Qui est Xavier Niel, le fondateur de Free ?

Maj. le 3 décembre 2018 à 18 h 54 min

Du minitel rose à Free et Free Mobile, en passant par l’école 42 et la Station F, Xavier Niel est aujourd’hui un magnat des télécoms dont la fortune dépasse les 5 milliards d’euros. Dans ce TechStory, nous allons voir comment ce geek des années 1980 s’est imposé comme l’une des figures de proue de la french tech. 

Portrait de Xavier Niel
Xavier Niel / Wikimedia

L’histoire commence en 1967, à Maisons-Alfort, dans le Sud-est parisien. Xavier Niel naît d’un père juriste et d’une mère comptable. Il a 15 ans lorsque son père lui offre son premier ordinateur à Noël, un Sinclair ZX81. Cette machine reprend un facteur de forme classique pour l’époque : une boîte en plastique avec un clavier intégré qui se branche sur un moniteur ou tout simplement sur une télévision. L’affichage est alphanumérique et en noir et blanc (22 lignes de 32 caractères de long). Il n’y a pas de carte son et le clavier à membrane est un poil désagréable à utiliser comparé à des systèmes avec clavier mécaniques, de ceux que l’on trouve par exemple sur le Commodore 64.

Xavier Niel expérimente très tôt avec le Minitel

Difficile alors d’imaginer ce que deviendra, demain, l’informatique. À l’époque, tout reste encore à inventer. L’ancêtre d’internet, ARPANET, existe déjà aux États-Unis et la première version du protocole TCP/IP permet à ce réseau de s’étendre, jusqu’à Stockholm dès 1988. Mais il sert alors surtout à connecter des universités et autres établissements scientifiques. La France, à cette époque, a pris en quelque sorte un train d’avance sur le monde connecté s’annonce avec le Minitel. D’aucuns diront que ce « saut temporel » a aussi retardé la pénétration d’internet – le vrai – dans l’hexagone.

Car ce système ne connecte pas vraiment des ordinateurs entre eux. Les Minitels sont des consoles indépendantes permettant de consulter des services textuels payants. Ils sont accessibles en composant un numéro de téléphone puis en tapant le nom d’un service, par exemple 3611 pour l’annuaire. Il n’est alors pas question d’affichage en couleur, ni même de graphiques. Comme le Sinclair de Xavier Niel, le Minitel ne sait afficher que des caractères alphanumériques en noir et blanc. À la différence de ce dernier, il s’agit d’un système tout-en-un très bon marché.

Dès les années 1980, à la faveur de millions de Minitels distribués aux foyers français par France Télécom, le succès de cet « internet avant internet » est tout simplement fulgurant. Les Français commencent à pouvoir consulter leur banque, acheter des billets d’avion et de train et communiquer par Minitel. Ce succès s’accompagne du développement d’une offre de services très fournie. L’innovation fait presque figure d’anachronisme dans un monde qui est alors peu connecté — si l’on compare avec ce que nous connaissons aujourd’hui.

Xavier Niel fait une première fois fortune avec le Minitel rose

Xavier Niel expérimente avec le Minitel alors lorsqu’il est encore au Lycée. Dès 1984, il a une idée qui va réellement lancer sa carrière. Il sent bien que, parce que le Minitel trouve sa place dans l’intimité du domicile, ses utilisateurs sont susceptibles d’y consulter des choses un peu moins faciles à demander au buraliste, par exemple. Pourquoi alors ne pas créer une plateforme érotique ? Il lance alors l’un des premiers services de Minitel rose. Ce genre de services serait impensable aujourd’hui étant donné les limitations du Minitel par rapport à internet.

Tout est dans la suggestion – le Minitel rose permet d’un côté de chatter entre utilisateurs, et de poster et de répondre à des petites annonces coquines… Et cela fonctionne extrêmement bien, si bien qu’en 1987, il arrête ses études pour se consacrer exclusivement au Minitel rose ! Avec Fernand Develter, ex-responsable de la Société Générale, il investit la petite fortune qu’il se constitue dans des sex shops et peep-shows. Et rachète une licence de presse pour devenir éditeur de service. À 24 ans, Xavier Niel est déjà millionnaire en euros.

