Ce ransomware piloté par une IA s’attaque désormais aux intelligences artificielles elles-mêmes
Les ransomwares visent d’ordinaire les documents et les bases de données des entreprises. Des pirates viennent de changer complètement de cible avec un logiciel taillé pour l’intelligence artificielle. Reconstruire un seul modèle détruit coûte parfois plusieurs centaines de milliers d’euros.

Les ransomwares suivent la même logique depuis des années. Les pirates chiffrent les fichiers d’une entreprise, puis réclament un paiement pour les rendre lisibles. L’intelligence artificielle a rendu ces attaques plus rapides et plus autonomes. DeepSeek s’est déjà montrée capable d’assembler seule un logiciel de rançon ciblant les photos, sans la moindre installation sur l’appareil. Les cibles traditionnelles restent pourtant les documents, les sauvegardes et les bases de données.
Un groupe de pirates baptisé JADEPUFFER vient de rompre avec cette habitude. Son nouveau programme malveillant, nommé ENCFORGE, cible en priorité les fichiers des systèmes d’IA. Les attaquants pénètrent les serveurs par une faille pourtant corrigée depuis longtemps. Les cyberattaques assistées par intelligence artificielle vont plus vite que les correctifs des entreprises, et ce décalage dure depuis plusieurs mois.
Le ransomware ENCFORGE chiffre environ 180 types de fichiers liés à l’intelligence artificielle
ENCFORGE ne ressemble à aucun rançongiciel classique. Selon le rapport de Sysdig, dont les chercheurs ont décortiqué le programme, environ 180 formats figurent dans sa liste de cibles. Le logiciel s’attaque aux poids des modèles, aux sauvegardes d’entraînement et aux bases vectorielles. Chaque fichier touché reçoit l’extension .locked, accompagnée d’une note réclamant un contact sous sept jours. Les pirates entrent par une faille de Langflow, un outil libre servant à créer des applications basées sur l’IA.
La facture dépasse de loin celle d’une attaque ordinaire. Reconstruire un modèle prêt pour la production coûte entre 75 000 et 500 000 dollars, soit environ 69 000 à 460 000 euros. Ce montant couvre les semaines de calcul et le travail des équipes techniques nécessaires au réentraînement. Une sauvegarde ne règle pas toujours le problème, puisqu’elle ramène l’entreprise à un état parfois vieux de plusieurs mois.
L’attaque se distingue enfin par ce qu’elle ne fait pas. Les chercheurs n’ont relevé aucun vol de données, aucun site de publication et aucun portail de paiement. Le chantage repose uniquement sur la destruction des modèles, sans la menace habituelle de divulgation. La faille visée par ENCFORGE est pourtant réparée depuis plus d’un an dans les versions récentes de Langflow. Les entreprises bâtissant leur activité sur l’IA ont tout intérêt à sauvegarder leurs travaux hors ligne.