la troisième personne où l’on incarne l’astronaute Hugh Williams. Dès le début du jeu, qui ne souhaite pas s’encombrer de longueurs, sa mission de routine en compagnie de ses camarades dans une station de recherche lunaire tourne au désastre, car l’intelligence artificielle qui contrôle les lieux s’est révoltée et les a identifiés comme des menaces. Hugh est le seul survivant de l’embuscade et ne doit son salut qu’à une androïde répondant au nom de code “D-I-03367”, se présentant sous la forme d’une fillette aux longs cheveux blonds portant une sorte d’anorak bleu. Le premier combat qu’il doit mener contre des robots dissidents est parti pour être son dernier, lorsque l’androïde le sauve de la catastrophe en se montrant capable de pirater son ennemi et de l’affaiblir considérablement, permettant à Hugh de le réduire en pièces et d’enfin envisager de s’échapper de là.
C’est ici que se résume assez brièvement la mécanique de combat de Pragmata : si Hugh est équipé d’une arme lui permettant de tirer à distance (le jeu ne propose pas de corps à corps, sauf pour les coups critiques à bout portant), celle-ci n’inflige que des dégâts mineurs, et seul son pistolet cinétique équipé par défaut se recharge automatiquement, un peu façon Control. Les armes plus puissantes comme les fusils et canons en tous genres ont un stock de munitions (très) limité, tout comme d’autres outils à vocation défensive, mais heureusement on en ramasse régulièrement. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la clé du combat réside dans la mécanique de piratage (ou “hacking”) de l’androïde, que Hugh rebaptisera Diana pour plus de simplicité – mais aussi de lien humain, nous y reviendrons.
À l’écran, cela se traduit par l’affichage d’une grille façon puzzle où il faut se déplacer à l’aide des quatre touches d’action comme avec des flèches. Dans cette grille, tout en maintenant le bouton de visée (L2), on doit se diriger en passant si possible par des multiplicateurs de dégâts et des “nœuds de hacking” (des effets supplémentaires) que l’on peut paramétrer à sa guise au préalable, jusqu’à une case déclenchant le piratage. À ce moment-là, la somme de dégâts accumulée est infligée à la cible, ainsi qu’une altération liée aux différents effets utilisés (comme la paralysie, la répercussion des effets des nœuds de hacking sur les cibles proches, etc.), et la cible devient alors bien plus prenable, encaissant des dégâts qui paraissent alors normaux. Une mécanique de tir en deux temps donc, assez audacieuse pour une production d’envergure au sein d’un studio majeur de l’industrie dont les jeux de tir proposent en général des mécanismes convenus et simples d’accès.
Sous influence(s)
Si cette manière de repenser le tir à la troisième personne n’est pas 100% inédite, elle a le mérite de sortir des sentiers battus, surtout que l’univers de Pragmata ainsi que sa construction d’ensemble rappellent, pêle-mêle, d’innombrables influences toutes particulièrement élogieuses. Commençons par l’ambiance générale : sous sa forme de shooter futuriste énergique où un héros en armure annihile des robots, le jeu de Capcom n’est pas sans rappeler l’excellent Vanquish de SEGA, et la lourdeur toute relative de Hugh ainsi que sa manière de se déplacer font clairement penser au mythique Death Stranding de Kojima Productions, lorsque l’on ne pense pas également à Dead Space, dont Pragmata a d’étranges allures d’héritier spirituel par moments. L’IA ennemie invisible dans un complexe futuriste pourra aussi rappeler (vaguement) Portal, bien que n’ayant clairement pas le bagout de GLaDOS. Plus subtil encore : sa structure assez labyrinthique, dont certaines zones se débloquent avec des pouvoirs acquis durant l’aventure (et avec une carte en 3D dont on abandonne vite la consultation au profit de notre propre mémoire tant sa lisibilité est médiocre), nous donne une étrange impression de ce qu’aurait pu être la série des Metroid Prime si elle avait pris le parti d’une vue dite “TPS” (à la troisième personne donc) au lieu de sa vue subjective traditionnelle. Voire – soyons fous – des airs de Halo si la franchise phare de Xbox avait pris le même genre d’orientation.