Xavier Niel est pionnier des accès internet illimités dans les années 1990

Avec Fernant Develter, il rachète en 1990 un service de Minitel rose, Fermic Multimedia, qu’il rebaptise Iliad — la maison-mère de ses futures entreprises. Mais au départ, on reste encore dans des services Minitel. Il lance notamment un annuaire grand public qui aura beaucoup de succès : 3617 ANNU. Ce n’est qu’en 1995 qu’il se décide à investir dans internet. Un réseau qui, à cause de la pénétration du Minitel en France, a encore du mal à percer — alors qu’il se développe de manière fulgurante dans d’autres pays notamment aux États-Unis.

Cela commence par un investissement dans Worldnet, un fournisseur d’accès à internet qui sera revendu en 2000 au groupe Neuf Cegetel. En 1999, fort de cette première expérience, il lance Free. Un véritable OVNI puisque Free propose alors la première offre d’accès internet « gratuite et illimitée » – hors coût de la communication entre le modem 56K et le numéro utilisé par l’opérateur pour la connexion. La plupart des FAI fonctionnent sur le même système, mais facturent le plus souvent un abonnement en plus, avec des forfaits limités dont la taille se compte en quelques heures ou quelques centaines de mégabits tout au plus.

Le tournant des accès ADSL et de la Freebox

Mais dès le départ, Xavier Niel voit au-delà du simple accès internet. Il s’intéresse d’abord à un remplacement prometteur des accès 56K pour faire grimper les débits : l’ADSL. En 2001, avec son bras droit Rani Assaf, il formule le concept de la box d’accès internet triple play : internet + téléphone + télévision. Et le 18 septembre 2002, la Freebox V1 est enfin proposée aux abonnés. Or, contrairement aux accès 56K, le logement doit être éligible à une offre ADSL pour pouvoir être raccordé. Les accès donnent par ailleurs lieu à deux types de formules :

  • ADSL nu (sans le service de télévision, et qui implique de payer en sus un abonnement téléphone fixe chez France Télécom)
  • Dégroupage partiel et dégroupage total donnant accès à l’ensemble de services de la Freebox

Le succès de la Freebox est immédiat, et le concept du triple (voire quadruple avec abonnement mobile) play fait rapidement des émules chez tous les opérateurs de France, et dans une moindre mesure à l’étranger. Xavier Niel est alors déjà un opérateur incontournable. Le FAI Free s’impose très vite comme l’un des premiers fournisseurs en termes d’abonnés. Il s’agit aujourd’hui du deuxième plus gros FAI de France avec 13 535 millions d’abonnés (24 % de parts de marché au 4e trimestre 2018) juste derrière l’opérateur historique.

La Freebox v6 « Revolution » est lancée en décembre 2010. Dessinée par Philipe Starck, elle offre de nombreuses nouveautés alors en avance sur son temps : lecteur DVD Blu-ray compatible 3D, disque dur intégré 250 Go, tuner TNT et télécommande sophistiquée avec accéléromètre. L’OS de la Freebox v6 est open source, et propose de nombreuses fonctionnalités avancées comme le client VPN qui ne sont pas toujours chez les concurrents. Le 4 décembre 2018 Free va lancer une nouvelle mouture la Freebox V7, que l’on attend là encore comme très novatrice.

Lire aussi : Freebox V7 la future box internet de Free – à quoi faut-il s’attendre ?

Free Mobile modifie durablement le secteur des télécoms

Outre internet, Xavier Niel veut révolutionner un autre secteur où il était jusqu’ici absent : les réseaux mobiles. La tâche est autrement plus difficile. Car pour devenir opérateur, en France, il n’y a pas 36 solution : soit Xavier Niel doit se contenter d’acheter des minutes et des données en gros aux opérateurs existants, soit il achète des fréquences et développe son propre réseau d’antennes. Une option beaucoup plus dispendieuse, mais qui lui donne aussi beaucoup plus de liberté, en se libérant au maximum de toute dépendance vis à vis de concurrents. Indispensable pour casser les prix.

