Cet ingrédient toxique du sol martien pourrait faciliter sa colonisation
Construire une base sur Mars nécessitera d’utiliser les ressources disponibles sur place. Des chercheurs explorent une piste aussi surprenante que risquée. Un composant toxique du sol pourrait devenir un atout pour bâtir sur la planète rouge.

La perspective d’installer une colonie humaine sur Mars fascine, mais elle implique de nombreux défis. Pour Elon Musk et d’autres passionnés de conquête spatiale, cet objectif pourrait devenir réalité d’ici quelques décennies. Avant d’envisager la construction de villes, il faut affronter des conditions très hostiles. Les températures restent extrêmement basses, l’atmosphère ne permet pas de respirer, et le rayonnement solaire représente un danger permanent. De plus, il faudra produire sur place les matériaux nécessaires, car les acheminer depuis la Terre coûterait trop cher.
C’est dans ce contexte que des chercheurs étudient des méthodes pour construire directement avec le sol martien, ou du moins son équivalent simulé sur Terre. Depuis plusieurs années, l’idée d’utiliser des bactéries pour transformer le régolithe en matériaux de construction progresse. Une équipe a récemment tenté d’aller plus loin en intégrant au mélange un ingrédient aussi dangereux que prometteur : le perchlorate, un composant chimique toxique présent naturellement sur Mars.
Le sol martien devient un matériau de construction avec l’aide d’une bactérie
Le perchlorate a été détecté pour la première fois sur Mars en 2008 par la sonde Phoenix. À forte dose, ce composé représente un danger pour la santé humaine. Des chercheurs de l’Université de Floride et de l’Indian Institute of Science ont tout de même choisi de l’ajouter à un sol martien simulé. Leur objectif était d’étudier son effet sur Sporosarcina pasteurii. Cette bactérie peut produire du carbonate de calcium, un matériau qui sert à fabriquer des briques à partir du régolithe.
Les scientifiques ont été surpris par les résultats malgré le stress provoqué chez la bactérie. Le perchlorate a stimulé la production d’une matrice extracellulaire. Cette substance agit comme un ciment naturel en liant les éléments entre eux. Les briques obtenues sont plus solides que lors des expériences précédentes. Les chercheurs expliquent ce renforcement par la formation de micro-ponts entre les cristaux et les bactéries.
La prochaine étape pour l’équipe consiste à tester ce procédé dans une atmosphère riche en dioxyde de carbone. Ce gaz domine l’atmosphère de Mars. Cette méthode, appelée biocimentation, permettrait de réduire les matériaux à transporter depuis la Terre. À long terme, elle pourrait offrir une solution fiable pour construire des habitats martiens avec les ressources locales.