Spotify, YouTube : le nombre d’abonnés gratuits peut-il devenir un problème plus grave que le piratage ?

 

Spotify, YouTube… ces plateformes de streaming sont fondées sur le modèle dit « freemium ». Or après avoir conduit à la fermeture de nombreux sites pirates, les ayants droits l’industrie musicale Italienne s’inquiètent d’un nouveau phénomène : les plateformes de streaming peinent à convaincre leurs utilisateurs de payer dans un pays où la « culture du gratuit » se serait « radicalisée ».

Spotify Youtube Piratage
Pixabay + Phonandroid

L’Italie est depuis longtemps particulièrement active dans la lutte contre le piratage. La péninsule fait partie des pays qui ont bloqué le plus de sites – des milliers de noms de domaines mis sur liste noire sur demande des ayants-droits. Une approche particulièrement active qui s’explique par une procédure simplifiée : en Italie, il suffit en effet que les ayants-droits se mettent en rapport avec l’Agcom – l’autorité italienne des télécoms – pour que cette dernière, après vérification, ordonne le blocage du ou des sites, comme la loi l’y autorise. Une approche accompagnée de campagnes de prévention anti-piratage.

L’Italie a remporté une victoire majeure contre les sites pirate

Dans de nombreux autres pays, dont la France, ce blocage doit obligatoirement être ordonné par un juge – ce qui débouche sur des procédures plus longues qui ne donnent pas toujours raison aux ayants-droits et Hadopi a comparativement peu de pouvoir. Ainsi rien qu’en 2019, l’Agcom a ordonné le blocage de 389 sites pirates. Or est-ce efficace ? A en croire les chiffres de l’Agcom, l’efficacité de l’approche italienne sur le piratage est écrasant. Le trafic italien des sites pirates a chuté de 35% entre 2018 et 2019. En plus de provoquer une diminution du trafic pour les sites pirates bloqués cette politique a aussi tendance à faire baisser (même dans une moindre mesure) le trafic de sites pirates encore accessibles.

Or, à en croire l’un des responsables des ayants-droits italiens Enzo Mazza (président de l’association FIMI), cité par TorrentFreak, cette baisse phénoménale du piratage a créé un autre problème : « le principal soucis ici n’est pas le piratage. Il s’agit de savoir comment convertir les comptes YouTube et Spotify gratuits vers des abonnements premium ». Il ajoute : « l’Italie est un pays dans lequel la ‘culture du gratuit’ s’est radicalisée et il n’est pas facile d’attirer ces gens vers un modèle d’abonnement ». L’industrie s’inquiète par exemple de la part de marché des utilisateurs YouTube (gratuit) qui serait choisi par 90% des internantes italiens lorsqu’il s’agit d’écouter de la musique.

Spotify et YouTube auraient trop d’abonnés gratuits

Par ailleurs le nombre d’abonnés premium serait très en-deçà de la moyenne internationale. L’enjeu de la « conversion » de ces utilisateurs est donc majeur. Mais attention : trop limiter les fonctionnalités des offres gratuites pourrait inciter une partie des internautes à revenir vers des solutions illégales. Quitte à contourner le blocage italien à l’aide de VPN. Enzo Mazza presse les plateformes de streaming, en particulier Spotify, « à faire davantage en termes de campagnes de promotion pour engager de nouveaux abonnés premium ». Or ce que le responsable ne semble néanmoins pas prendre en compte, , ce sont les revenus générés par les versions gratuites de ces services.

Spotify gratuit oblige en effet ses utilisateurs à écouter de la publicité entre les chansons. De même que YouTube. De quoi générer tout de même des revenus. Néanmoins, la viabilité de ce modèle semble fondée sur une certaine proportion d’abonnés gratuits et payants – en l’absence de données chiffrées il est difficile de savoir dans quelle mesure les recettes publicitaires de ces services suffisent à couvrir leur coût voire si cela permet aux plateformes de dégager un bénéfice. Spotify et YouTube étant des plateformes internationales, on imagine que ces dernières peuvent compenser leurs difficultés dans un marché par leurs résultats ailleurs dans le monde.

Lire également : IPTV, streaming – après les torrents, Hadopi va s’attaquer aux autres moyens de piratage

Toute la question est de savoir dans quelle mesure Spotify et YouTube pourraient faire face à d’autres cas semblables dans les marchés où ils sont présents. Et si le modèle freemium pourrait y survivre. Cela soulève en tout cas un effet plutôt paradoxal de la lutte contre le piratage et du blocage de sites, en particulier de musique, dans un contexte où il existe une offre légale fournie proposant un accès gratuit.

Baisse généralisée du piratage en Italie depuis août 2017

Source : TorrentFreak



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