Applications de rencontre : les modérateurs sont à bout face aux contenus insupportables

Une enquête menée auprès d’anciens et actuels modérateurs d’applications de rencontre montre qu’ils sont mis psychologiquement en danger par les contenus qu’ils ont à traiter.

SSPT applications de rencontres
Crédits : 123RF

Les applications de rencontre sont légion. En règle générale, on en parle quand elles ajoutent une fonctionnalité amusante, Tinder qui propose à votre mère de choisir votre futur rancard par exemple. Ou quand elles se basent sur des informations auxquelles on ne pense pas, comme The League qui pioche dans votre profil LinkedIn pour trouver votre âme sœur. Moins fréquemment, elles sont à l’honneur en cas de polémique. On pense à Crush (Friendly), application qui inquiète les parents.

En coulisse pourtant, toutes ont un point commun : elles exposent leurs modérateurs à des contenus traumatisants. Ana (ce n’est pas son vrai prénom) intègre les équipes de Grindr alors qu’elle a un peu plus de 20 ans. Quelques années plus tard, elle quitte son emploi avec un diagnostic de dépression, d’anxiété, et de syndrome de stress post-traumatique. “J’étais tellement angoissée que lorsque je suis sortie faire des courses, j’ai perdu connaissance à deux reprises”, raconte-t-elle. Ana n’est pas un cas isolé. De nombreux modérateurs, en poste ou non, relatent des conséquences similaires.

Les modérateurs d’applications de rencontre sont souvent confrontés à des contenus insoutenables

Chaque fois que vous signalez un contenu sur un application comme Grindr, Bumble, Hinge ou autre, le message atterrit chez un modérateur. Ce dernier doit décider si l’utilisateur incriminé mérite d’être banni, et s’il faut escalader le cas à une équipe en charge des situations complexes. On parle ici de situations d’abus sexuels, de violences homophobes, de pédophilie, voire de meurtres. Un jour, plusieurs modérateurs de Grindr reçoivent un signalement. En pièce jointe, des photos montrent un enfant abusé sexuellement. “Trois d’entre nous sont partis ce jour-là… Ils n’ont pas pu le supporter”, se souvient l’un des concernés.

Toujours chez Grindr, les 14 anciens modérateurs interrogés se rappellent tous de cas de ce genre. La détresse psychologique des membres de l’équipe devenait palpable.”Les gens pouvait la sentir… Ils remarquaient la tension, l’hostilité de l’environnement. C’était horrible”. Pour l’un d’eux au moins, la situation a conduit à des tentatives de suicide, pendant et après son contrat dans l’entreprise. Les employés subissent souvent en silence, de peur de perdre leur emploi et d’avoir du mal à en trouver un autre. Du côté de la direction, ces problèmes sont la plupart du temps éludés au profit de la productivité.

Moins d’effectifs, plus de pression, les modérateurs sont souvent seuls face aux situations difficiles

Au fil des ans, les applications de rencontre, marché très lucratif ayant rapporté 2,6 milliards de dollars en 2022, cherchent à maximiser leurs profits. Toutes réduisent les équipes de modération locales (américaines) pour délocaliser ces tâches au Honduras, Mexique, Brésil, en Inde, aux Philippines… Où le salaire moyen est beaucoup plus bas qu’aux États-Unis. Sauf que le nombre de signalements ne diminue pas, au contraire. Laura (c’est un pseudonyme), ex-membre des équipes en charge des cas escaladés par les modérateurs chez Bumble, se souvient.

Lire aussi – Tinder : cette IA se propose de décrocher des rendez-vous à votre place sur le site de rencontre

Si la FAQ du site affirme qu’un signalement est traité en 48h, c’est en réalité beaucoup plus long. Ils ne sont pas examinés pendant des semaines parfois, malgré leur gravité. “Il n’y avait pas assez de personnel pour couvrir la quantité de choses qui se produisaient. Plutôt que d’embaucher […], ils nous ont mis la pression pour que nous obtenions de meilleurs chiffres”. Les rapports sont traités selon un système de file d’attente avec un code couleur. Ils sont rouges s’ils sont là depuis trop longtemps. “Tout était toujours rouge, tout le temps”, confie Laura.

