Deux millions de trous noirs et d’étoiles mourantes surgissent d’un télescope à l’arrêt depuis quatre ans
Un télescope à l’arrêt depuis quatre ans continue de faire des surprises. Son dernier catalogue rassemble près de deux millions d’objets brûlants éparpillés dans le ciel. Du jour au lendemain, les astronomes ont doublé leur inventaire de l’univers le plus extrême.

Cartographier le ciel occupe les astronomes depuis des décennies. Chaque nouveau relevé attrape des objets plus faibles et repousse un peu plus les limites du visible. Récemment, les DESI Legacy Imaging Surveys ont réuni près de 4 milliards d’objets dans une seule image du ciel. Derrière ces inventaires géants se cachent ensuite des milliers de travaux scientifiques.
La lumière visible ne montre pourtant qu’une partie du décor. Certains objets brillent surtout en rayons X, et ce sont les plus violents du cosmos. Parmi eux figurent les trous noirs supermassifs, mais recenser ces monstres reste un casse-tête, au point que peser un trou noir assoupi devient un exploit. Un relevé publié cet été vient de changer l’échelle du problème.
Le télescope eROSITA a recensé près de deux millions de sources de rayons X
Le télescope allemand eROSITA a publié son deuxième grand jeu de données public. Selon le Max Planck Institute for Extraterrestrial Physics, ce catalogue baptisé DR2 rassemble près de deux millions de sources de rayons X et double d’un seul coup le nombre d’objets déjà répertoriés. Les mesures proviennent des trois premiers balayages complets du ciel, étalés sur 556 jours. Cette accumulation permet de repérer des signaux beaucoup trop faibles pour les relevés précédents.
Le détail du catalogue eROSITA impressionne. Plus de 1,9 million de sources sont ponctuelles, essentiellement des étoiles et des trous noirs supermassifs en train d’avaler la matière autour d’eux. Environ 64 000 autres apparaissent étendues, avec des amas de galaxies, des voisines proches et des vestiges d’étoiles explosées. Là où la contrepartie visible a été identifiée, 88 % correspondent à des systèmes lointains abritant un trou noir en pleine activité.
eROSITA a pourtant cessé ses observations scientifiques début 2022. L’instrument avait accumulé assez de balayages pour alimenter plusieurs publications successives, et la prochaine, baptisée DR3, est attendue pour 2028. En attendant, les astronomes tiennent un inventaire assez vaste pour suivre la croissance des trous noirs sur des milliards d’années. Il servira aussi à cartographier les plus grandes structures connues du cosmos.