Les lunettes connectées deviennent l’outil d’une arnaque qui s’en prend aux femmes
Filmer quelqu'un à son insu dans la rue est devenu un jeu d'enfant avec les lunettes connectées. Certains en ont fait une arnaque, publiant les vidéos avant de réclamer de l'argent pour les effacer. Des victimes témoignent d'un sentiment de totale impuissance.

Les lunettes connectées s'imposent peu à peu dans le quotidien. Meta, Samsung et plusieurs autres marques multiplient les modèles pour séduire le grand public. Les Ray-Ban Meta ont récemment élargi leur public en intégrant des verres correcteurs, signe que ces appareils gagnent du terrain. Dotées d'une caméra discrète, elles permettent de filmer n'importe qui sans que personne ne s'en aperçoive.
Ces appareils commencent pourtant à être détournés à des fins malveillantes. Des escrocs avaient déjà été poursuivis pour avoir ciblé des passants depuis la rue à l'aide de la technologie mobile. Aujourd'hui, en Grande-Bretagne, une pratique similaire émerge chez certains influenceurs masculins. Ils filment des femmes à leur insu dans des lieux publics et publient les vidéos sur les réseaux sociaux. Puis ils monnayent leur suppression.
Une femme filmée à son insu avec des lunettes connectées se voit réclamer de l'argent pour effacer la vidéo
Une enquête de la BBC révèle le cas d'une femme prénommée Alice. Elle a été abordée par un inconnu portant des lunettes connectées dans un centre commercial londonien. Sans téléphone visible ni caméra apparente, l'homme l'a suivie et filmée à distance. La vidéo a été publiée sur les réseaux sociaux, où elle a accumulé environ 40 000 vues. Quand elle a demandé sa suppression en exprimant son malaise, l'auteur lui a répondu qu'il proposait ce retrait contre paiement.
Alice a porté plainte auprès de la police métropolitaine de Londres. Les enquêteurs n'ont pas pu progresser faute d'informations suffisantes. TikTok a finalement banni le compte pour harcèlement, et Meta a supprimé la vidéo republiée sur ses plateformes. La professeure Clare McGlynn, chercheuse en droit à l'Université de Durham, qualifie ce comportement de forme inédite d'extorsion. La vidéo est déjà publiée, et c'est le refus de la retirer qui constitue la menace. Des expertes réclament des mesures qui s'attaquent aux revenus publicitaires générés via ce type de contenu. Supprimer les vidéos ne suffit pas tant que les plateformes continuent d'en tirer profit.