Payé pour défendre les victimes de ransomwares, il complotait en secret avec les hackers
Certaines entreprises font appel à des négociateurs pour limiter les dégâts d'une attaque par ransomware. L'un d'eux exploitait plutôt cette position de confiance pour renseigner les pirates. La justice américaine vient de lui infliger une peine de prison exemplaire.

Face à une attaque par rançongiciel, une entreprise se retrouve souvent démunie. Ses fichiers deviennent inaccessibles et les pirates réclament une somme énorme pour les libérer. Beaucoup de sociétés font alors appel à des négociateurs spécialisés, censés limiter la casse et abaisser le montant exigé. Ces intermédiaires occupent une position de confiance délicate, à l'heure où des gangs de rançongiciels bien structurés visent en masse les entreprises américaines.
Un ancien négociateur du nom d'Angelo Martino vient de faire voler cette confiance en éclats. Ce professionnel de la cybersécurité, employé par une société américaine de réponse aux incidents, a exploité son poste pour trahir ceux qu'il devait défendre. Sa mésaventure judiciaire rejoint la longue liste des affaires liées aux ransomwares, un secteur criminel que les autorités traquent sans relâche. Europol a par exemple neutralisé un VPN clandestin utilisé par des groupes de rançongiciels pour se soustraire à la police.
Le négociateur trahissait les entreprises pour gonfler les rançons du gang BlackCat
Angelo Martino s'était rapproché du gang BlackCat dès avril 2023. Selon le communiqué du Department of Justice, cet homme fournissait aux pirates des informations confidentielles sur la stratégie de négociation des entreprises accompagnées. Ces renseignements permettaient au groupe de gonfler les rançons réclamées à cinq sociétés américaines. L'une d'elles a fini par verser 1,2 million de dollars (près de 1,1 million d'euros) en Bitcoin. Le négociateur et deux complices ont même déployé eux-mêmes le rançongiciel contre certaines cibles. Les cinq victimes ont réglé au total plus de 75 millions de dollars (environ 69 millions d'euros) en 2023.
La justice américaine a condamné Angelo Martino à 70 mois de prison. Le Floridien perd aussi 10 millions de dollars d'actifs saisis. Les autorités ont récupéré des cryptomonnaies, des véhicules et un bateau de pêche de luxe. Il devra reverser 10 % de ses futurs salaires pour indemniser les victimes. Ses deux complices avaient déjà écopé chacun de quatre ans de détention au printemps. L'affaire montre que les Américains redoutent désormais autant les traîtres internes que les hackers eux-mêmes.