Test 007 First Light : le jeu d’action-aventure pop-corn qu’on espérait, mais le nouveau James Bond doit encore mûrir un peu

007 First Light
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007 First Light constitue à la fois le retour de James Bond auprès du grand public près de cinq ans après le dernier long métrage mettant en scène le célèbre agent secret britannique, mais aussi et surtout son retour dans l’univers du jeu vidéo après pratiquement quinze ans d’absence. C’est au studio danois IO Interactive, spécialiste du jeu d’infiltration avec la licence Hitman, que revient l’honneur de revisiter le mythe de 007 à travers un jeu d’action-aventure à grand spectacle qui semble également (voire davantage) s’inspirer de la très populaire série Uncharted de Naughty Dog…

007 First Light
Crédit : IO Interactive / Amazon MGM Studios

Ce test a été réalisé sur PlayStation 5 Pro à partir d’une clé fournie par l’éditeur.

Lorsque IO Interactive a enfin dévoilé en juin 2025 ce qui se cachait derrière son “Projet 007” annoncé en 2020, les observateurs étaient unanimes. Les créateurs de la série Hitman semblaient à la fois légitimement tirer parti de leur expérience du jeu d’infiltration, ce qui paraissait évident pour adapter une histoire d’espionnage, mais ils avaient surtout l’air de s’inspirer d’une valeur sûre de l’industrie. En effet, quoi de mieux pour adapter une licence très cinématographique que ce qui se fait de mieux en termes de jeu d’action-aventure à grand spectacle depuis près de vingt ans ? 007 First Light, puisque c’est son nom, avait en effet tout de l’enfant illégitime de Hitman et d’Uncharted, exclusivité PlayStation très appréciée de millions de joueurs à travers le monde, et sans véritable héritier depuis un quatrième épisode acclamé, mais déjà vieux de 10 ans.

007 First Light

Avec sa nouvelle production, IO Interactive a tenté un double pari assez fou : récupérer l’auto-édition d’un jeu vidéo basé sur une licence forte de la pop culture, et parvenant à séduire Amazon MGM Studios avec un projet visant en outre à réécrire le mythe. L’équipe dirigée par Hakan Abrak entend en effet jouer la carte de l’origin story, à travers un scénario 100% inédit ne se basant sur aucun des livres ou films de la franchise James Bond, afin d’expliquer comment ce jeune officier de la marine britannique a intégré les services secrets. Avec 007 First Light, Bond doit se faire un nom, et c’est un pari plutôt audacieux que cherchent à relever les créateurs de Hitman. Autant être honnêtes : ce titre nous a fait passer par beaucoup de sentiments contrastés, nous faisant réaliser combien le défi était délicat à relever, mais aussi à quel point IO Interactive est un studio talentueux…

 

Le retour de l’espion qu’on aimait

On ne peut pas reprocher à IO Interactive de nous avoir caché des choses. Le studio danois promettait une prise de contact avec un James Bond qui n’est pas encore 007, et c’est chose faite dès son introduction, spectaculaire et qui nous met dans l’ambiance, où ce jeune membre de la Navy survit miraculeusement à un crash d’hélicoptère. Se retrouvant malgré lui à déjouer une étrange conspiration tout en étant guidé par une supérieure hiérarchique improvisée dans son oreillette, notre héros témoigne vite de toute l’insubordination qui le caractérisera durant une vingtaine d’heures de jeu où l’on redoute de devoir incarner un post-adolescent aussi rebelle que casse-cou. Les premières heures de 007 First Light sont en effet moyennement engageantes, et pour ne rien vous cacher, on s’était même dit qu’en cas de notation sur 10, il n’était pas garanti de lui attribuer un “007/10” pour la blague.

007 First Light

En effet, l’introduction se déroulant en Islande a beau être bien mise en scène et efficace dans son fil conducteur narratif, elle met vite en lumière certaines lacunes de game design que va se traîner 007 First Light tout du long, bien qu’il témoigne d’une capacité quasi surnaturelle à les faire pardonner voire tout simplement oublier. Si le jeu d’IO Interactive est parfaitement fluide (les 60 images par seconde ne sont jamais prises à défaut) et se prend bien en main, le mapping de touches de la manette n’est pas un modèle d’ergonomie. En outre, ses animations sont quelque peu datées, et la linéarité ainsi que les scripts qui jalonnent la progression inquiètent assez vite quant à la liberté d’action ainsi que les possibilités que sont supposées offrir les séquences d’infiltration. Et surtout, mais ça on le savait déjà, aucun  doublage autre que l’anglais original n’est proposé (une honte pour une licence aussi importante de la pop culture et une production aussi importante !), rendant encore plus inexcusable la synchronisation labiale très aléatoire.

