Lors d’un procès, il témoigne en répétant les réponses reçues via ses lunettes connectées
Un homme appelé à témoigner pendant un procès se faisait conseiller en direct et à distance à travers ses lunettes connectées. Son stratagème a été découvert et la juge n'a pas apprécié.

Les nouvelles technologies sont partout, alors pourquoi pas dans un tribunal ? On se souvient de la fois où un accusé assurant lui-même sa défense a fait diffuser une vidéo argumentaire mettant en scène un avatar généré par IA. Ici l'histoire est un peu différente puisque l'intelligence artificielle n'est pas sollicitée. Pas encore du moins. En janvier dernier au Royaume-Uni, un procès doit statuer sur la liquidation d'une entreprise lituanienne possédée en partie par Laimonas Jakstys, l'un des plaignants.
L'homme est amener à témoigner. Il parle peu anglais, aussi un interprète se charge de traduire les échanges. Très vite, la cour remarque que M. Jakstys a un comportement étrange : “Dès le début de son contre-interrogatoire, il semblait marquer de longues pauses avant de répondre aux questions qui lui étaient posées“, raconte la juge Agnello KC. Puis c'est au tour de l'avocate de la défense d'entendre des interférences autour du témoin. L'interprète aussi. C'est là que la combine est découverte.
Coaché à distance via ses lunettes connectées, un témoin est pris la main dans le sac
Il s'avère que Laimonas Jakstys porte des lunettes connectées. La juge lui demande de les retirer, ce qu'il fait. Et alors que l'interprète est en train de traduire la question suivante, une voix se fait entendre en provenance du smartphone du témoin. Les lunettes étant déconnectées, le son sort directement du mobile. Avant de continuer, les deux appareils sont confiés à l'avocat de M. Jakstys. Le contre-interrogatoire tourne court puisqu'à partir de là, l'homme ne répond presque jamais aux questions, disant qu'il ne les comprend pas.
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La juge lui demande de s'expliquer sur ce qu'il s'est passé, mais en vain : “M. Jakstys a nié utiliser ses lunettes intelligentes pour recevoir les réponses qu'il devait donner devant le tribunal aux questions qui lui étaient posées. Il a également nié que ses lunettes intelligentes aient été connectées à son téléphone portable au moment où il témoignait devant moi“. Le smartphone qui s'est mis à “parler” à voix haute ? Il pensait que c'était ChatGPT. Et si vous trouvez la justification absurde, il y a pire.
Malgré les preuves accablantes, le témoin refuse d'avouer l'usage de lunettes connectées
En examinant le journal d'appels de Laimonas Jakstys, on se rend compte qu'il a souvent contacté un certain “abra kadabra“, dont une fois juste avant de devoir prendre la parole devant la cour. Le témoin a une explication : c'est un chauffeur de taxi. Il devait juste lui dire qu'il ignorait quand il aurait terminé. Personne ne l'a cru, et au final la juge a rejeté l'ensemble de son témoignage. On ignore cependant qui aidait le témoin en direct à travers les lunettes. Découvrir son identité n'était pas une priorité de la cour lors de cette affaire.
Si tout ça peut faire sourire, il s'agit surtout d'une illustration de ce à quoi l'on peut s'attendre dans les prochaines années. L'avocate Saara Idelbi prévient : “Cette fois-ci, c'était un coach humain. La prochaine fois, ce sera l'IA“. Un avenir d'autant plus problématique que l'usage de tels procédés peut se faire discrètement.
“Dans ce cas précis, c'est l'interférence du signal qui a trahi [Laimonas Jakstys]. Un LLM diffusant du texte via un écran ou des lunettes connectées, ou du son via un écouteur, ne produirait peut-être pas ce même indice révélateur. Cette affaire nous montre à quel point les appareils portables connectés peuvent être dangereux“. Faudra-t-il à terme interdire ce genre d'appareils électroniques dans les tribunaux ? Certains y voient la solution la plus efficace.
Source : Legal Futures