Le télescope spatial James Webb a piégé une molécule fantôme que la science est incapable de nommer
Sur deux mondes séparés par des milliards de kilomètres, le télescope spatial James Webb a détecté une signature strictement identique. Derrière elle se cache une molécule inconnue, absente de tous les catalogues. Les chercheurs cherchent encore à comprendre de quoi il s'agit.

Les télescopes modernes identifient les molécules des astres lointains grâce à la lumière qu'ils renvoient. Chaque composé absorbe certaines longueurs d'onde et laisse une empreinte unique, comme une signature. Les scientifiques comparent ensuite ces empreintes à d'immenses catalogues connus. Cette méthode fonctionne dans presque tous les cas. Le télescope spatial James Webb a récemment repéré un gaz jamais observé sur une comète venue d'un autre système stellaire.
Cette fois, l'appareil a buté sur une empreinte qui ne correspond à rien de répertorié. Bruno Bézard, planétologue à l'Observatoire de Paris, l'a d'abord remarquée sur Titan, la plus grande lune de Saturne. Intrigué, il a demandé à un collègue de vérifier sur un autre astre au climat comparable. La Terre elle-même pourrait aider à percer les secrets de cette étrange lune saturnienne, tant leurs chimies se ressemblent par endroits. Le même signal est apparu sur Pluton, à des milliards de kilomètres de là.
La même molécule inconnue absorbe la lumière sur Titan comme sur Pluton
La signature se situe exactement à la même longueur d'onde infrarouge sur les deux mondes. Selon l'étude parue sur arXiv, elle trahit un composé inconnu, ou un groupe de composés apparentés. Deux instruments différents du télescope l'ont détectée, ce qui écarte un simple défaut technique. Bruno Bézard reconnaît que son équipe ne sait pas encore de quoi il s'agit. La piste la plus sérieuse mène vers les allènes, une famille d'hydrocarbures dont les spectres restent mal connus à ce jour.
Cette molécule ne serait pas une trace de vie, mais le produit d'une chimie ancienne sans oxygène. Titan et Pluton partagent une atmosphère dominée par l'azote et le méthane. Le rayonnement solaire y casse ces gaz, qui se recombinent en composés complexes avant de neiger vers le sol. Pour trancher, les scientifiques attendent la mission Dragonfly de la NASA. Cet engin doit décoller en 2028 et se poser sur la lune de Saturne au milieu de la décennie suivante, afin d'analyser directement ces matériaux de surface.