007 First Light

Tuer n’est pas jouer

Hélas, les deux chapitres qui suivent ne font que confirmer la première tendance d’un jeu aux promesses pas toujours bien tenues. La proposition de game design semble initialement d’une richesse assez folle, grâce à deux très bonnes mises en bouche sur le fond. L’aventure commence par un camp d’entraînement à Malte qui permet au jeune Bond (mis à l’essai suite aux événements en Islande où il a sauvé plusieurs agents du MI6) d’apprendre les ficelles du métier, et donc les mécaniques de gameplay principales : l’infiltration, le combat, le tir et la conduite. Ce qui, hélas, permet de vite cerner les limites de ces phases manette en main. S’ensuit alors l’exploration du laboratoire de Q dans les sous-sols du MI6 (un des innombrables hommages à une saga parfaitement respectée en termes de fan-service), qui nous laisse espérer une kyrielle de possibilités d’infiltration à base de diversions, leurres et gadgets loufoques en tous genres.

007 First Light

Le problème, c’est qu’au terme de son premier chapitre vraiment dense et complexe, 007 First Light a le temps de nous montrer qu’il maîtrise assez mal, ou de façon inégale, tous les aspects du gameplay qui font sa richesse et sa diversité. L’infiltration a beau partir sur d’excellentes bases (l’utilisation des gadgets passant par la recharge de leurs batteries sur des objets de l’environnement), on finit par la laisser tomber au profit de combats à mains nues et/ou armés, sachant que cela n’est pas vraiment anormal dans l’univers de James Bond. À tel point que l’on se dit que les créateurs de Hitman l’ont fait délibérément, estimant que cette licence n’est pas la leur et qu’ils se devaient de rendre l’échec d’une tentative d’infiltration bien moins punitif, afin de mettre en scène des bastons d’anthologie où la jeune recrue du MI6 détruit tout sur son passage, du décor à ses adversaires en passant par de magnifiques bolides hélas assez peu plaisants à conduire. Parce que oui, les séquences de conduite ne sont pas dingues non plus question feeling, heureusement elles sont rares et ont l’avantage d’être très bien mises en scène. C’est déjà ça.

007 First Light

Ainsi, au terme d’un bon premier tiers de jeu, qui nous aura quand même fait explorer quatre pays et environnements totalement différents (et particulièrement détaillés et bien modélisés, il faut l’admettre !), le constat est presque inquiétant compte tenu de ses ambitions. Comme le titre d’IO Interactive présente encore quelques bugs, des textures pas toujours reluisantes (les effets de fumée sont particulièrement vilains), que ses temps de chargement sont proprement inacceptables sur une PS5 Pro et que la plupart de ses mécaniques de gameplay sont parfois brouillonnes, on aurait pu redouter sincèrement le pétard mouillé. Sauf qu’à notre grande surprise, 007 First Light se bonifie comme un bon vin au fil de l’avancée de son scénario, et on a rarement vu un jeu vidéo nous faire aussi radicalement changer d’avis après des débuts presque préoccupants.

007 First Light

Un jeu généreux, rien que pour nos yeux…

Les relations complexes que James Bond entretient avec ses supérieurs et ses collègues du MI6 l’empêchent-elles de se débrider ? Possible. En attendant, une fois passé un certain élément essentiel du scénario (que nous tairons bien entendu), tout commence à s’accélérer. Le rythme du jeu d’IO Interactive devient plus soutenu, la narration déjà solide gagne encore plus en maturité (surtout au niveau de l’introspection de ses personnages) et en intensité. Mais surtout, assez étrangement, les errances de gameplay qui plombaient quelque peu les premières heures tendent à se faire oublier. Il faut dire que le studio danois a très bien compris comment faire un bon jeu d’action-aventure pensé pour rivaliser avec les références du septième art, et s’est clairement inspiré des meilleurs : si certaines séquences flirtent avec le plagiat de passages cultes d’Uncharted (le 3 et le 4, surtout), la relative linéarité de l’aventure permet d’éviter les temps morts et d’offrir la dose de cascades spectaculaires et d’escalades vertigineuses dont on avait bien besoin.