Ce travail en sous-effectif n’est pas sans conséquence. En attendant que le dossier soit traité, l’utilisateur potentiellement dangereux peut toujours sévir. Sur Hinge, une femme a signalé une agression sexuelle après un rendez-vous. Faute de moyens suffisants, il a fallu attendre qu’elle poursuive l’homme en justice un an plus tard pour qu’il soit enfin banni de l’application. Les directions des différents sites et applis de rencontre assurent pourtant qu’elles prennent le problème très au sérieux.

Des équipes de soutien psychologique sont mises en place, avec une attention particulière aux modérateurs. Des formations spécifiques sont également prévues à l’embauche puis tout au long de la carrière. Sarah Bauer, porte-parole de Grindr, indique que l’entreprise “continuera à investir massivement” dans des processus d’automatisation qui protègent les modérateurs des contenus difficiles.

Source : Wired

Réagissez à cet article !

Demandez nos derniers articles !

L’iPhone 18 hériterait de deux nouveautés jusqu’ici réservées aux modèles les plus chers d’Apple

Les rumeurs se contredisent depuis des semaines sur la fiche technique de l’iPhone 18. Un analyste réputé vient de trancher, et son verdict rassure. Apple préparerait un modèle bien moins…

Attention à cette extension Chrome : elle cache un malware dans un faux popup de mise à jour du navigateur

Si vous voyez un popup vous demandant de mettre le navigateur Chrome à jour, faites attention : c’est peut-être un malware déguisé. Une extension précise serait à l’origine de ces…

Firefox dispose enfin de son propre bloqueur de publicités intégré sur iPhone, voici comment l’activer

Mozilla teste actuellement un bloqueur de publicité directement intégré à la version iOS de Firefox. La fonctionnalité permet d’intercepter les requêtes publicitaires avant même qu’elles ne soient affichées par le…

Le Pixel 11 Pro XL se fait déjà écraser par le Galaxy S26 Ultra dans ce premier benchmark

Le Pixel 11 Pro XL apparaît dans un premier benchmark avec des performances très en retrait face au Galaxy S26 Ultra. Son nouveau processeur accuse surtout un énorme retard en…

Inscrit à Bloctel ? Votre numéro de téléphone est entre les mains de pirates

La DGCCRF annonce le piratage de Bloctel. Le fichier récupéré par les pirates contenait 3 millions de numéros de téléphone, dont ceux de 600 000 inscrits au service. Redoublez de…

Est-ce que les Pixel 11 de Google possèdent un capteur de température ?

Lancé avec les Pixel 8, le capteur de température s’est retrouvé dans les Pixel 9 et les Pixel 10. Mais les Pixel 11 y ont-ils droit eux aussi ? Google…

81% des utilisateurs de Windows ne veulent pas utiliser Microsoft Edge, selon un récent sondage mené par… la concurrence

Microsoft s’est encore attiré les foudres de la Browser Choice Alliance, l’association qui regroupe de nombreux navigateurs web. Toujours dans le but de dénoncer les pratiques abusives de la firme…

Ce géant américain compte sur Samsung pour rendre ses futures voitures électriques plus performantes

General Motors s’associe à Samsung SDI pour développer une nouvelle génération de batteries destinées aux voitures électriques. Le constructeur américain vise des cellules plus denses en énergie et capables de…

Star Wars et Marvel fusionnent dans le comics Hope Assembles pour un improbable crossover

Pour la première fois, les personnages de Star Wars vont rencontrer les héros de chez Marvel. Une série de comics est en préparation pour mettre en scène Luke Skywalker et…

Quick Share se rapproche encore un peu plus d’AirDrop en copiant cette fonctionnalité bien pratique

Google vient de déployer une nouvelle mise à jour pour Quick Share, sa fonctionnalité de partage de fichiers inspirée d’AirDrop. Et justement, cette inspiration vient de passer au cran au-dessus,…