Maj. le 23 mai 2019 à 11 h 43 min

Huawei et HiSilicon viennent de perdre leur droit de créer des SoC Kirin ARM : la nouvelle est un nouveau coup dur pour Huawei qui avait pourtant acquis une certaine avance dans ce domaine sur ses concurrents. ARM, filiale du japonais SoftBank, justifie sa décision car ses SoC et architectures sous licence contiennent des technologies américaines. La firme serait désormais forcée de créer ses propres technologies de SoC de A à Z – mais est-ce seulement possible ?

huawei kirin 980

Après Android, Huawei vient de perdre un autre accès éminemment stratégique à des ressources étrangères : BBC dévoile en effet un memo dans lequel on apprend que ARM, la firme qui créé et vend sous licence des technologies à pratiquement tous fondeurs de SoC pour smartphone de la planète (dont HiSilicon et Huawei), a demandé à ses employés de mettre fin à « tous les contrats actifs, missions de soutiens et tout les engagements en cours » avec Huawei. Les employés ARM ont instruction de désormais « poliment décliner et mettre fin » à leur conversation avec des employés Huawei rencontrés lors d’événements internationaux.

Lire également : Huawei exclu du marché américain et d’Android – le point sur la situation

Huawei et HiSilicon sont plus dépendants des technologies américaines qu’il n’y paraît

Cette décision est une très mauvaise surprise, avec des conséquences potentiellement catastrophiques. Dire en effet que HiSilicon et Huawei conçoivent seuls leurs SoC Kirin est en effet un raccourci : créer les puces Kirin implique en réalité de choisir parmi une sélection de coeurs, d’architectures et procédés de gravure et de packaging. Or, l’architecture ARM est en grande partie propriétaire, aussi bien le design des coeurs que de l’architecture proprement dite sont en réalité conçus, quel que soit le fondeur, par ARM – holding qui les développe et vend donc ensuite des licences d’exploitation à ceux qui souhaitent utiliser ses technologies.

C’est d’ailleurs l’originalité de ARM par rapport à d’autres fondeurs comme Intel, par exemple : ARM ne fabrique plus de puces lui-même, la firme se contente de développer le design et d’accorder leur utilisation à d’autres sous licence. Dans certains cas, ARM propose l’architecture ou des sets d’instruction (qui déterminent comment le SoC répond aux commandes en langage machine) séparément. De quoi permettre aux fondeurs comme HiSilicon de se différencier. Néanmoins, cela signifie aussi que construire un SoC ARM implique forcément d’utiliser l’une des licences de la holding.

HiSilicon a un besoin vital de licences ARM pour construire ses SoC

De Samsung Exynos aux Qualcomm Snapdragon, en passant par les SoC MediaTek, Apple, et HiSilicon Kirin, tous dépendent donc, on vous le disait, de ces fameuses licences ARM. Or, ARM n’est pas une entreprise américaine. Depuis son rachat en 2016, ARM est la propriété du groupe japonais SoftBank. D’où la surprise autour de cette décision – qui rappelle un peu celle d’entreprises européennes comme Infineon. On peut en effet lire dans le memo que le design de ses processeur contient « des technologies d’origine américaine » et que la firme « se plie à toutes les dernières régulations mises en avant par le gouvernement américain ». 

Relevons également que ARM dispose de filiales situées à San Jose (Californie) et dans les états de Washington, Arizona, Texas et Massachusetts. Tout semble ainsi indiquer que ARM privilégie son accès au marché américain. Or, il n’est pas sûr que Huawei pourra concrètement encaisser ce nouveau choc. On sait que la firme développe depuis quelque temps HongMeng OS, son système d’exploitation alternatif à Android – qui selon les premières descriptions ressemble surtout à un fork d’AOSP. Concevoir une nouvelle architecture de puces sans avoir recours à des licences étrangères est un autre type de défi (c’est très long et couteux).

Une catastrophe qui pourrait vite avoir un impact majeur sur les opérations de Huawei

D’autant que selon BBC, les liens entre Huawei et ARM était particulièrement forts : la firme a par exemple récemment annoncé son intention de construire un centre de recherche à 15 minutes des locaux d’ARM à Cambridge (Royaume-Uni). Huawei et HiSilicon peuvent continuer à utiliser et à fabriquer les puces existantes – au moins jusqu’au Kirin 980. Mais ne peuvent plus se tourner vers ARM en cas de besoin. Le Kirin 985 ne serait pas touché en théorie – mais une source citée par BBC révèle que HiSilicon aura vraisemblablement besoin de repenser tout de même son architecture de 0 pour des raisons inconnues.

Lire aussi : Huawei a assez de composants américains en stock pour tenir jusqu’à fin 2019

Huawei a fondé la réputation récente de ses produits entre autres sur des performances très élevées. Ce nouveau retournement de situation pourrait forcer la firme à s’appuyer sur les mêmes SoC sur plusieurs itérations, avant de trouver, éventuellement, une solution. Reste à savoir laquelle.



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