Un réseau d’arnaqueurs à la carte bancaire démantelé en France, 740 000 euros de butin
Les autorités ont mis fin à un réseau organisé s'adonnant à l'escroquerie à la carte bancaire. Onze personnes doivent passer devant le juge. Voici comment le groupe opérait depuis plusieurs mois.

Le stratagème était bien huilé. Un jour, vous recevez un SMS vous indiquant qu'une opération frauduleuse vient d'être effectuée sur votre compte bancaire. Le message vous invite à contacter un numéro commençant par 01. C'est l'indicatif, entre autres, de la région Île-de-France, où la plupart des banques ont leur siège social. Alors vous vous dites qu'il est légitime. Votre impression se confirme vu qu'au bout du fil, l'interlocuteur se présente comme un conseiller bancaire du service fraude de l'établissement. Il est au courant du SMS reçu.
Vous rappelant que la situation est urgente et qu'il faut agir sans attendre, la personne vous donne la marche à suivre. Vous devez placer votre carte de crédit, désormais compromise, dans une enveloppe en vue de sa destruction. Mais vous n'allez pas vous en charger vous-même. Un coursier va passer chez vous récupérer le tout et s'occuper du reste. Afin d'authentifier la carte, on vous demande son code secret et, de peur que l'on vous prélève encore de l'argent si vous tardez trop, vous le donnez. Le piège s'est refermé.
Onze personne en attente de jugement suite au démantèlement d'un réseau d'escrocs
Une fois la carte bancaire entre les mains du “coursier”, ce dernier s'empresse d'aller retirer de l'argent au distributeur le plus proche. Parfois il se rend dans une grande enseigne et achète à vos frais des objets onéreux. Voilà en résumé le modus operandi d'un réseau organisé ayant sévi partout en France entre avril 2022 et avril 2023. Au total, les enquêteurs ont recensé 148 cas attribuables au même groupe, pour un préjudice total estimé à 740 000 euros.
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À la tête du réseau, un criminel se faisant appeler “padrino” (le mot italien pour “parrain“). On suppose que l'homme, ou la femme, opérait depuis le Maroc en dirigeant toutes les opérations ayant lieu en France. La police a arrêté 11 personnes provenant majoritairement des Yvelines (78). Ce sont elles qui servaient d'intermédiaires, par exemple en récupérant les cartes bancaires. Le succès des criminels peut étonner tant l'arnaque semble grosse. D'autant plus quand on examine le profil des victimes.
Des victimes de tous les horizons, pas forcément des personnes fragiles
Spontanément, on se dit que pour tomber dans le panneau d'une telle combine, il faut avoir une certaine prédisposition. Personne peu à l'aise avec la technologie, isolée, fragile, présentant un trouble psychologique… La réalité est tout autre. Maître Virginie Audinot, avocate spécialisée dans la fraude bancaire, a vu défiler parmi ses clients “des étudiants, des retraités, des gens parfaitement érudits avec des postes très haut placés“. N'importe qui peut se faire avoir en somme.
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L'avocate rappelle que les fraudeurs cherchent surtout à “mettre la victime en état de panique en lui faisant croire qu'une fraude a déjà eu lieu“. Nous ne le répèterons jamais assez : si vous recevez un SMS de ce genre, la première chose à faire est de garder son sang froid. La deuxième est de contacter votre banque, mais surtout pas en utilisant le numéro ou le lien fourni dans le message. Passez directement par votre application bancaire habituelle ou le site de cette dernière. Évitez également de chercher le numéro via un moteur de recherche. Des faux peuvent apparaître.
Quant à savoir si la banque doit vous rembourser dans le cas où la fraude a déjà eu lieu, la réponse est oui, mais. D'une manière générale, elle le fera. Parfois, elle peut rejeter la faute sur la victime pour se dédouaner. Cela étant dit, elle ne peut plus le faire a priori, sans apporter la preuve qu'elle a elle-même rempli ses obligations de vigilance. Notez que ce genre de considérations entre surtout en jeu lors d'un litige entre banque et victime devant les tribunaux.
Source : Le Figaro