Ligue du LOL : qu’est-ce que c’est et qui est impliqué

Maj. le 26 février 2019 à 12 h 17 min

La Ligue du LOL est un groupe de journalistes, communicants et publicitaires qui s’organisaient via un groupe Facebook pour harceler pendant des années leurs cibles sur le web, notamment des femmes et des minorités. Nous vous expliquons tout cela. 

ligue du lol

Si vous êtes présent sur Twitter ou que vous lisez régulièrement la presse, vous avez sans doute vu passer messages et articles parlant de la « Ligue du LOL ». Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pourquoi le scandale n’éclate-t-il que maintenant ? Qui est impliqué ? Quelles répercussions ? Autant de questions auxquelles nous allons répondre dans ce dossier.

La Ligue du LOL, c’est quoi ?

Le 8 février 2019, Checknews, la section fact-checking de Libération, publie un article intitulé La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ?, dans lequel des femmes témoignent avoir été victimes de harcèlement sur les réseaux sociaux il y a quelques années de cela. « Elle désigne le nom d’un groupe privé Facebook, créé par Vincent Glad à la fin des années 2000 [en 2009]. Y ont figuré, et y figurent encore, une trentaine de personnes pour la plupart issues de nombreuses rédactions parisiennes, du monde de la publicité ou de la communication », explique l’article. Après des années de rumeurs, on a enfin un réponse ferme : « sans aucun doute, la Ligue du LOL existe ».

A la base, le concept était de regrouper des personnages influents du milieu pour partager des idées et des liens sur un groupe Facebook. Sauf que ce qui avait été créé comme étant un espace d’échange s’est vite transformé en un lieu de haine où le petit jeu consistait à se trouver des victimes à harceler, notamment sur Twitter. Les cibles favorites des membres de la Ligue du LOL étaient des féministes et des personnes étiquetées LGBTQ. Mais les minorités en général constituaient leur souffre-douleur.

Leur mode opératoire : s’attaquer à plusieurs à des personnalités identifiées, par exemple en critiquant des articles de jeunes journalistes, en s’acharnant, et lançant régulièrement des petits messages dévalorisants. Avec leurs comptes suivis par plus de 5000 followers, ils amènent en plus avec eux d’autres internautes qui se joignent au lynchage. Cela peut durer des mois, voire des années. C’est cette persécution sur le long-terme que retiennent notamment les victimes qui se sont exprimées. Pour certaines d’entre elles, c’est même allé bien plus loin avec des insultes, des menaces de mort, des photomontages humiliants (mettre le visage sur celui d’une actrice pornographique) et des canulars téléphoniques (fausses propositions de collaboration professionnelle notamment).

Les membres de Ligue du LOL

La Ligue du LOL était constituée de plusieurs dizaines de personnes. Certaines étaient activement impliquées dans les cas de harcèlement, d’autres suivaient le mouvement tandis que d’autres se contentaient de laisser faire sans forcément participer. On retrouve pour l’écrasante majorité des hommes blancs, qui avaient un peu plus de 20 ans à l’époque des faits. Certains se sont connus lors de leurs études, comme à l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille par exemple.

Voici les noms qui reviennent le plus régulièrement d’après les différents témoignages, certains ont admis en avoir fait partie, d’autres se terrent dans le silence :

  • Vincent Glad, créateur, journaliste (Libération/Brain Magazine)
  • Henry Michel, producteur/réalisateur de podcast
  • Alexandre Hervaud, journaliste (Libération)
  • David Doucet, journaliste (Les Inrockuptibles)
  • Stephen des Aulnois, journaliste (Le Tag Parfait)
  • Guilhem Malissen dit PornKid, youtubeur/podcasteur (Masculin Singulier)
  • Baptiste Fluzin, publicitaire
  • Renaud Loubert-Aledo alias ClaudeLoup, publicitaire
  • Clément Poursain, dit thelightcarrier, directeur vidéo (Topito)
  • Sylvain Paley (Studio 404)
  • Olivier Tesquet, journaliste (Télérama)
  • Christophe Carron, directeur de la rédaction (Slate)
  • Vadim Poulet, publicitaire
  • Guillaume Livolsi, dit Lapin Blanc
  • Gautier Gevrey dit woumpah, directeur artistique (mairie de Paris)
  • Clément Andreoli dit KLeM
  • François-Luc Doyez dit fluc, publicitaire
  • Bertrand Degove, réalisateur
  • Mathieu Géniole, communiquant politique
  • Julien Le Rouvreur dit jfdescelestins
  • Guillaume Ledit, journaliste Usbek & Rica
  • Loic Rechi, journaliste

Les victimes de la Ligue du LOL

De nombreuses victimes ont partagé leur malheureuse expérience sur les réseaux sociaux et les médias. Côté tech, le blogueur Korben en fait partie. « Mis à part 2 menaces de mort à mon encontre, plusieurs mails anonymes, le pourrissement systématique des commentaires de mon blog, des articles entiers sur des blogs déblatérant de la merde sur moi, et quelques détournements de photos, le reste était en grande majorité constitué de petites réflexions, de sales blagues, d’analyses biaisées de mes écrits, de méchancetés ou de moqueries qui prisent séparément pouvaient sembler méritées, anodines, ou d’un niveau de cour de récré. Du trolling. Mais ce qui faisait vraiment la violence de tout cela, c’était la répétition et le nombre de personnes. C’était terrorisant », raconte-t-il sur son blog.

