TF1 et M6 : la guerre contre les opérateurs aura bien lieu

En ce début de second trimestre 2017, une nouvelle guerre a lieu : celle qui oppose TF1 et M6, les chaînes privées les plus consultées de France, aux opérateurs proposant la diffusion de chaînes TV sur leurs abonnements fixe comme mobile. La confrontation vient des chaînes qui refusent de diffuser leurs signaux sur les réseaux sans compensation de la part des opérateurs.

TF1 replay

En France, nous avons une grande chance sur l'accès à internet : depuis l'arrivée de Free sur le marché de l'internet fixe, nous goûtons aux joies de l'ADSL et de la fibre à consommation illimitée, et de box multiservices intégrant le téléphone et la télévision.

Cette évolution aura forcé une grande modification des usages. Quand les américains sont toujours majoritairement portés vers les abonnements au câble, nous autres français jouissons depuis si longtemps de ces forfaits qu'ils en sont venus progressivement à remplacer aussi bien la TV traditionnelle, hertzienne puis TNT, que les formules à abonnement via câble ou satellite.

Toutefois, nombreux sont les acteurs de la télévision à ne pas avoir accueilli ce changement à bras ouverts. Et aujourd'hui, TF1 et M6 s'apprêtent à tout simplement couper le cordon. Retour sur l'affaire.

TF1 et M6 n'ont jamais vraiment aimé partager

Tout d'abord, rappelons la philosophie de ces 2 acteurs sur la diffusion en direct par internet. Quand les box internet ont commencé à proposer les chaînes de télévision classiques de France, le principe était très simple : puisque les chaînes hertziennes étaient gratuites, leur accès par internet suivait le même modèle économique.

La rémunération offerte à ces chaînes n'a donc pas réellement évolué malgré ce changement. Or, le temps a fait que les usages ont évolué. Aujourd'hui, 1 français sur 2 consulte la télévision par internet, et non par les canaux “traditionnels” devenus très honnêtement dépassés.

Mais TF1 comme M6 n'ont pas nécessairement joué le jeu de l'évolution technologique. Quand les forfaits mobiles ont eux aussi évolué pour intégrer la télévision, ou tout simplement que les applications permettant de la regarder en ligne sont apparues sur le Play Store, les 2 acteurs ont souvent traîné des pieds.

On le voit par exemple dans l'absence du support du Chromecast, qu'elles sont toujours les deux seules à renier. Même en 2017, à l'heure où le service innovant Molotov.TV le permet enfin, les deux groupes brident ses fonctionnalités en bloquant l'enregistrement des programmes : seul le direct est accessible, le replay étant réservé aux applications dédiées des 2 groupes.

TF1 et M6 s'allient naturellement contre un “ennemi” commun

m6 tf1 box

Vous l'aurez compris : ce passage à l'ère du numérique n'a pas plu aux deux acteurs. Le groupe TF1 est même allé jusqu'à réclamer 230 millions d'euros à l'Etat pour préjudice fin 2016, argumentant que le passage de l'analogue au numérique s'est fait au détriment des acteurs du marché.

Il ne s'agissait là que de la première partie d'un plan qui est fomenté depuis de nombreux mois en coulisse. Actuellement, les fournisseurs d'accès à internet payent les deux grands acteurs 10 millions d'euros pour l'accessibilité de leurs chaînes en “OTT”, pour “Over the top”.

Ce terme décrit l'accès aux chaînes à partir d'internet, et donc sur de nombreux produits comme les box, les smartphones, les tablettes, et les applications concentrant toutes les chaînes type Molotov dont on parlait plus haut.

Or cela ne leur convient bien évidemment pas. Aussi, TF1 a commencé à menacer de couper l'accès à ses chaînes à partir du 30 avril. Un ultimatum qui aura fait grand bruit, et convaincu M6 de faire de même : l'accès aux chaînes serait alors coupé sur mobiles, avant d'atteindre progressivement les box.

La condition pour que cela n'arrive pas ? Que les opérateurs acceptent de payer 100 millions d'euros désormais. Les chaînes argumentent que leurs productions ne sont pas gratuites, et que celles-ci offrent de la valeur ajoutée aux formules des opérateurs. Il faut dire que 2 abonnés sur 3 se déclarent prêts à changer d'opérateur si TF1 disparaissait de leur offre.

