“Liberté.gov” : Donald Trump va offrir un VPN gratuit au monde entier et c’est une bien plus mauvaise idée qu’il n’y paraît
Le département d’État des États-Unis a annoncé le lancement d'une nouvelle plateforme à destination du monde entier. Baptisé freedom.gov, celle-ci permettra à n'importe qui de naviguer sur le web comme s'il se trouvait au pays de l'Oncle Sam. Et donc d'être exposé sans aucune limite à la propagrande d'extrême droite.
Depuis sa deuxième ascension au pouvoir, et comme tous les politiciens d'extrême droite, le gouvernement Trump n'a qu'un mot à la bouche : liberté d'expression. Si sa définition de ce terme ne s'applique visiblement pas à ses opposants politiques, celui-ci n'a de cesse de mettre en place de nouvelles initiatives pour, officiellement, défendre cette fameuse liberté de penser. La dernière en date a été repérée par nos confrères de Reuters et porte un nom pour le moins équivoque : freedom.gov (soit, littéralement, “liberté.gov”).
D'après les sources de Reuters, freedom.gov fonctionne peu ou prou comme un VPN, localisant tous ses utilisateurs aux États-Unis. Accessible depuis le monde entier, la plateforme permettra donc à n'importe qui de naviguer sur le web comme n'importe quel Américain, et donc, potentiellement, d'accéder à des contenus censurés dans son pays. C'est d'ailleurs sur ce point sur lequel l'administration Trump axe sa communication : freedom.gov est présenté comme une arme contre la censure.
Ce VPN gratuit du gouvernement américain est un cadeau empoisonné
« La liberté arrive », peut-on ainsi lire en gros à l'écran lorsque l'on se rend sur le site. « L'information, c'est le pouvoir. Réclamez votre droit humain à la liberté d'expression.
Préparez-vous. » Pour l'heure, l'outil n'est donc pas encore opérationnel. Selon Reuters, le département d’État des États-Unis avait initialement prévu de le présenter la semaine dernière, à l'occasion de la Conférence de Munich, avant de se résigner à la dernière minute.
« La liberté numérique est une priorité et cela inclut la diffusion de technologies de protection de la vie privée et de contournement de la censure comme les VPN », martèle l'organisme auprès de Reuters. Alors pourquoi le gouvernement américain tient tant à offrir au monde cet Internet “libre” dont il chante les louanges ? Pour le comprendre, il faut s'attarder sur cette censure évoquée par l'administration et qu'elle prétend vouloir combattre.
Sur le même sujet — Comment les VPN évoluent pour offrir une protection renforcée contre les menaces en ligne
Lors de son premier mandat, Donald Trump avait financé plusieurs VPN et solutions similaires pour permettre aux internautes de visiter des sites bannis dans leur pays, notamment en Chine, en Iran ou encore à Cuba — soit, des nations ouvertement hostiles aux États-Unis. Mais freedom.gov est différent, puisque cette fois, la plateforme sera accessible depuis le monde entier. Même en Europe.
Cette différence est essentielle pour comprendre la stratégie de Trump avec freedom.gov. Internet est relativement peu bridé en Europe, en dehors des contenus qui tombent sous le coup de la loi, à savoir, entre autres… des contenus d'extrême droite. Les contenus prônant la haine d'autrui et empruntant à l'imagerie nazie sont en théorie interdits dans nos contrées. Mais les États-Unis étant la terre de la liberté, le pays entend certainement permettre aux Européens d'y accéder sans contraintes.
Sur le même sujet — Le smartphone imaginé par Donald Trump ne rivalisera pas avec Samsung ou Apple
Autrement dit, l'administration Trump compte bien user de son soft power pour faire véhiculer ses idées à travers le monde et tenter de séduire un nouveau public. Il n'y a qu'à voir la manière dont Elon Musk a transformé Twitter lorsqu'il en est devenu le PDG. Sous couvert de la “liberté d'expression”, ce dernier a réintroduit de multiples comptes haineux, certains se revendiquant ouvertement du fascisme.
On peut donc y voir là une nouvelle forme d'ingérence étrangère de la part de l'administration Trump, qui incite via freedom.gov aux citoyens du monde entier d'enfreindre la loi de leur pays. Et lorsque ces derniers ne vivent pas sous un régime autoritaire, il faut bien y voir là une stratégie de séduction.