Cependant, là où Pragmata nous a particulièrement surpris (au-delà de ce pot-pourri d’influences, toutes plus respectables les unes que les autres cela dit), c’est dans sa narration et la manière subtile dont il la dilue, et surtout, fait évoluer la relation entre Hugh et Diana. Pour rappel, lorsqu’il fut dévoilé pour la première fois, ce fut dans une conférence PlayStation révélant sa nouvelle console, et jouant bien entendu la carte de ses habituelles exclusivités dites “story-driven” (littéralement “mues par la narration”) telles Horizon ou Spider-Man. Eh bien, à notre grande surprise, dans une génération où les titres d’action-aventure à forte dimension narrative se font rares sur PS5, Pragmata en est le digne héritier. Nous avons en fait davantage eu l’impression de jouer à une nouvelle exclusivité en provenance des PlayStation Studios que d’un titre de Capcom, mais doit-on vraiment s’en étonner quand on repense à quel point Resident Evil Requiem rappelait plus que jamais les titres de Naughty Dog il y a un mois et demi à peine ?
Human After All
En effet, sans aller jusqu’à oser la comparaison avec le duo de légende que constituaient Joel et Ellie dans The Last of Us, ou même Kratos et Atreus dans les derniers God of War, celui que constituent Hugh et Diana fonctionne étonnamment bien. L’androïde est évidemment très “premier degré” dans ses échanges, et sa naïveté enfantine la rend particulièrement crédible, et de fait, attachante. Elle ignore en effet beaucoup de choses pour lesquelles elle n’a pas été programmée, mais des souvenirs de la Terre ramassés à gauche à droite sous forme d’hologrammes lui permettent d’en apprendre davantage sur la civilisation d’où provient l’homme qu’elle a sauvé, et dont elle se montre de plus en plus curieuse de découvrir la planète s’ils parviennent à y retourner un jour. Un lien touchant et plein d’humour se crée alors, dont Diana est assurément la plus grande force car Hugh manque un peu de relief. Si l’on en apprend pas mal sur sa vie au gré de ses discussions avec son improbable alliée, on peine un peu à se sentir dans sa peau (le côté “armure intégrale” n’aidant sans doute pas), même si le jeu fera en sorte de nous faire réfléchir assez habilement à ce manque d’empathie. Nous n’en dirons pas plus, tant cette relation mérite d’être découverte et appréciée à sa juste valeur.
Dans un autre registre, la narration de Pragmata trouve assez efficacement le moyen de se construire sous forme environnementale, en la reconstituant au fil des différents documents que l’on peut consulter, des hologrammes à activer, qui nous renseigneront à la fois sur le déroulement de toute cette expédition lunaire bien mystérieuse… mais aussi sur l’origine de Diana et du concept même de “Pragmata”, puisqu’il s’agit du nom donné au type d’androïde en question. Dans de trop nombreux jeux – on pensera en tête aux Horizon de Guerrilla Games – un peu trop boulimiques en documents à consulter, on en vient à se contenter de les ramasser, voire de ne même plus y prêter attention quand on comprend qu’ils n’auront aucune utilité en termes de loot et d’amélioration d’équipement, et n’entrent même pas en ligne de compte pour une quelconque complétion à 100%. Dans le titre de Capcom, qui se montre capable d’éviter toute forme de longueur (comptez une dizaine d’heures pour le finir “en ligne droite” et le double pour en faire un tour complet), cela n’est jamais rébarbatif.
Au final, prendre le temps de s’intéresser à cette histoire en filigrane justifie un peu tout l’environnement du jeu ainsi que la menace inquiétante et constante à laquelle Hugh et Diana font face… et nous nous garderons bien de vous gâcher les surprises et rebondissements liés à l’antagoniste du jeu. La grande cohésion d’ensemble de Pragmata est également synthétisée par un univers plus cloisonné que l’on aurait pu initialement penser. Tarifé 20 euros de moins qu’une production classique de l’éditeur, le jeu de Capcom se montre en effet raisonnable sur ses ambitions, comme s’il avait conscience de revenir de (très) loin après un développement de toute évidence très complexe. La jeune équipe en charge de cette nouvelle licence semble avoir souhaité aller se concentrer sur l’essentiel pour offrir aux joueurs une expérience efficace, sans longueurs inutiles, afin de garder toutes ses chances de transformer l’essai dans une potentielle suite bien que la fin (étonnamment touchante) laisse davantage de place à une histoire quelque peu différente si le succès est suffisamment au rendez-vous. Ce qu’on leur souhaite très sincèrement.
