Réparer smartphone et électroménager grâce à l’impression 3D, la France y pense
Le gouvernement vient de déposer un projet de décret auprès de la Commission européenne. Objectif : obliger les fabricants à fournir les plans de pièces détachées aux réparateurs pour les imprimer en 3D.

Pour réduire le nombre d'appareils électroniques jetés aux ordures, il n'y a pas 36 solutions : ils doivent être réparables facilement pour inciter les gens à ne pas les remplacer dès que quelque chose ne fonctionne plus. L'Union européenne pense la même chose, d'où l’introduction du droit à la réparation en 2024. Mais encore faut-il que cette dernière soit possible. Imaginez que le bouton d'allumage de votre vieille scie sauteuse rende l'âme. Vous savez que le remplacer suffirait, sauf que ça fait des années que cette pièce détachée n'existe plus.
Partant de ce constat qui vaut aussi bien pour nos smartphones, ordinateurs, appareils électroménager, vélos, voitures ou autres, la France veut agir. En l’occurrence, par l'intermédiaire d'un décret qui obligerait les fabricants et importateurs de ces produits à fournir, sur demande, les plans des pièces afin que les réparateurs puissent les imprimer en 3D. L'idée est séduisante sur le papier. Dans les faits, c'est plus complexe.
Les réparateurs pourraient facilement imprimer les pièces d'appareils en 3D
Le texte explique qu'à partir du moment où un professionnel de la réparation en fait la demande, le fabricant/importateur a 15 jours pour fournir le fichier “dans un format informatique standard” permettant “l'impression complète” de la pièce en 3D. Il n'existe pas de tel fichier ? Alors l'entreprise a 20 jours pour envoyer “les spécifications techniques nécessaires” afin que le réparateur le crée lui-même.
Lire aussi – L’impression 3D devient ultra-rapide grâce à ce système d’hologrammes projetés sur la résine
L'Alliance française des industries du numérique (Afnum), représentant entre autres Apple, Dell, Google, Lenovo et Xiaomi, n'est pas contre le principe. En revanche, elle tique sur les délais proposés. “Nous avions demandé à bénéficier de 30 jours pour répondre aux demandes, afin notamment de bien vérifier les droits de propriété intellectuelle. Le processus peut prendre du temps, suivant la personne qui réceptionne cette demande et le lieu de conception“, résume Philippe de Cuetos, son directeur des affaires techniques et réglementaires.
Le décret pour faciliter la réparation des appareils par impression 3D est-il une bonne idée ?
La propriété intellectuelle justement, est l'une des limitations qui apparaît à la lecture de la proposition française. En résumé : le détenteur des droits de la pièce demandée pourra refuser la transmission des informations. Idem si la pièce “ne peut pas être utilisée dans le respect de la sécurité des produits“. Et pour terminer, n'espérez pas réparer la touche du clavier de votre PC portable de 2021 : le décret est applicable uniquement aux produits mis en vente à partir du 1er janvier 2027.
Tous ces gardes-fous sont compréhensibles, mais ils limitent fortement l'impact du texte. À tel point que l'Afnum doute de son utilité à une époque où l'IA est omniprésente : “L’intelligence artificielle peut composer aujourd’hui des plans 3D à partir de mesures fournies par les internautes, tout en s’assurant qu’ils soient adaptés à l’imprimante“. Pour les consommateurs, et même de certains industriels, l'idée va dans le bon sens.
Lire aussi – Ce constructeur de smartphones réparables explose les compteurs alors que le marché mondial s’essouffle
Florent Birot, directeur d'un fab lab en Bretagne, raconte que “beaucoup de personnes viennent [le] voir pour des pièces qui ne sont plus fabriquées. Cela va du rideau de van au bouton de la perceuse en passant par le manomètre du lave-vaisselle. Nous avons beaucoup de pièces que nous refaisons en plastique par impression 3D“.
Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l’Union des fabricants (Unifab), estime que le décret serait favorable au pouvoir d'achat et à la protection de l'environnement : “Cela n’inquiète pas forcément les entreprises car la réalité est qu’assez peu de personnes proposent ce genre de service“.
La Commission européenne examine en ce moment la proposition française, sachant qu'elle prendra 3 mois pour le faire. À l'issue, elle délivrera un avis qui, selon les cas, obligera ou non le gouvernement à en revoir certains points.
Source : L'Informé