IPTV : gros coup de filet européen contre une technique de piratage « innovante » (qui ne l’est pas tant que ça)
La répression contre les réseaux de streaming pirate se poursuit en Europe. Un de nos voisins vient de démanteler un système et pas n’importe lequel : la technologie sur laquelle il repose est présentée comme « innovante ». Mais l’est-elle réellement ? Décryptage de ce gros coup de filet.

La lutte contre le piratage ne tarit pas au sein de l’Union européenne. C’est un nouveau réseau de streaming pirate qui vient d’être démantelé grâce à l’opération « Tout Clair » qui a donné lieu à plus d’une centaine de perquisitions et de saisies à travers l’Italie, avec des actions parallèles menées en France et en Allemagne.
Au cœur de ce système, une application : CinemaGoal. Elle a été découverte grâce à une « surveillance des réseaux sociaux » et reposerait, selon la Guardia di Finanza (GdF ou police financière) de Ravenne, sur une « technologie innovante ». Mais à y regarder de plus près, cela ressemble fortement à deux vieilles techniques bien connues.
Démantèlement d’un réseau de piratage à la technologie pas si inédite que prétendue
Dans sa communication officielle, la GdF se targue de ce démantèlement et qualifie cette technologie d’innovante pour plusieurs raisons. D’abord, CinemaGoal transmettait toutes les trois minutes à ses clients les codes d’accès de comptes légitimes Sky, DAZN, Netflix, Spotify et Disney+. Le signal provenant de serveurs officiels, la qualité de visionnage était supérieure à celle d’un flux pirate ordinaire et le taux de détection anti-piratage minimal.
Mais cette technologie présentée comme inédite ressemble au card sharing (ou partage de carte) que les pirates utilisent depuis plus de vingt ans pour détourner la télévision. La différence entre le card sharing et CinemaGoal est la récurrence de l’actualisation des clés : respectivement toutes les quelques secondes contre toutes les trois minutes.
C’est ce délai et la meilleure qualité d’image qui rapproche la technologie derrière CinemaGoal d’une autre méthode bien connue, mais plus moderne que le card sharing. Cette technique, c’est le CDN leeching : ce qui est piraté ici à la façon d’une sangsue, c’est directement le serveur qui distribue les vidéos (CDN), ce qui permet une exploitation plus efficace du flux.
Autre problème – probablement de vulgarisation du communiqué de presse – soulevé par TorrentFreak : toutes les plateformes citées (DAZN, Netflix…) ne fonctionnant pas de la même manière, une seule et même méthode ne permet pas de toutes les pirater.
L’opération « Tutto Chiaro » (Tout Clair, donc) n’en reste pas moins un gros coup de filet, surtout que le réseau reposait aussi sur la méthode plus traditionnelle du « pezzotto » (la vente de boîtiers et d’abonnements de streaming IPTV). Et les pirates ne sont pas les seuls à être dans la ligne de mire de la GdF : les abonnés pirates également. Les 1 000 premiers identifiés recevront des amendes entre 154 euros et 5 000 euros.