007 First Light

Mieux encore : le scénario véritablement haletant que nous propose 007 First Light contribue énormément à l’immersion du joueur, gommant facilement de petits défauts de conception qui perdent grandement en importance au fil des événements. Ce n’est pas si grave si les séquences de grimpette sont scriptées, si l’on finit par davantage se bagarrer avec les ennemis plutôt que de créer d’habiles diversions, ou encore si tenter d’étourdir ou d’aveugler un personnage pour lui faire les poches se fait sans grande discrétion tant l’intelligence artificielle des PNJ est loupée. Après tout, les films James Bond ont toujours été quelque peu fantaisistes, et pas très réalistes. Heureusement, le jeu récompensera les plus patients et méticuleux, qui souhaiteront profiter de la profondeur d’un gameplay pas punitif pour un sou, à travers une jolie quantité de défis optionnels permettant de tester la grande variété des situations sur les phases d’infiltration et d’enquête. On peut la jouer pacifiste, limiter les interactions avec tel ou tel personnage, trouver tel raccourci, utiliser un nombre limité de munitions, ou exploiter un élément spécifique du décor ou de l’environnement pour progresser dans l’exploration ou remporter un affrontement.

007 First Light

Puisque l’on en parle, sachez que pour un jeu 100% solo, 007 First Light est très généreux en termes de contenu. Outre ces fameux défis qui offriront une grande rejouabilité à un titre dont la durée de vie en ligne droite est déjà solide (comptez bien 20 heures, et davantage si vous fouillez pour trouver les nombreux collectibles !), le titre d’IO Interactive propose un mode annexe en marge du scénario appelé Simulations Tactiques, où l’un des personnages inédits du MI6 également présents dans le scénario vous proposera plein de missions sous forme d’expérience en réalité virtuelle, et où vous pourrez comparer vos scores avec les joueurs du monde entier. Il ne serait pas surprenant que les créateurs de Hitman reproduisent ici l’expérience de Hitman: World of Assassination en ajoutant régulièrement de nouvelles missions à ce mode aussi facultatif que bien fichu.

007 First Light

Bons baisers du monde entier

En attendant, si la formule finit par faire autant mouche, c’est tout simplement parce que IO Interactive a compris comment faire un bon jeu vidéo James Bond. En intégrant la nouvelle recrue du MI6 dans un programme d’entraînement musclé avant de l’envoyer sur le terrain faire ses preuves, 007 First Light nous permet de vivre une véritable expérience initiatique qui construit un personnage iconique sans jamais trahir ce qui a fait sa renommée. Des réceptions mondaines aux parties de cache-cache dans des conduits d’aération en passant par des courses poursuites en bateau ou en camion poubelle (!), jusqu’aux négociations musclées avec des pirates sans foi ni loi, les univers et situations font preuve d’une variété phénoménale et toujours extrêmement détaillée et bien mise en scène.

007 First Light

En outre, si l’on a pu déplorer en amont une réalisation parfois un peu datée, il faut reconnaître que le moteur graphique maison de IO Interactive brille de mille feux. “Glacier” (c’est son nom) permet non seulement de nous offrir des panoramas splendides à couper le souffle, mais il gère avec une efficacité toute particulière les jeux de lumière et surtout la foule dense dans laquelle Bond tente d’évoluer incognito. La boîte de nuit londonienne en début de jeu, mais aussi le château rempli de VIP ou encore le marché clandestin en Afrique subsaharienne sont tout autant de témoins indiscutables de la qualité du travail d’un studio perfectionniste, soucieux du détail, et qui a accouché d’une production remarquable visuellement, surtout quand on voit que les 60 images par seconde ne sont jamais prises à défaut. Le monde ne suffit pas, il faut aussi le rendre beau.