Xavier Niel créé la société Free Fréquences en 2007 et tente une première fois de candidater pour acheter une licence de téléphonie mobile et des fréquences. Après un premier échec, l’ARCEP retient la candidature de Free Fréquences en 2009. Il obtient une autorisation pour utiliser la bande des 2,1 GHz et la bande des 900 MHz pour exploiter un réseau 3G. Deux spectres de 5 MHz en duplex que la société obtient pour un montant de 240 millions d’euros. En décembre 2010, Iliad obtient le droit de devenir un opérateur mobile et s’engage auprès de l’ARCEP à fournir un service à un tarif avantageux — alors que les offres des opérateurs d’alors sont très chères. Entre temps Free Fréquences obtient aussi une licence 4G.

Pour pallier la faiblesse de son réseau d’antennes, Free Mobile signe un accord d’itinérance avec Orange. Et le 10 janvier 2012, Xavier Niel lance Free Mobile en fanfare. Au cours de la conférence de présentation, Xavier Niel qualifie les clients des opérateurs historiques de « pigeons », et promet de « diviser les prix par deux ». Ces déclarations provocatrices lui vaudront un procès de Bouygues. Mais il n’en a cure, car Free Mobile fait vite le plein d’abonnés. Il force également l’ensemble des concurrents à baisser leurs prix, mettre un terme au 100 % offres avec engagement, et diminue la portée du modèle des smartphones subventionnés. Plusieurs économistes, comme Gilles Moec (Deutsche Bank) ou Fabrice Montagne (Barclays Capital) estiment que l’arrivée de Free mobile sur le marché a retiré entre 0,35 et 0,4 point d’inflation à l’économie française. Autrement dit, Free Mobile a contribué à faire augmenter le pouvoir d’achat des français.

Ecole 42, Station F et fonds d’investissement KKR : Xavier Niel est aujourd’hui incontournable

Outre les télécoms, Xavier Niel est aussi à l’origine de l’école 42 destinée à la programmation et aux métiers techniques du numérique. Cette école financée à 100 % sur ses fonds propres est réservée aux jeunes de 18 à 30 ans. La sélection des étudiants se fait au moyen d’une série d’exercices et les candidats n’ont besoin, en théorie, d’aucune formation préalable ou diplôme pour la rejoindre. Cet établissement s’est exporté, avec une antenne au Maroc baptisée 1337, et un autre établissement nommé 42 Silicon Valley dans la région de San Francisco.

Plus récemment, le 29 juin 2017, Xavier Niel a ouvert un incubateur et campus de startups nommé Station F. Ce campus situé à la Halle Freyssinet à Paris est le plus grand campus de startups au monde. Il parvient à convaincre des géants américains comme Microsoft, Facebook, Amazon d’investir aux côtés de grandes écoles de commerce, Thales, Vente-Privée et autres champions nationaux. Xavier Niel a également été nommé administrateur du fonds d’investissement américain KKR : le 4e plus gros de la planète avec 168 milliards de dollars. Xavier Niel y est le seul européen à siéger sur les 11 membres du conseil d’administration — parmi lesquels on trouve par exemple David Drummod, le directeur juridique d’Alphabet la maison-mère de Google. Le fonds qu’il dirige a récemment investi dans OVH, l’hébergeur français.

La dimension de l’homme et sa réputation dépassent désormais les frontières de l’hexagone. En novembre 2014, le magazine Challenges affirme qu’il s’agit de l’entrepreneur qui incarne le mieux l’innovation, derrière Bill Gates. En août 2015, le magazine américain Wired le classe comme la 7e personnalité la plus influente du numérique dans le monde.

Lire aussi Free – retour sur les 15 ans de l’entreprise et notre numéro précédent de TechStory : qui est Andy Rubin, le créateur d’Android et de l’Essential Phone ?

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