Cette fuite invisible expliquerait enfin où passe l’antimatière de notre galaxie
L’antimatière reste l’une des grandes énigmes de l’astrophysique moderne. Une étude s’appuyant sur vingt ans d’observations en rayons gamma vient d’en repérer la trace loin de la Voie lactée. Notre galaxie en laisserait échapper bien plus qu’on ne le pensait.

Au moment du Big Bang, chaque particule aurait dû naître avec son double d’antimatière. Rien de tel ne subsiste aujourd’hui. Les instruments n’en détectent plus que des traces infimes, et ce déséquilibre résiste à toutes les explications. Faire l’inventaire du cosmos tient de toute façon du casse-tête, puisque des télescopes ont fini par localiser la matière ordinaire manquante de l’univers après des décennies de recherches vaines. Compter les antiparticules du ciel se révèle encore plus délicat.
Depuis plus de vingt ans, le satellite INTEGRAL de l’Agence spatiale européenne observe le ciel en rayons gamma. Ses données ont permis de dresser une carte d’une finesse inédite. Elle cartographie un rayonnement très particulier, émis lorsque des positrons rencontrent leurs opposés et s’annihilent. Le cœur de notre galaxie y brille comme un phare. Des calculs confiés à une intelligence artificielle ont relancé le mystère de la lueur gamma au centre de la Voie lactée. Six taches bien plus discrètes apparaissent cette fois loin du plan galactique.
Six taches de rayons gamma trahiraient l’antimatière échappée de la Voie lactée
Publiée dans Astronomy and Astrophysics, l’étude confronte ces zones brillantes aux objets connus du voisinage. Deux d’entre elles se superposent au Courant de Magellan et au Complexe C. Ces immenses nuages de gaz filent à grande vitesse autour de la Voie lactée. Quatre autres pointent vers des groupes de galaxies proches. Pour les deux chercheurs, des positrons fabriqués dans notre galaxie s’en échappent, voyagent jusqu’à ces régions lointaines et s’y annihilent au contact de la matière ordinaire. La production totale grimperait alors à deux ou trois fois les valeurs mesurées jusqu’ici.
Le signal reste fragile. Prise isolément, chaque tache affiche une fiabilité statistique trop basse pour emporter la conviction. Les auteurs admettent qu’un défaut d’imagerie pourrait en expliquer certaines. Ils jugent toutefois improbable que les six zones soient toutes des mirages. Côté vérification, le télescope spatial COSI doit décoller en 2027. La NASA attend de ses détecteurs une sensibilité bien supérieure. Si cette fuite se confirme, la Voie lactée fabriquerait beaucoup plus d’antimatière que ne le laissent croire les mesures actuelles.