Quatre fois plus brillant que la Lune, ce satellite menace ceux qui le pointeront avec un télescope
Une entreprise américaine s’apprête à vendre de la lumière du Soleil après la tombée de la nuit. Son premier satellite décollera d’ici quelques mois. Les astronomes, eux, préparent déjà les recours pour l’empêcher de voler.

Le ciel nocturne appartient de moins en moins aux étoiles. Des dizaines de milliers d’engins y circulent, laissant des traînées sur les clichés des observatoires. Ailleurs, la gêne touche des pratiques bien plus anciennes que l’astronomie moderne. En Nouvelle-Zélande, les communautés maories peinent déjà à distinguer Matariki dans un ciel saturé de lumière artificielle. Jusqu’ici, aucun de ces engins n’avait pour mission d’éclairer quoi que ce soit.
Un astre exceptionnellement lumineux ne pose pourtant pas forcément problème. Dans quelques années, l’explosion du système V Sagittae surpassera l’éclat de la Lune sans présenter le moindre danger pour la vision. Tout dépend de l’intensité, de la durée, de la façon dont la lumière parvient jusqu’à l’observateur. Reflect Orbital, une jeune pousse californienne, s’apprête à tester ces limites en orbite basse. Son engin ne se contentera pas de refléter passivement le Soleil, il visera des points précis à la surface.
Reflect Orbital reconnaît que son prototype Eärendil-1 éblouira jusqu’aux zones voisines
Reflect Orbital a reçu le feu vert de la Federal Communications Commission pour son prototype Eärendil-1. Il emporte un miroir en film de 18 mètres de côté, chargé de renvoyer la lumière solaire vers des zones déjà plongées dans l’obscurité. Son décollage est attendu d’ici la fin de l’année. Selon les documents déposés auprès du régulateur américain, l’éclairement atteindra 0,8 à 2,3 lux au sol, contre 0,05 à 0,3 lux pour la pleine Lune. Dans la zone visée, le faisceau apparaîtra quatre fois plus brillant que notre satellite naturel. À l’extérieur, il rivalisera avec Vénus. En cas de succès, des milliers d’exemplaires suivront, capables d’éclairer des parcelles de cinq kilomètres.
Le danger vient des instruments. Robert Massey, de la Royal Astronomical Society, redoute une cécité permanente pour l’amateur dont le télescope croiserait Eärendil-1. Un modèle courant de 12 pouces suffirait. Reflect Orbital a elle-même signalé ce risque dans son dossier. Quatre associations environnementales réclament aujourd’hui l’annulation de l’autorisation, tandis que DarkSky International exige une évaluation environnementale complète. De son côté, l’Observatoire européen austral a calculé que les méga-constellations projetées dépasseraient les limites tolérables pour l’astronomie au sol.