L’optique d’un satellite espion vient de décoller pour percer le secret de la matière noire
Dimanche, la NASA a envoyé dans l’espace son télescope Nancy Grace Roman depuis la Floride. Durant cinq ans, l’observatoire se consacrera à l’étude de la matière noire et de l’énergie noire. Fait surprenant, son miroir principal provient du programme de satellites espions abandonné vingt ans plus tôt.

Depuis presque cent ans, cette substance invisible échappe toujours aux astronomes. Elle demeure impossible à voir directement, faute de lumière renvoyée, et seuls les effets de sa gravité sur les galaxies permettent de la repérer. D’après les modèles, cette matière constitue pourtant l’essentiel de la masse présente dans l’univers. De nouvelles explications apparaissent régulièrement, notamment une théorie récente selon laquelle la matière noire pourrait interagir avec elle-même. Jusqu’à présent, aucune n’a permis de départager les scénarios.
Progresser suppose pour les chercheurs de scruter des portions immenses du ciel. La NASA développe depuis plus d’une décennie l’observatoire destiné à remplir cette mission. En décembre, l’agence présentait la mission chargée de cartographier la Voie lactée avec le télescope spatial Nancy Grace Roman. Achevé fin 2025, le chantier avait devancé le calendrier tout en coûtant moins que le budget fixé. Le départ a finalement eu lieu dimanche en Floride.
Le télescope spatial Nancy Grace Roman quitte la Floride pour rejoindre sa destination en trois mois
À 7 h 26 sur la côte est des États-Unis, soit 13 h 26 à Paris, une fusée Falcon Heavy de SpaceX a emporté le télescope spatial Nancy Grace Roman. Parti depuis le pas de tir 39A, l’observatoire s’est séparé comme prévu du deuxième étage, indique la NASA. Sa route mène désormais au point de Lagrange L2, à quelque 1,5 million de kilomètres de la Terre. Le voyage s’étendra sur trois mois.
L’optique de l’appareil vient d’un tout autre univers. Ce miroir de 2,4 mètres avait été conçu pour Future Imagery Architecture, programme de satellites espions abandonné en 2005 face à l’envolée des coûts. Deux exemplaires complets sont restés stockés dans l’État de New York, dans un entrepôt, avant d’être cédés à la NASA en 2012. La NASA a ensuite bâti tout l’observatoire autour du premier exemplaire. Au total, la facture atteint environ 4 milliards de dollars, soit près de 3,5 milliards d’euros.
À netteté similaire, l’engin observe une portion du ciel au moins cent fois plus vaste que celle couverte par le télescope spatial Hubble. Chaque jour, le télescope Nancy Grace Roman enverra 1,4 téraoctet de données, un record parmi les missions américaines d’astrophysique. Son coronographe permettra de photographier directement des exoplanètes géantes tout en bloquant la lumière émise par leur étoile. Les premières images sont attendues début 2027.