Une “boucle” plus satisfaisante que prévu
Plus surprenant encore : non content de sa solidité narrative assez inattendue, Pragmata trouve étonnamment le moyen de renouveler une boucle de gameplay dont on redoutait la répétitivité. Car oui, “hacker” des ennemis à travers des puzzles de plus en plus gros et complexes en fonction de leur taille, pour ensuite réduire leur barre de vie une fois piratés, cela avait de quoi devenir vite redondant. Ce que l’on n’avait pas vu venir, c’est la manière dont progressent les techniques de hacking de Diana et les armes de Hugh, ainsi que des capacités passives d’ensemble applicables à l’un ou l’autre de nos deux protagonistes. Croyez-le ou non : en plus de ses nombreuses influences de grande qualité évoquées en amont, Pragmata s’inspire également du genre rogue-lite, mais en retouchant l’aspect “mort en boucle” punitif bien que rémunérateur en ressources pour améliorer le personnage joué.
En effet, en dehors de sa (très courte) introduction, le monde de Pragmata se constitue d’une série de biomes au sein de la même structure sur la Lune, reliée par un tram dont on débloque chaque nouvel arrêt après avoir battu le boss principal d’une zone. Chacune d’entre elles comporte son lot de points de voyage rapide, mais attention : dès que vous en empruntez un ou que vous tombez au combat, vous revenez au “hub” principal, le Refuge, où s’effectuent toutes les opérations de personnalisation et d’améliorations des statistiques, armes et compétences, ainsi que des défis optionnels (mais vivement recommandés) auprès de Cabin, un robot amical et fort sympathique. Et avant de reprendre le tram pour rejoindre une des stations de voyage rapide débloquées, le jeu vous proposera de modifier votre équipement, et de l’adapter potentiellement en fonction des difficultés rencontrées.
À ce niveau, Pragmata sait se montrer étonnamment riche, et donc capable de se renouveler, un joli tour de force pour un titre aussi avare en longueurs. Entre les divers choix d’armes, de nœuds de hacking, et les dizaines de modules (les compétences passives) dont on débloque de plus en plus d’emplacements au fil de l’aventure, l’éventail des possibilités de gameplay est impressionnant et permet de grandement diversifier les approches – même si, comme souvent, certains “builds” sont plus redoutables que d’autres, pour ne pas dire efficaces en toutes circonstances. Le tout s’avère particulièrement clair et ergonomique, ce qui est plaisant quand on sait à quel point la lisibilité et la compréhension d’une interface peuvent être délicates pour un studio qui développe son premier jeu (et ce, aussi génial soit-il, Sandfall en sait quelque chose avec Clair Obscur: Expedition 33). Mais tout ceci n’aurait pas grand intérêt si Pragmata était lourd et lent manette en main…
Combat Evolved
Ce fut une de nos plus grandes craintes au-delà du risque de répétitivité : Hugh est quand même un gros tank en armure, qui donne l’impression de peser au moins deux quintaux, et vu que Pragmata est supposé se dérouler sur la Lune, il y avait fort à parier qu’une gravité douteuse entre en jeu et ralentisse considérablement l’action. Heureusement il n’en est rien, même si, vous verrez, certaines phases vous font délibérément comprendre où se situe l’action, et la différence ressentie rend la jouabilité de base encore plus fluide et appréciable. Sans être autant dopé aux stéroïdes qu’un Vanquish à qui on l’avait déjà comparé en amont, Pragmata est suffisamment nerveux pour ressentir la vivacité de l’action manette en main. D’ailleurs, en parlant de manette, la DualSense de la PS5 est particulièrement appréciable sur ce titre : plus “bavarde” que jamais, et bien exploitée au niveau des nombreuses fonctionnalités liées aux vibrations, elle contribue avec brio à l’immersion dans cet univers futuriste à la fois froid et peu accueillant, mais également fascinant (voir plus bas).
Les combats sont au final très bien mis en scène et particulièrement jouissifs, notamment sur les coups critiques et le “super” surpuissant de Diana, appelé “protocole overdrive”. Il s’agit d’une attaque rare et dévastatrice que notre side-kick androïde peut déclencher lorsque sa jauge de hacking finit de se remplir, et vraiment, ça envoie du bois. En fait, il n’y a que les boss qui déçoivent dans l’ensemble, car ils manquent cruellement d’originalité et même de difficulté, exception faite de celui que l’on qualifiera de “true last boss” (vous comprendrez si vous l’atteignez) qui nécessite vraiment d’avoir upgradé un maximum Hugh et Diana pour en venir à bout sans trop en baver. Nous avons en effet complété Pragmata en difficulté normale sans jamais céder à la tentation de la baisser (bien que le jeu le suggère à chaque échec), tant elle nous a semblé équilibrée. Le challenge résidera surtout dans les défis de Cabin (réussir tous leurs objectifs est vraiment très difficile et requiert une vraie maîtrise d’ensemble de tous les aspects de gameplay du jeu) et, à la rigueur, le contenu post-fin plutôt efficace et inattendu, qu’on vous recommandera de ne pas négliger quand vous aurez cru en avoir fini avec votre aventure.
