Le cerveau d’une mouche a-t-il vraiment été transféré dans un ordinateur ? La réalité est bien plus complexe
Depuis la semaine dernière, une équipe de chercheurs affirme avoir “uploadé” l'esprit d'une mouche dans un ordinateur. S'en est suivi une cascade de réactions à la fois apeurées et enthousiastes. Mais qu'en est-il vraiment ?

“Nous avons uploadé une mouche”. Cette simple phrase, publiée sur X (anciennement Twitter) la semaine dernière, a déclenché un véritable raz-de-marée la semaine dernière. Résumons rapidement les faits. Eon Systems, une start-up américaine qui cherche à recréer virtuellement un cerveau humain, annonce par l'intermédiaire de son PDG Michael Andregg que le cerveau d'une mouche a été entièrement reconstitué puis transféré sur un ordinateur.
Michael Andregg affirme que ce cerveau agit désormais de manière autonome au sein de la machine avec un “taux de précision comportementale de 91%.” La nouvelle fait le tour d'Internet. Les adeptes de l'IA étant déjà surchauffés par les promesses d'une puce dans le cerveau de Neuralink, voire de l'intégration de ChatGPT dans notre esprit, s'imaginent déjà comme Neo branché à la Matrix. Mais qu'est-ce que cela veut dire, au juste, “uploader un cerveau” ?
We've uploaded a fruit fly. We took the @FlyWireNews connectome of the fruit fly brain, applied a simple neuron model (@Philip_Shiu Nature 2024) and used it to control a MuJoCo physics-simulated body, closing the loop from neural activation to action.
A few things I want to… pic.twitter.com/Qnlu3INs33
— Michael Andregg (@michaelandregg) March 8, 2026
Derrière les promesses d'un cerveau dans le cloud, une start-up en recherche de financements
On vous épargnera toute les questions métaphysiques, pourtant passionnantes, qu'amène un tel projet (peut-on vraiment dire que la mouche se trouve dans l'ordinateur ?) pour se concentrer sur ce que l'on sait. À savoir… pas grand-chose. En effet, Eon Systems a pour preuve de son exploit en tout et pour tout quelques posts sur X et un billet de blog. Plutôt léger, comme méthodologie scientifique. The Verge a tenté d'en savoir plus en questionnant des experts sur le sujet.
D'après Shahab Bakhtiari, professeur de neuroscience à l'université de Montréal, le billet de blog “reste insuffisant pour valider les affirmations”. Même son de cloche chez Alexander Bates, chercheur en neurobiologie à Harvard. « Pour une affirmation de cette ampleur, je m'attendais à une exposition détaillée de l'ensemble de la démarche », regrette-t-il. Autrement dit, la plupart des chercheurs s'accordent à dire que le papier publié par Eon Systems manque de rigueur scientifique — pour le peu de véritable science qu'il contient.
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Pourtant, Michael Andregg persiste et signe : “Nous pensons que cette mouche est consciente, mais de manière limitée. Elle peut sentir, goûter, etc.” Alors, faut-il le croire sur parole ? Pour le moment, difficile à dire. Les experts interrogés par The Verge penchent plutôt du côté de la start-up faisant de grandes annonces pour attirer les investisseurs, pensant financer le futur de l'humanité. Pas exactement une première pour une entreprise de la Silicon Valley, donc.