007 First Light

Ainsi, après l’Islande en introduction, Bond sera envoyé en formation à Malte, puis en mission dans un hôtel de luxe slovaque, avant de partir à la poursuite d’un espion renégat dans le désert mauritanien, le tout entrecoupé d’allers-retours à travers une capitale britannique dont les toits et les rues sont magnifiquement modélisées. Jamais ce tour du monde ne manque de cohérence, tant l’évolution scénaristique du titre est solide, et se construit autour de personnages forts et bien interprétés, qu’il s’agisse des noms bien connus du MI6 (M, Q, Moneypenny) ou de seconds rôles inédits, le mentor de Bond en tête. John Greenway est un personnage particulièrement marquant que l’on n’oubliera pas, et que dire de l’antagoniste principal qui laisse supposer que IO Interactive a des comptes à régler avec l’intelligence artificielle et les magnats de la tech. On déplorera juste un trop petit rôle joué par certains “méchants de James Bond” au potentiel assez dingue, mais terriblement sous-exploités pour notre plus grande tristesse.

007 First Light

Bond s’est fait un nom

En attendant, la plus grande réussite de ce 007 First Light, c’est James Bond lui-même. Alors que l’on redoutait une tête à claques immature ressemblant davantage à un Peter Parker maladroit et lourdingue qu’au plus grand sex-symbol du Royaume-Uni, ce jeune Bond campé par Patrick Gibson est extrêmement convaincant dans ce rôle, et ce même lorsqu’il tente sa chance avec plus ou moins de succès auprès des potentielles “Bond girls” (la principale, incarnée par l’actrice franco-japonaise Noémie Nakai, est une autre belle découverte du casting). Pas encore trop à l’aise avec la gent féminine, ses choix de cocktails ou encore la manière de nouer un nœud papillon, un peu gaffeur, mais charismatique et plein d’humour, on s’attache étonnamment vite à celui qui rêve de devenir un “00” et surtout, la manière dont le héros mûrit au fil de l’aventure est particulièrement appréciable. On en vient même à se dire que finalement, il y a peut-être un rôle à jouer pour le jeune acteur irlandais, à l’heure où Amazon MGM Studios n’officialise toujours pas celui qui succédera à l’iconique Daniel Craig dans la peau de l’agent 007.

007 First Light

Plus le temps passe dans 007 First Light, plus on se dit en effet que certains talents du studio danois mériteraient une pige du côté de la production du prochain film afin d’y enrichir leur CV. On ne va pas tout vous dire, mais le générique d’intro est totalement à la hauteur de celui des longs-métrages, tout comme le thème officiel “First Light” chanté par Lana del Rey. La bande originale du jeu est cependant peut-être un de ses rares axes d’amélioration : trop discrète, elle sait heureusement éviter le piège de la redite et du fan-service inutile et maladroit, ne faisant apparaître le thème iconique composé par Monty Norman qu’en filigrane durant l’aventure. Ainsi, il évolue au fil de l’accomplissement de James Bond en tant qu’agent secret, ne se dévoilant complètement que lors du générique final venant sanctionner une aventure prenante et spectaculaire.

007 First Light

Au final, au moment où apparaissent les crédits de fin, la sensation qui prédomine est davantage celle d’avoir joué à un très bon jeu vidéo, et surtout à une très bonne réécriture du mythe de James Bond. Si pas mal d’imperfections restent à corriger, on sent clairement que IO Interactive avait très envie d’offrir à l’agent 007 une “origin story” de qualité et à la hauteur des ambitions qu’une franchise aussi culte mérite. Régulièrement très beau et d’une fluidité impeccable, il constitue probablement le meilleur jeu d’action-aventure très cinématographique de ce calibre sur une génération de machines qui manque cruellement d’une référence du genre – quelque peu la faute à Naughty Dog dont la prochaine production se fait toujours désirer. Et croyez-nous sur parole, un bon jeu vidéo bien “pop-corn” comme ce 007 First Light, ça fait du bien.

007 First Light

Note finale du test : 007 First Light

Quel plaisir de retrouver James Bond dans de telles conditions ! Tout au long de la bonne vingtaine d’heures de jeu que nous propose IO Interactive, 007 First Light nous fait vivre une aventure passionnante et effrénée sous forme d’origin story du plus célèbre des espions, dont le retour sur consoles et PC est une vraie réussite. Toutefois, tout n’est pas parfait : entre une optimisation inégale, une richesse de proposition de gameplay jamais vraiment maîtrisée et l’absence plus que regrettable de doublages français, le studio danois auteur de la mythique série Hitman a encore un peu de pain sur la planche avant que sa vision de 007 n’atteigne la pleine maturité. En attendant, on reste sur une expérience très satisfaisante qui constitue à coup sûr l’un des meilleurs jeux d’action-aventure de l’année, à savourer sans modération.


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