“To the Moon”
Vu que nous nous sommes pas mal attardés sur la mise en scène, terminons avec les aspects technique et artistique de l’œuvre. Les artistes de Capcom ont trouvé le moyen de sublimer une fois de plus leur extraordinaire moteur graphique maison, le célèbre “RE Engine”, décidément divinement adapté aux environnements semi-ouverts et labyrinthiques (et qui parvient enfin à bien gérer la longue chevelure de Diana !). Après avoir sublimé le dernier Resident Evil, ce moteur si efficace offre à Pragmata une patte à la fois clinique et glaçante, mais également un brin horrifique, brillant tout particulièrement sur l’aspect étrange de ces constructions conçues avec la “lunafibre” dont il sera constamment question dans l’intrigue. Dans l’univers de Pragmata, la technologie permet de réaliser des impressions 3D saisissantes de réalisme, et c’est ainsi qu’est reproduite de façon très fidèle une version futuriste, presque cyberpunk, d’un Times Square quelque peu “glitché” par-ci par-là. L’explication ? Les designers ont admis vouloir se moquer en quelque sorte de l’intelligence artificielle générative laissant transparaître des bugs grossiers dans la réalisation de décors exécutés via de vulgaires prompts. On n’imaginait pas Capcom pousser le militantisme anti-IA à ce point, mais force est de constater que l’effet est très réussi.
Néanmoins, le jeu étant assez court (on ne le redira jamais assez), les biomes parcourus peinent quelque peu à se renouveler en dépit de quelques belles surprises, et la grande qualité de la réalisation ne peut pas totalement sauver les apparences à ce niveau. C’est d’autant plus regrettable que l’univers, bien que donnant une impression de déjà vu, est franchement fascinant. Sa direction artistique est cohérente et maîtrisée, et le niveau de réalisation est purement impressionnant sur PS5 Pro. À noter qu’un mode “frame rate élevé” est proposé pour les téléviseurs compatibles : non content de tourner en 4K et 60 images par seconde, Pragmata semble vouloir montrer qu’il en a encore un peu plus sous le capot. Sans doute le symbole d’une production extrêmement satisfaisante, mais surtout pleine de promesses d’un glorieux avenir si l’essai est transformé. Bien sûr, il faut pour cela espérer que la nouvelle licence de Capcom parvienne à trouver son public, mais au vu de ses innombrables qualités, ce serait un immense gâchis qu’un aussi chouette jeu vidéo passé à côté d’une popularité qu’il mérite vraiment.
Car oui, nous n’avons pas peur de l’affirmer : Pragmata est une vraie belle surprise. Lors de notre premier contact à la gamescom 2025, il nous rappelait ces jeux d’action-aventure (souvent) futuristes de la génération PlayStation 3 / Xbox 360, au gameplay convenu, mais efficace, durant une dizaine d’heures à tout casser, mais que l’on rangeait vite pour vite les oublier. Le nouveau titre de Capcom en a quelque peu le squelette et l’apparence (évolution technologique en plus, évidemment), mais il a surtout une âme. Sa narration solide et maîtrisée, sa direction artistique à la fois super propre et en même temps dérangeante, intimement liée à son lore intéressant à explorer, et sa bande originale aussi ambiante que rythmée, se marient avec un gameplay efficace et capable de se renouveler avec intelligence, et l’alchimie globale prend extrêmement bien. Si Resident Evil Requiem avait un côté “valeur sûre” qui ne pouvait pas trop nous décevoir, nous n’en attendions clairement pas autant de Pragmata, et c’est pour le moment notre plus jolie surprise de l’année !
Pragmata sur Switch 2 : aussi convaincant que Resident Evil Requiem ?