La situation a changé, la guerre aura bien lieu

tf1 box

Il faut comprendre que la situation a changé, à bien des égards. Par exemple : les revendications des chaînes peuvent être vues comme tout à fait légitimes, d'un certain point de vue.

Après tout, quand l'analogue faisait un calcul très simple (un signal = une TV), internet a poussé à la multiplicité des appareils et des moyens d'accès aux programmes. Pour une diffusion, c'est tout autant un smartphone, une tablette, une TV voire même un frigo (véridique) qui peut y accéder.

Est-il normal que la rémunération reste donc la même pour les créateurs des émissions de ces chaînes, alors que leur contenu se clone à vitesse grand V ? La question restera en suspens, presque autant que la question de leurs propres coûts de production : ont-ils vraiment changé dans cette nouvelle ère, justifiant cette augmentation ?

Mais surtout, le poids que peuvent représenter TF1 et M6 dans les négociations tend à disparaître. Aujourd'hui, Orange aura été très vocal dans sa décision de ne pas céder à ces pressions : Stéphane Richard y a été de son pic lors du Show Hello 2017, demandant à la foule “est-ce que l'utilisateur, vous et moi, va payer pour regarder TF1“. Mais c'est surtout la déclaration officielle du porte-parole de l'opérateur qui nous aiguille :

“Orange n’envisage pas de rémunérer la distribution d’une chaîne TNT gratuite, mais continuera à rechercher avec ses partenaires de nouveaux services créateurs de valeur au bénéfice de l’ensemble des acteurs”.

Il n'est pas difficile de voir ici le contraste : TF1, et par extension M6, sont vus comme des services d'un autre temps. Même si les autres opérateurs n'ont pas vraiment commenté la question, on sent que ce duel ne se fera pas sur une position de force pour les grands groupes télévisuels : la lutte sera frontale.

Lutte pour les mœurs françaises

orange hausse tarifs stephane richard

Derrière cette lutte purement financière entre TF1/M6 et les opérateurs se cache en vérité une lutte que l'on pensait arriver plus tard : celles des mœurs françaises, directement en lien avec l'évolution et le déploiement de l'outil technologique.

D'aucuns savent que les jeunes générations ne regardent plus vraiment la TV de la manière que leurs parents le faisaient. Entre les plateformes de VOD comme YouTube ou Twitch dont les stars se sont propulsées elles-mêmes vers le devant de la scène, et les plateformes de vidéo à la demande produisant leur propre contenu comme Netflix, la télévision est devenue un objet passéiste en droit à une révolution.

Or, les opérateurs sont intimement liés à cette révolution technologique. S'ils ne sont pas nécessairement les concepteurs des technologies de demain, ils sont pour chaque pays le moyen de les propulser à grande échelle vers le grand public.

Et avec les déclarations d'Orange, on peut voir que l'acteur historique semble prêt à faire un pari dangereux mais particulièrement intéressant : celui de faire confiance aux usages de demain, plutôt que de contenter les usages d'hier.

Dans ce contexte qu'on qualifierait presque d'historique, TF1 et M6 deviennent les représentants de la télé d'hier, celle qui manquerait fortement à nos parents et grands-parents représentant tout de même une large partie du marché.

A contrario, Orange s'exprime pour les contenus de demain qui seraient destinés à supplanter la tradition. Mais bien que le marché n'est pas aussi important qu'on l'aimerait pour le moment, sa croissance n'est plus à prouver.

Les jeunes d'aujourd'hui étant les vieux de demain, ce pari pourrait être payant. Et bien sûr, l'acteur des télécoms a tout à y gagner, puisqu'il escompte bien prendre le contrôle des habitudes de consommation des français et en tirer profit.

En somme, nous sommes dans une lutte très exceptionnelle en ce début d'année. Le 30 avril pourrait bien marquer le début d'une nouvelle ère pour les consommateurs français. Ne vous y trompez pas : l'ultimatum TF1/M6 n'en est que le début.


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