Le destin mystérieux de C/2019 Y4 ATLAS ou comment une occasion manquée est transformée en chance pour la science
C/2019 Y4 ATLAS est une comète qui intrigue particulièrement les astronomes : elle n’a en rien répondu à leurs estimations. Alors qu’elle aurait dû offrir un spectacle céleste à l’œil nu aux observateurs curieux, elle s’est finalement fragmentée. Et désormais, soit six ans plus tard, les chercheurs s’interrogent encore : ses restes errent-ils toujours dans le système solaire ?

En 2019, les astronomes du programme ATLAS (Asteroid Terrestrial-impact Last Alert System) ont découvert une comète : C/2019 Y4 ATLAS. Selon leurs estimations, cet astre glacé venu des confins du système solaire aurait dû, en passant à près de 37,5 millions de kilomètres du Soleil, réserver aux curieux un spectacle céleste visible à l’œil nu.
Mais tout ne s’est pas passé comme prévu : la comète a éclaté en dizaines de fragments. À la déception a succédé l’interrogation : que reste-t-il de C/2019 Y4 ATLAS ? Comme le rapporte Space.com, une équipe menée par Salvatore A. Cordova Quijano de l’Université de Boston s’est penchée sur son cas et, d’après elle, un morceau pourrait subsister en orbite.
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Le système solaire cache peut-être les débris de comètes « mortes »
Mais où est-il alors, ce fragment ? Les Lowell Discovery Telescope et Zwicky Transient Facility n’ont rien repéré. Mais ce n’est pas parce que l’on ne voit rien que cela n’existe pas. Selon les chercheurs, les restes de la comète pourraient ne pas avoir été décelés pour la simple raison que leur taille est en deçà du seuil de ce que les instruments peuvent détecter : il ferait alors moins d’un demi-kilomètre de diamètre.
Après la désintégration de C/2019 Y4, Hubble et d’autres instruments ont poursuivi leurs observations : ils ont identifié quatre amas de débris principaux. C’est le fragment B (l’un de ces groupes) qui pourrait encore errer dans l’espace. Mais son destin – et par conséquent celui de la comète dont il est issu – demeure un mystère, les experts n’ayant trouvé aucune trace dudit morceau dans leurs données. N’en reste-t-il plus rien ou seulement un fragment résiduel trop petit pour être détecté ? Nous ne le saurons sûrement jamais.
L’incertitude quant au sort de C/2019 Y4 laisse un goût d’inachevé aux scientifiques : ce phénomène constituait une rare occasion d’étudier la mort d’une comète. Mais mieux vaut voir le verre à moitié plein. Cette opportunité manquée en ouvre d’autres puisqu’elle est riche d’enseignements :
- les astronomes sauront pour la prochaine fois que la désintégration d’une comète nécessite des observations suivies et approfondies,
- mais ils ont aussi pu déterminer le moment idéal pour confirmer ou infirmer l’existence de fragments survivants : la réapparition de la comète (ou ce qu’il en reste) deux à trois mois après qu’elle est passée « derrière » notre Étoile.
Si le cas C/2019 Y4 importe tant aux chercheurs, c’est pour plusieurs raisons. D’abord, il soulève une question cruciale : « combien de comètes supposées désintégrées l’ont réellement été complètement, et certaines ont-elles pu survivre sous la forme d’un noyau réduit et inactif ? » Mais il apporte également des indices sur ce phénomène de dislocation. Il suffirait d’un exemple pour permettre aux chercheurs de mieux appréhender « la dynamique de désintégration des comètes », il n’y a plus qu’à se tenir prêt.