Les cibles principales des harceleurs sont des femmes du même milieu qu’eux, mais aussi des hommes qui ne répondent pas aux standards de la virilité, ou qui défendent des causes féministes ou LGBTQ.

Voici une liste (partielle) des victimes connues à ce jour, qui se sont exprimées sur les réseaux sociaux suite à cette série de révélations :

  • Nora Bouazzouni
  • Florence Desruol
  • Cyprien Iov
  • Matthias Jambon-Puillet
  • Korben, blogueur tech
  • Aïcha Kottman
  • Benjamin Lancar
  • Daria Marx, blogueuse, cofondatrice du blog Gras Politique
  • Capucine Piot, blogueuse
  • Florence Porcel
  • Christophe Ramel, cofondateur du blog Kriisiis
  • Mélanie Wanga, créatrice du blog Quoi de meuf
  • Léa Lejeune, journaliste
  • Le blogueur « Megaconnard »
  • Daphné Burki
  • Lâm Hua

Sanctions et conséquences

Les rédactions ont rapidement réagi en sanctionnant leurs collaborateurs impliqués dans l’affaire. Parmi les personnages les plus cités, Vincent Glad et Alexandre Hervaud ont été mis à pied par Libération à titre conservatoire. Une enquête interne a été ouverte à leur encontre. Le premier cité a également été écarté de Brain Magazine. David Doucet, rédacteur en chef des « Inrocks » et considéré comme l’un des membres les plus actifs a été également été mis à pied. Une procédure de licenciement pour faute grave a été engagée.

Stephen des Aulnois a démissionné de son poste au sein du Tag Parfait, le site sur la culture porno dont il était le fondateur. Renaud Loubert-Aledo, qui se cachait sous le pseudo @ClaudeLoup sur Twitter, a été mis à pied par Publicis Consultants d’après Le Monde. Nouvelles Écoutes a de son côté suspendu son podcast Bouffons, animé par Guilhem Malissem. Usbek & Rica a annoncé la mise à pied conservatoire de Guillaume Ledit et a mis un terme à sa collaboration avec Renaud Loubert-Aledo.

Nous regrettons également la disparition de l’émission podcast Studio404 dont faisait partie Sylvain Paley. Un « arrêt définitif et sans appel », explique la société Qualiter, qui le produisait et dont faisait partie ce membre de la Ligue du LOL.

La Ligue du LOL n’est pas le seul groupe de harceleurs dans les médias

Ce scandale qui resurgit des années après, a au moins le mérite de relancer un débat sur le harcèlement en ligne. Et met en lumière d’autres comportements sur le web ou dans certaines rédactions. Le désormais YouTubeur Julien Chièze, co-fondateur de Gameblog dont il a été licencié en 2017, en profite par exemple pour rappeler que toute une communauté s’amuse à s’acharner contre lui sur les forums de JeuxVideo.com ou Gamekult.

Dans un papier publié par L’Express, on apprend par ailleurs que la rédaction de Vice France n’a pas été épargnée par les comportements misogynes. Plusieurs femmes passées par le média ont témoigné que certains de leurs collègues masculins étaient regroupés dans une discussion Gmail nommée « Les Darons », renommée ensuite « Town Hall ». « Nous avons été bouleversées et profondément choquées du déferlement de haine, de racisme, de misogynie, d’homophobie qui s’y écrit. (Ils) insultent à longueur de journée nos collègues et mon équipe. Nos moindres faits et gestes y sont recensés et systématiquement tournés en dérision ou sur-sexualisés ! », raconte une victime au quotidien.

Ici, plusieurs personnes impliquées ont déjà été sanctionnées. Deux journalistes ont été licenciés pour faute en juillet 2017  quelques semaines après la découverte des faits par la direction. « Il apparaît en effet que vos collègues ont à subir quotidiennement des remarques désobligeantes et humiliantes, que ce soit sur la qualité de leur travail, le fait que ce soient des femmes ou parfois même sur leurs orientations sexuelles. Nous avons en ce sens reçu des témoignages particulièrement clairs et similaires qui, tous, démontrent que vous manifestez clairement, publiquement et de manière assumée une attitude méprisante à l’égard de vos collègues femmes allant jusqu’à les qualifier de ‘greluches’ sur vos lieux et temps de travail », peut-on lire dans cet extrait de la lettre de licenciement qu’ils ont reçu et partagé par L’Express.

Checknews de Libé nous apprend qu’au Huffington Post, une situation similaire a été vécue récemment, débouchant sur le licenciement de trois journalistes en fin d’année 2018. En cause, des propos violents tenus sur un groupe Slack baptisé « Radio Bière Foot », dans lequel se trouvaient plusieurs hommes de la rédaction. « Un défouloir sexiste, raciste et homophobe, notamment utilisé pour insulter les collègues femmes », rapporte le site.

Et on peut malheureusement s’attendre à ce qu’émergent d’autres révélations dans les jours qui viennent…

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