Nous avons également eu l’opportunité d’essayer la version Nintendo Switch 2 de Pragmata durant notre session de test du jeu de Capcom. Une version dont l’annonce avait encore plus étonné que celle de Resident Evil Requiem (voir notre test et l’encart dédié) puisque, pour rappel, Pragmata fut initialement dévoilé comme un titre résolument “next-gen” lors de la présentation de la PlayStation 5 en juin 2020. À l’époque, il n’était pas encore question d’une Nintendo Switch 2 (même les sempiternelles rumeurs ne l’évoquaient que très rarement), et surtout, le jeu mettait en avant des fonctionnalités telles que le ray-tracing, et des graphismes en ultra haute définition. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et une sortie conjointe entre PlayStation 5, Xbox Series, PC et donc Nintendo Switch 2 est devenue presque logique, surtout compte tenu de celle de Resident Evil Requiem il y a un mois et demi, dans des circonstances comparables – éditeur et socle de développement communs, et surtout même moteur de jeu, pour un titre d’envergure et de structure similaires.
Ainsi, il était attendu de la version Nintendo Switch 2 de Pragmata qu’elle propose des performances comparables à celles de “RE9”, et c’est à peu près le cas, en tout cas en docké. Si nous nous retiendrons bien d’analyser la résolution exacte proposée, que ce soit sur un moniteur 1080p et sur un écran 4K OLED avec HDR (nous l’avons testée dans les deux configurations), l’impression laissée est similaire à celle de son grand frère : Pragmata est une alternative plus que solide en mode TV. Le framerate de 60 images par seconde n’est pas parfaitement tenu, loin de là, mais les chutes constatées sont mineures et n’entament en rien l’expérience de jeu. La comparaison entre la version PS5 Pro et la version Switch 2 sur le même écran 4K est plutôt flatteuse : s’il n’y a bien sûr pas les mêmes effets de reflet et de lumière, on sent que le DLSS de Nvidia embarqué dans la machine hybride de Nintendo fait encore une fois des merveilles. Si vous avez prévu d’y jouer en mode TV, que vous ne ressentez pas un besoin impératif de claque visuelle et que des effets de reflet sans ray-tracing ne vous posent pas de souci, alors cette version pourrait amplement vous suffire !
En revanche, c’est du côté du mode nomade, hélas argument de poids de la Switch 2, que le bât blesse quelque peu. Là où Resident Evil Requiem s’était montré convaincant, ne pêchant que lors de certaines séquences en seconde partie d’aventure où le framerate s’avérait un peu en dents de scie, Pragmata souffre du même type de maux, mais de façon plus constante. D’un côté, le rendu à l’écran est tout à fait convenable à défaut de flatter la rétine : nous l’avons fait tourner à côté de la version PS5 sur un PlayStation Portal, dont l’écran de dimension similaire affiche la même résolution maximale, et même si l’ensemble est moins détaillé et moins net, cela reste parfaitement agréable à l’œil. En revanche, cette version de Pragmata hérite hélas d’une des pires spécificités de cette fameuse ère “PS360” que nous évoquions en amont avec nostalgie : le framerate irrégulier, qui s’obstine à essayer d’atteindre 60 images par seconde sans jamais les tenir. La fluidité parfaite, déjà pas constante en docké, est extrêmement rare, et nous avons eu le sentiment que le taux d’images par seconde est même parfois inférieur à 30 lors des combats contre les boss ou les plus grosses hordes d’ennemis. Ce qui est hélas un peu pénible lors de ces phases où un minimum de précision est requis. D’une manière générale, il semble à première vue que le jeu de Capcom choisisse de viser les 60 images par seconde dans les environnements cloisonnés, et se verrouille à 30 dès qu’il nous fait évoluer dans une zone plus ouverte et/ou en extérieur. Sauf que parfois, il tente de remonter à 60 tout seul dans ces conditions, le temps de rapidement réaliser qu’il y a trop de choses à afficher à l’écran et qu’il serait plus sage de revoir ses prétentions. Un peu frustrant.
En attendant, à l’instar de Resident Evil Requiem, nous avons une fois de plus affaire à un titre dont la version Nintendo Switch 2 fait tout à fait l’affaire. Si vous voulez du 60fps parfaitement stable et permanent, nous vous orienterons bien sûr sur une version PlayStation 5, Xbox Series ou PC (non testées, mais logiquement similaires à la version PS5), mais si vous n’êtes pas trop exigeant, tout en souhaitant une expérience quand même un minimum respectable, vous pouvez envisager de vous contenter d’une version qui n’a de toute évidence aucunement bridé le développement de Pragmata sur les autres machines, vu la claque visuelle constatée sur PS5 Pro. Enfin, on vous rappellera de prévoir 13 Go de stockage sur votre Nintendo Switch 2, car même si vous l’achetez en boîte, le jeu de Capcom n’est publié qu’au format carte clé de jeu dans sa version physique.



















