Apple : une lanceuse d’alerte accuse la firme d’espionner ses employés sous couvert de tests produits

 

Ashley Gjøvik a décidé de porter plainte contre Apple auprès des instances de régulation du monde entier. L’ingénieure licenciée l’année dernière, vraisemblablement pour avoir fait trop de vagues au sein de l’entreprise, alerte désormais sur ses pratiques en matière d’espionnage de ses employés. Elle évoque notamment Glimmer, une application spécialement conçue pour récupérer des données confidentielles.

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Le nom d’Ashley Gjøvik vous dit peut-être quelque chose. Anciennement directrice principale de l’ingénierie chez Apple, elle s’est fait connaître l’année dernière suite à son licenciement. À l’époque, la raison officielle citée par la firme de Cupertino est l’hypothétique fuite de données confidentielles orchestrée par l’ex-employée. Ashley Gjøvik, de son côté, est persuadée que ses questions et plaintes auprès du personnel managérial ont dérangé.

Il est désormais de notoriété commune qu’Apple, au même titre que d’autres géants de la tech comme Google, a pour coutume d’espionner ses employés. Bien souvent, il s’agit de faire pression, brisant ainsi tout projet d’union syndicale. Il y a quelques mois, nous vous parlions ainsi de l’action groupée de salariés aux quatre coins des États-Unis, contraints de communiquer via des smartphones Android pour éviter de se faire repérer.

Glimmer, l’application d’Apple qui espionne ses employés

Lors de son licenciement, Ashley Gjøvik évoquait un environnement de travail hostile, favorable aux comportements sexistes. Aujourd’hui, c’est une autre crainte qu’elle soulève auprès des organismes de régulation du monde entier. La CNIL ainsi que nombre de ses homologues autour du globe ont reçu une plainte de l’ex-employée concernant les pratiques d’Apple en matière d’espionnage.

Le cœur de son dossier se porte en majorité sur Glimmer. Anciennement appelée Gobbler, il s’agit d’une application utilisée par Apple en interne lors du développement de Face ID. Initialement, Glimmer est censé aider Apple à améliorer ses produits, en incitant les employés qui le souhaitent à participer à des tests. Les volontaires doivent alors scanner leur visage et fournir d’autres données biométriques.

Seulement voilà, ces tests ne sont pas réellement basés sur le volontariat des salariés. Ashley Gjøvik évoque ainsi le jour où elle pensait participer à un « événement social obligatoire », qui l’a menée à devoir manipuler Face ID à l’aide de Glimmer tout en étant enfermée dans une pièce extérieure. Qui plus est, Apple n’utilise pas Glimmer uniquement dans le cadre de ces événements. Ashley Gjøvik affirme en effet que la direction demande expressément aux employés d’y télécharger leurs données personnelles à tout moment de la journée.

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« Apple faisait pression sur les employés pour qu’ils téléchargent leurs “données d’empreinte faciale” sur les serveurs internes d’Apple, capturait des photographies et des vidéos secrètes des employés, et disait aux employés que les journaux liés au visage étaient automatiquement téléchargés quotidiennement depuis leurs iPhones », explique la lanceuse d’alerte.

Apple a utilisé le visage de ses employés pour Face ID

Ashley Gjøvik prend également pour exemple une déclaration officielle d’Apple lors de la présentation de Face ID. La firme se vantait alors d’avoir scanné plus d’un milliard d’images pour optimiser sa technologie, sans préciser où elle avait obtenu cesdites images. L’ex-ingénieure affirme qu’il s’agit en réalité des photos privées des employés, fournies grâce à Glimmer.

« J’ai également été troublée par le fait que l’application prenait des photos/vidéos sans aucune notification (son, signal, etc.), ce qui m’a fait penser qu’Apple, s’il le voulait, pourrait activer les caméras de mon appareil et me surveiller à mon insu à tout moment. J’ai parlé à d’autres employés, y compris des cadres, qui avaient les mêmes préoccupations », continue la lanceuse d’alerte, qui assure que les salariés n’ont jamais vraiment su de quelle manière leurs données personnelles étaient exploitées.

Sur le même sujet : Apple travaillerait sur une alliance connectée pour espionner son conjoint, vraiment ?

Enfin, Ashley Gjøvik s’est également dite très inquiète à propos du système de signalement de bugs au sein de l’entreprise. En effet, Apple utiliserait les tickets envoyés par les employés pour récolter, là encore, leurs informations personnelles sans les prévenir au préalable. Ashley Gjøvik affirme que ses tickets sont envoyés par défaut à tous les ingénieurs de l’entreprise, soit potentiellement plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les pièces jointes, censées aider au diagnostic, renferment souvent le numéro des employés ou leurs coordonnées directes.

« Apple prétend que les droits de l’homme ne diffèrent pas en fonction de la situation géographique, mais Apple admet également que les gouvernements français et allemands ne lui permettraient jamais de faire ce qu’elle fait à Cupertino, en Californie et ailleurs », conclut la lanceuse d’alerte. Force est de constater que si Glimmer a été utilisé dans les bureaux de la firme de certains pays européens, ce n’est pas le cas de la France et de l’Allemagne. Les employés chinois et japonais ont également interdiction de l’utiliser.

Ashley Gjøvik espère ainsi que les instances européennes reconnaîtront la violation de la vie privée qu’exerce Apple sur ses équipes américaines et ailleurs dans le monde. Forte de son RGPD, l’Europe pourrait être un soutien de taille pour la lanceuse d’alerte. L’Irlande, notamment, accueille le QG européen de la marque à la pomme, en plus d’être à l’origine de plusieurs amendes pour pratiques abusives et espionnage des utilisateurs.

Source : The Telegraph



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