La reconnaissance faciale des lunettes Meta s’invite en secret sur des millions de smartphones
Meta a placé sans rien dire du code relatif à la reconnaissance faciale de ses lunettes connectées dans une de ses applications répandues. Une découverte qui peut faire froid dans le dos quand on réfléchit à ses implications.
Vous ne vous en rappelez peut-être pas, mais pendant des années, Facebook possédait un système de reconnaissance faciale. C'est lui qui permettait, par exemple, de se connecter à l'application en utilisant son visage et de reconnaître automatiquement les personnes présentes sur les photos publiées sur le réseau social. Cette fonctionnalité a finalement disparu en 2021, avec la suppression d'environ 1 milliard “d'empreintes faciales” stockées sur les serveurs de Meta.
Mais visiblement, ce revirement n'a pas refroidi le groupe de Mark Zuckerberg. Avec la démocratisation des lunettes connectées Ray-Ban Meta, la question de la reconnaissance faciale refait surface. L'idée de l'intégrer dans l'accessoire est finalement abandonnée. En tout cas en surface. Sous la partie émergée de l'iceberg, les équipes de Wired ont découvert que depuis des mois, Meta ajoute du code relatif à la reconnaissance faciale de ses lunettes inteligentes dans une application téléchargée plus de 50 millions de fois dans le monde : Meta AI.
Meta AI contient du code associé à la reconnaissance faciale des lunettes connectées
L'analyse du média américain est confirmée par deux experts. L'un travaillant pour l'Electronic Frontier Foundation (EFF), l'autre indépendant. Dans le code, la fonctionnalité en question s'appelle “NameTag“. Bien qu'inactive, on sait déjà déjà comment elle marcherait.
Quand les lunettes de Meta, aussi bien les Ray-Ban que les Oakley, enregistrent un visage, il est transformé en empreinte faciale. Cette dernière est alors envoyée sur le smartphone, où l'application Meta AI va la comparer à celles déjà stockées sur l'appareil. En cas de correspondance, une notification est envoyée à l'utilisateur.
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Dans le détail, NameTag fait appel à trois modèles IA distincts : le premier détecte les visages, le second les délimite, le troisième les transforme en empreintes faciales. L'un des chercheurs a pu tester le bon fonctionnement du système en ajoutant une empreinte faciale de Michel Foucault, le philosophe mort en 1984, à la galerie de l'application. Après lancement de NameTag, une notification s'est affiché disant “Personne reconnue“.
L'autre expert s'inquiète : “Cette fonctionnalité n'est pas encore accessible aux consommateurs, mais elle semble presque prête à être lancée. Malgré les innombrables raisons de ne pas le faire, Meta semble avoir mis en place les moyens de transformer ses clients en une machine de surveillance décentralisée“. Notez que “NameTag” est un nom interne. Dans le code, on trouve l'appellation “Connexions“, avec une accroche stipulant “rappelez-vous des personnes que vous avez rencontré“.
Les experts tirent la sonnette d'alarme, Meta rassure
Joseph Jerome, ancien responsable chez Meta Reality Labs ayant travaillé sur la protection de la vie privée pour les produits de réalité augmentée et virtuelle de l’entreprise, est catégorique : “En intégrant la technologie dans l’écosystème, on établit des normes et des standards. Je ne vois pas comment Meta pourrait déployer une technologie comme celle-ci de manière responsable“.
Pour Ryan Daniels, porte-parole de Meta, circulez, il n'y a rien à voir : “[…] les faits sont simples : nous avons déjà indiqué que nous étudiions ce type de fonctionnalités, et ce que vous voyez n'est que la preuve de cette exploration. Rien n'a encore été mis à la disposition des consommateurs et aucune décision définitive n'a été prise quant à la suite à donner, le cas échéant“.
L'homme se veut rassurant : “Si nous décidons de lancer une telle fonctionnalité, nous adopterons une approche réfléchie et agirons en toute transparence. Une chose est sûre : nous ne sommes pas en train de créer une base de données centrale de visages“.
Pas de quoi apaiser les tensions grandissantes cela dit. D'autant que Meta n'a pas répondu aux questions concernant le fonctionnement exact de NameTag. Idem chez EssilorLuxottica, fabricant des lunettes connectées du groupe, qui n'a pas fait de commentaire.
Source : Wired
