Après avoir envahi l’orbite basse, les satellites vont descendre encore plus bas grâce à ce moteur
Le nombre de satellites en orbite basse explose et les astronomes redoutent une saturation durable. Une entreprise espagnole veut donc s’installer bien plus bas au-dessus de nos têtes.

Depuis quelques années, l’orbite basse ressemble à une autoroute aux heures de pointe. Plus de dix mille engins actifs y gravitent, et SpaceX en revendique à lui seul l’écrasante majorité. Chaque lancement réduit encore la marge de manœuvre des opérateurs, alors que les astronomes réclament de longue date un encadrement plus strict des méga-constellations déployées par les entreprises privées. La destruction volontaire des satellites Starlink en fin de vie préoccupe déjà les chercheurs. Face à cet embouteillage, certains industriels regardent ailleurs.
Kreios Space a choisi de descendre. Installée à Nigrán, la jeune société espagnole vient de signer un contrat avec le constructeur Kongsberg NanoAvionics. Ensemble, ils préparent le premier satellite au monde équipé d’un moteur électrique aérobie. L’engin doit évoluer entre 150 et 300 kilomètres d’altitude. Aucun opérateur ne parvient aujourd’hui à s’y maintenir durablement.
Le satellite de Kreios Space fabriquera sa poussée avec l’air de la haute atmosphère
Le moteur de Kreios Space fonctionne sans le moindre réservoir. Il aspire les molécules d’air résiduelles présentes à cette altitude, les transforme en plasma, puis les expulse vers l’arrière pour créer une poussée. Dans cette zone, la résistance de l’air freine normalement les engins spatiaux et les fait retomber vers le sol. La firme espagnole compte transformer ce frein en carburant.
Kongsberg NanoAvionics fournira une plateforme MP42 de 200 kilos environ. Son partenaire lituanien intégrera aussi la charge utile optique et assurera les tests avant la mise en service. Kreios Space n’avance aucune date de lancement, mais son site évoque 2027 pour une première mission. En orbite, le satellite devra valider la poussée du moteur, mesurer l’environnement traversé et renvoyer des images d’une résolution inférieure au mètre.
Voler si près du sol change tout. Les images gagnent en netteté, les mesures en précision, et le temps de réponse des télécommunications se réduit nettement. Côté trafic, cette zone reste surtout beaucoup moins fréquentée que l’étage du dessus. Un engin de la constellation Starlink a cessé de répondre en pleine orbite basse au printemps dernier. Les équipes de Kreios Space y voient un terrain encore libre pour une nouvelle génération de satellites d’observation.