Le vent solaire « lent » mérite-t-il encore son nom ? Une étude révèle qu’il est 4 fois plus rapide que prévu
Observer l’Univers, c’est un peu comme augmenter de niveau dans un jeu vidéo. Au fur et à mesure que l’on monte en compétences et perfectionne ses instruments, l’on (re)découvre des phénomènes qui remettent en question ce que l’on pensait. C’est le cas des vents solaires de type « lent » : une récente étude révèle qu’ils sont finalement bien plus rapides que prévu.

L’Univers regorge d’astres et de phénomènes difficiles voire impossibles à étudier puisque leurs conditions d’observation sont défavorables. Les scientifiques sont donc obligés d’avancer des hypothèses, jusqu’à ce qu’une fenêtre d’observation plus favorable ou de nouveaux instruments spécialisés voient le jour. C’est notamment le cas des novas rouges lumineuses : l’épais nuage de poussière les auréolant a longtemps empêché les astronomes d’identifier la nature de cet astre.
Mais il en va de même pour le vent solaire dit « lent » : il est situé dans la couronne – ou atmosphère solaire – qui est une zone extrêmement difficile à observer dans la mesure où elle est éclipsée par le disque lumineux du Soleil. Mais la mission Proba-3 de l'Agence spatiale européenne (ESA) est parvenue à étudier ce type de vent et révèle qu’il est jusqu’à quatre fois plus rapide que prévu.
Le vent solaire lent n’est pas aussi peu véloce qu’on le pensait
En réalité, la couronne solaire a déjà pu être observée, mais les conditions n’étaient pas optimales : les coronographes – des instruments spéciaux montés sur des télescopes terrestres – le permettent, mais ils masquent également la région de formation des vents solaires (celle de la couronne la plus proche de la surface de notre Étoile). Les éclipses totales sont aussi un moyen de l’observer, mais elles sont rares et très éphémères. C’est donc là qu’intervient Proba-3.
Cette mission repose sur deux satellites qui volent en formation à 150 mètres de distance afin de simuler une éclipse solaire : c’est ainsi que les vents lents de la couronne solaire ont pu être photographiés par les engins. Lancé en décembre 2024, Proba-3 a déjà recréé 57 éclipses solaires artificielles, lui permettant d’enregistrer 250 heures de vidéo haute résolution.

C’est ainsi que les scientifiques se sont aperçus qu’au lieu des 100 km/s attendus, les vents solaires lents de la couronne atteignent des vitesses allant jusqu'à 480 km/s – soit quatre fois plus rapides que prévu. Selon l’équipe de chercheurs, ce type de vent solaire naîtrait lorsque les lignes du champ magnétique solaire se brisent et se reconnectent.
Les mesures de cette étude, récemment publiée dans The Astrophysical Journal Letters et relayée par Space.com, révèlent aussi que son émergence n’est pas régulière – elle se fait sous forme de « bouffées » –, ce qui engendre, à petite échelle, des perturbations magnétiques. Mais le reste du processus reste un mystère… que ce premier jeu de données, associé à de nouvelles observations, pourrait aider à élucider.