Une gigantesque étoile condamnée à exploser révèle sa surface déformée sur des images inédites
Un puissant dispositif radio a récemment observé Bételgeuse, astre emblématique d’Orion. Les nouvelles cartes dessinent une enveloppe déformée parcourue par des fluides gazeux extrêmement chauds. Surtout, une anomalie demeure visible depuis sept années, sans trouver d’explication satisfaisante dans les modèles disponibles.

Toute étoile très massive termine son existence par une explosion en supernova. Cette phase finale se déroule néanmoins pendant plusieurs millions d’années. En suivre directement les transformations demeure donc exceptionnel. Depuis février, WOH G64 fait notamment l’objet d’un suivi astronomique. Cette supergéante appartient à une galaxie voisine. Leur enveloppe intéresse également les scientifiques, car son agitation dépasse largement celle observée sur le Soleil.
Bételgeuse occupe une position singulière parmi ces rares astres. À quelque 600 années-lumière de nous, ses dimensions frôlent 800 fois celles de notre Soleil. Quelques années auparavant, un net assombrissement avait poussé certains scientifiques à croire l’explosion imminente. En janvier, Hubble avait repéré les indices d’une compagne dissimulée dans son atmosphère. Bill Dent, astronome à l’ESO, dirige désormais une équipe qui l’a étudiée grâce à ALMA, vaste ensemble de radiotélescopes installé dans le désert d’Atacama, dans le nord du Chili.
Une tache brûlante occupe la même place à la surface de Bételgeuse depuis au moins sept ans
Une étude acceptée dans Astronomy & Astrophysics rapporte qu’ALMA dessine une enveloppe irrégulière, bien différente de la sphère uniforme envisagée. La photosphère de Bételgeuse atteint une température moyenne de 2 300 kelvins, soit environ 2 030 °C. Deux secteurs affichent toutefois davantage de chaleur, l’un au nord-est et l’autre au sud-ouest. Le foyer le plus éclatant excède d’environ 800 °C la température environnante.
Une comparaison a ensuite été menée avec les résultats obtenus en 2015. Dans les deux jeux de données, la zone nord-est demeure exactement au même emplacement malgré un intervalle supérieur à sept années. Les simulations actuelles n’anticipent malgré cela aucune structure d’une telle longévité. À l’origine de tels reliefs se trouveraient d’immenses poches brûlantes issues des régions profondes de l’étoile. Une fois arrivées dans les couches externes, elles déclenchent des ondes de choc capables de réchauffer brutalement l’atmosphère.
La disposition de ces secteurs chauds renforce l’idée qu’une étoile compagne puisse graviter autour de Bételgeuse. Les auteurs préviennent cependant que rien dans leurs données ne permet de confirmer cette connexion. De prochaines campagnes serviront à contrôler la stabilité de ces zones avec le temps. L’objectif principal consiste surtout à comprendre la manière dont l’astre évacue sa matière. Le suivi durera jusqu’à l’explosion.