L’Union européenne veut bannir l’usage de l’IA pour ses communications officielles
Alors que les États-Unis ne se gênent plus pour utiliser l'IA générative pour leurs communications officielles, l'Union européenne se pose la question de bannir son usage. Dans notre ère de post-vérité et de perte de confiance envers les institutions, certains espèrent regagner en crédibilité en se distanciant du grotesque exemple américain.

Depuis le début de son deuxième mandat, Donald Trump a utilisé 36 fois l'IA générative pour sa communication officielle sur son réseau social Truth, d'après le Poynter Institute, une ONG de fact-checking. Et ce, sans compter les autres comptes officiels de la Maison Blanche et autres ministères qui ne manquent pas une occasion de générer une vidéo au goût douteux pour appuyer leur message. Difficile d'oublier cette vidéo de Donald Trump au siège d'un avion de chasse, portant une couronne, déversé des tonnes d'excréments sur ses opposants politiques, ou encore sa vision glaçante de ce que pourrait devenir la bande de Gaza.
En face, l'Union européenne est effectivement beaucoup plus sage. Ce qui n'empêche pas ses pays membres d'avoir eux aussi recours à l'IA pour leurs propres communiqués, qu'il s'agisse de campagnes institutionnelles, de “simples” posts sur les réseaux sociaux, ou de véritables stratégies de dénigrement comme on a pu le voir en Hongrie. Mais au sein même de l'Union, la question fait débat. Comme le rapporte Politico, celle-ci a désormais banni l'usage de l'IA dans ses communications officielles. Ce qui n'est pas exactement au goût de tout le monde.
L'Union européenne ne veut plus de l'IA dans sa communication
Pour certains, il s'agit avant tout de limiter les risques. Les contenus générés par IA pourraient « être perçus comme trompeurs ou préjudiciables, donner une fausse image de la réalité », reconnaît Alexandru Voica, cadre chez Synthesia, une plateforme IA britannique. « À une époque où la confiance s'érode, on peut véritablement affirmer que la chose la plus forte qu'une institution puisse faire est de refuser de jouer le jeu », ajoute le chercheur spécialisé en IA Walter Pasquarelli.
Sur le même sujet – Deepfakes : comment Apple et Google profitent (malgré eux) de l’essor des applications qui dénudent les femmes
Pour autant, cette mesure est jugée bien trop extrême pour certains, qui appellent plutôt à un usage modéré et responsable de la technologie. Water Pasquarelli le reconnaît lui-même : « En refusant tout simplement de s'engager dans cette voie, la Commission européenne passe à côté d'une occasion de montrer l'exemple et d'illustrer ce à quoi ressemble réellement une utilisation responsable et transparente de l'IA dans la communication politique ».

D'autres, comme le dirigeant de l'agence de communication Exposure, Renout Van Zandycke, regrettent une décision motivée avant tout, selon lui, par la peur. Celle-ci « ne devrait pas vous paralyser au point de vous empêcher d'agir », estime-t-il, avant d'ajouter qu'« il est tout aussi dommageable de ne rien faire ». Mais peut-on vraiment avancer cet argument ? À l'heure où l'impact environnemental et sociétal de l'IA générative n'est plus à prouver, l'usage “éthique” et “responsable” prôné par ses défenseurs est-il seulement possible ? Peut-on éduquer à l'usage de l'IA en se servant des mêmes outils utilisés pour désinformer massivement et retirer toute l'essence et tous les enjeux d'une décision politique ?
Nul doute que la question fera débat dans les semaines et mois à venir au sein de l'Union européenne. Pourtant, nous sommes encore bien loin d'un texte de loi voté au Parlement et imposé à l'ensemble des États membres. Ces derniers ont encore tout le loisir d'avoir recours au deepfake pour discréditer un opposant politique si cela leur chante.